‹ Œuvres choisiesChapitre 10 sur 121 · HÉROÏDE · texte numérisé non relu

HÉROÏDE

Conie riemico almcno ascolta: i preghi D'un nemico talor l'altro riceve.

La Genu. liber. . c. 16, >t. 44-

Le succès de la lettre d'Héloïse à Abailard m'a déterminé à faire un nouvel essai sur ce genre de poésie presque inconnu dans notre langue. Ovide en a fixé le caractère par le nom d'héroïde qu'il lui a donné. Il prend pour sujet les amours des héros ou des personnages illustres; et il diffère, en cela seulement, de l'élégie, qui ne chante ordinairement que les amours des bergers. Cette dernière, en gémissant sur des passions chimériques et de pure imagination, s'est décréditée par sa froideur: l'héroïde a cet avantage sur elle, que, s'appuyant sur des faits historiques ou sur une fiction reçue, elle a nécessairement plus de chaleur et plus d'intérêt.

L'épisode admirable d'Armide et Renaud, dans la Jérusalem délivrée, m'a fourni la fable et les situations. Je n'ai aucun doute sur la bonté de mon sujet, puisqu'il est celui du chef-d'œuvre de notre scène lyrique. On pourroit cependant m'objecter qu'il est trop connu, et qu'un poème et un opéra doivent l'avoir épuisé. J'ai suivi l'exemple d'Ovide, qui, d'après Virgile, a fait sa lettre de Didon à Enée, et qui s'est copié lui-même dans celle de Médée à Jason : il avoit fait une tragédie sur ce sujet, qui n'est point parvenue jusqu'à nous. J'ai donc, comme lui, rassemblé dans une seule lettre et sous un même point de

vue, les différentes parties d'un épisode répandues dans un poëme. Heureux si j'ai mis k profit les beautés de mon modèle, et si le suffrage du public m'enhardit à consacrer quelques veilles à ce genre de poésie!

ARMIDE A RENAUD

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