HÉROÏDE
Farouche Européen, qui, des rives du Tibre, Viens , au sein de la paix , troubler un peuple libre ; Et qui , dans tes fureurs , nous préparant des fers , Veux à tes préjugés soumettre l'univers ; Détestable croisé, chrétien lâche et perfide. Tremble , cruel Renaud ; connois les traits d'Armide : Tremble. Ce ne sont plus ces chiffres amoureux,. L'un dans l'autre enlacés et garants de nos feux : Ce n'est plus cette Armide à tes lois enchaînée. . . C'est Armide en fureur, Armide abandonnée ; Et, pour te peindre encore un plus pressant danger, C'est Armide outragée , et qui veut se venger.
Doutes-tu que cet art, dont le pouvoir suprême Commande à la nature, aux enfers, au ciel même, Et qui, par l'ascendant d'un charme impérieux. Rend un foible mortel plus puissant que les dieux ;
Doutes-tu que cet art, qu'employa ma tendresse. Ne serve également ma fureur vengeresse ?
Quoi! sous le ciel épais des plus affreux climats, Sous des monts couronnés par d'éternels frimas; Sous ces pôles glacés où , froide et moins féconde , La nature languit aux limites du monde, J'aurai pu, dans des lieux sauvages et déserts, Créer pour mon amant un nouvel univers ; Et je ne pourrai pas, quand le traître m'outrage, Ainsi que mon amour faire éclater ma rage? Non, non: contre un ingrat armons les éléments; Effrayons, par sa mort, les volages amants; Et que, percé de coups, sous les murs de Solyme, L'infidèle Renaud expire ma victime...
Malheureuse ! oii m'égare un désespoir mortel ? Tu ris de mon, courroux : ah ! tu le peux , cruel. Sans doute, tu sais trop qu'une amante timide, Tj-eniblante et désarmée à l'aspect d'un perfide, Foible encor pour l'objet de son amour trahi , Sent qu'il est regretté bien plus qu'il n'est haï. Moi, me venger! de qui? d'un mortel que j'adore, Qui me fuit; mais, hélas ! que j'idolâtre encore? Non, Renaud, ne crois pas qu'Armide, en sa fureur. Achète la vengeance au prix de son bonheur.
Il est vrai : quand l'Europe, à nous perdre animée. Déploya ses drapeaux dans les champs d'Idumée; Quand tes lâches chrétiens , fanatiques cruels ,
Vinrent venger leur dieu dans le sang des mortels ;
Tremblante pour nos murs , tremblante pour mon père ,
Je jurai, dans l'ardeur d'une juste colère,
De purger à jamais nos états opprimés
De ces pieux brigands, au meurtre accoutumés.
En invoquant les dieux des rives infernale* ,
Bientôt j'allai semer, dans vos tentes fetales.
Cet* esprit de discorde et de rivalité
Qu'entre les héros même excite la beauté.
De vos chefs imprudents les âmes divisées
Offrirent à mes vœux«de^ conquêtes aisées ;
Et je traînai captifs, aux prisons de Damas,
Ces superbes chrétiens enchaînés sous mes pas.
Toi seul , cruel Renaud , dans ces jours de ma gloire, A mon cœur indigné disputas la vfctoire : En jetant sur Armide un coup d'œil dédaigneux , Tu préféras la guerre et ses plaisirs affreux. Tu fis plus : non content d'insulter à mes charmes, Tu tournas contre moi tes invincibles armes : Des esclaves chrétiens ta main brisa les fers. Ma honte, mon dépit remplirent l'univers. Armide , dans ces temps , à la haine livrée , Contre un fier ennemi justement déclarée, Etoit loin do prévoir que tu devois un jour Écraser son orgueil sous le joug de l'amour. Ah! lorsqu'abandonnant le sein de ta patrie. Tu portois le ravage aux champs de la Syrie \
48 ARMIPE
Quand lé souffle infecté de ta noble fureur D'une fureur égale empoisonnoit mon cœur; Aurois-je pu penser que, pour toi plus humaine, J allumerois lamour aux flambeaux de la haine? J'avois juré ta mort : au gré de mon courroux , Un sommeil imprudent te livroit à mes coups : Ah ! dieux ! pourquoi ma main , dans cet instant funeste , N'osa-t-elle percer un cœur qui me déteste ? J'ai frémi, malheureuse ! et j'ai craint de frapper. Mon bras, en t'immolant, pou voit-il se tromp(?r? Cétoit Renaud , Renaud, ce guerrier indompUible, Ce soldat de Dudon , ce héros redoutable , Ce destructeur barbare , armé contre les miens , L'effroi des musulmans et l'appui des chrétiens. Mais Renaud n'atoit point cette armure terrible. Ce casque ensanglanté qui le rend invincible ; Qui, le cachant alors sous son panache affreux , Eût enhardi mon bras en abusant mes yeux. J'aurois bravé Renaud sous le poids de ses armes ; Mais Renaud désarmé n'eut pour moi que des charmes. Tant d'attraits brillent-ils au frpnt d'un ennemi? Je crois te voir encor sous un myrte endormi,. Les yeux appesantis , fermés à la lumière , Mêlant aux doux zéphyrs ton haleine légère, Sur un tapis de fleurs négligemment couché (Tel qu'un jeune arbrisseau vers la terre penché), Le front à découvert, la bouche demi-close.
Charmant, semblable, enfin, à l'amour qui repose. Tes blonds cheveux flottoient à l'aventure épars : Un dieu sembloit alors s'offrir à mes re^rds.
Dans mes mains cependant le poignard étincelle. Je m'élance vers toi... je frémis... je chancelle : Déjà je ne peux plus iii frapper, ni punir : J'aime Renaud, je l'aime!.. Ai-je pu le haïr? Quelle étoit mon erreur ! Renaud est tout aimable. Ce n'est pliis ce chrétien, ce mortel méprisable, Ce soldat fanatique et cruel tour-à-tour. Ce n'est plus mon tyran : c'est Renaud , c'est l'amour. . . Mais que vois-je? son front est couvert de poussière : L'ardeur du jour le brûle. O ciel ! que vais-jé feire? Une horrible sueur déjà le fait pâlir. . . Ah ! qu'un baiser l'essuie ! . . . (Est-il fait pour souffrir?) Reçois , mon cher Renaud , ce doux baiser d'Armide : Ce n'est plus la fureur, c'est l'amour qui la guide. Il dort!... vents, taisez- vous ; respectez son sommeil. Dieux ! qu'il sera charmant à l'instant du réveil ! Il va me préférer à l'Europe, à la terre : Il est fait pour l'amour, et non pas pour la guerre.
Pour l'amour ! mais Renaud est né mon ennemi î Il est vrai... mais Renaud, dans sa haine affermi, Pourroit-il?. . . Je crains tout. . . Enchaînons ma conquête : Loin du camp des chrétiens que le plaisir l'arrête. Que ce tissu de fleurs , celui de mes cheveux , Le serrent, dans mes bras, de mille et mille nœuds.
5o ARMIDE
Partons; et, dans un char traversant l'empyrée, Transportons mon amant dans une île i^jnorée, Où mon araoui- jaloux soit certain de sa foi; Où je sois tout à lui , comme lui tout à moi.
J'arrive : la nature, en partageant ma joie. Sur d'arides rocheis s'embellit, se déploie; Et, se reproduisant au gré de mon amour, Du plus aiVreux désert tait le plus beau séjour.
Au moment du réveil quelle fut ta surprise ! Aux pieds de son vainqueur Armide étoit assise. Cette fière princesse, Armide, dont le bras. Quelques instants plus tôt, s'aiiuoit pour ton trépas, Redoutant à son tour de te voir inflexible, Paroissoit implorer le dieu le plus terrible; Et, me livrant entière à de justes frayeurs, J'embrassois tes genoux arrosés de mes pleurs. « Cher Renaud, t'ai-je dit, tu vois couler mes larmes : « Puissent-elles sur toi ce que n'ont pu mes charmes ! « Je t'aime , je t'adore ; et mon cœur enflanmié , « Pour prix de son amour, demande d'être aimé. « Au ti-ône de Solyme en vain ton bras aspire; « Renonce à c-et espoir : je t'offre un autre empire, « Un empire plus doux et plus digne de toi , « li'empire de mon cceur que je livre à ta foi. « Quitte ce fer horrible et cet airain barbare ; « Laisse agir le croissant, le sceptre, et la tiare : « Abandonnons au sort ces intérêts divers.
A RENAUD. 5j
« Ce palais , ces jardins , voilà notre univers.
« Viens, suis-moi , cher amant. . . viens. . . ce sombre bocage,
« Ce temple de Tamour et son plus bel ouvrage ,
« Ce trône de gazon , ces ombres , ces ruisseaux ,
« Le souffle du zéphyr, et le chant des oiseaux ,
« La nature, en un mot, au plaisir nous appelle :
« Le plaisir à tes yeux va me rendre plus belle :
« Viens. . . » Tu me suis : Tamour dans nos embrassements
De deux fiers ennemis fait deux tendres amants.
L'ardente activité de ses rapides flammes
Fond nos cœurs , les unit, et concentre nos âmes ;
D'un seul et d'un même être il vient nous animer :
Renaud vit de ma vie, et je vis pour Taimer.
Que j'étois loin alors de te croire un perfide ! Rien ne troubloit le cœur de Tamoureuse Armide. O jours délicieux! ô fortunés moments.
Où les plus doux baisers scellèrent nos serments ! Au coucher du soleil , au lever de Taurore , Cent fois tu me disois : « Armide... je t'adore : « Que tu me fais haïi- les jours, les tristes jours « Où le dieu des combats m'enlevoit aux amours ! « J'ai vécu sans t'aimer, ô ciel! et j'ai pu vivre? « Pardonne. » Foible alors, et ne pouvant poursuivre, Tu laissois échapper de tes yeux attendris Ces larmes de l'amour, plus douces que les ris; Et , te précipitimt au sein de ta maîtresse , Passant de la douleur à la plus tendre ivresse,
Tu me laisois goûter au sein des voluptés Des plaisirs toujours vifs et toujours répétés. Nous expirions d'auioui-; mais nos lèvres actives Fixoient, par des baisers, nos âmes fugitives : Ou plutôt nos deux cœurs, émus par les plaisirs, Voloient de Tun à Tauti-e, et sui voient nos soupirs. Dans ces embrassements doucement abusée.
Je goûtois le bonlieur de me croire adorée, Et j'étois loin encor, trop loin de soupçonner Que mon volage amant voulût m abandonner.
O jour, jour odieux, jour à jamais funeste, Et dont, pour mon tourment, le souvenir me reste! Épouvantable jour, que je n'ai pu prévoir! Dois-je, en te rappelant, combler mon désespoir?
Je ne sais quels mortels, deux chrétiens que j abhorre, Secourus par un dieu, que je hais plus encore, Franchissant, malgré moi, ces rochers sourcilleux. Dont les flancs escarpés te cachoient à leurs yeux, Viennent; et, te parlant de gloire et d'héroïsme. Rallument dans ton cœur le feu du fanatisme. Les barbares bientôt t'arrachent de mes bras : Du sein des voluptés tu voles aux combats. Tremblante, je m'écrie : Arrête, ingrat! arrête!... Tu ne m'écoutes point. Déjà la voile est prête ; L'air retentit au loin de mes cris superflus , Ton vaisseau part, fuit, vole... et je ne te vois plus.
Mes sanglots, mes clameurs, remplissent le rivage.
Je me traîne , en pleurant , vers ce charmant bocage ,
Vers ce berceau chéri, témoin de nos* plaisirs;
L'écho, le seul écho répond à mes soupirs :
Par mes cris redoublés vainement je t'appelle.
Foible alots , et cédant à ma douleur mortelle ,
Je tombe sur ce lit de verdure et de fleurs ,
Où mes baisers payoient tes baisers imposteurs ;
Où , te cherchant encor, j'étends mes mains tremblantes,
Où je n'embrasse plus que des ombres errantes.
O ciel! il est donc vrai que mon amant me fuit! Tristes divinités de l'infernale nuit, A mes accents plaintifs sortez du noir empire ; Embrasez ce palais que l'amour sut construire : Volez , portez par-tout le fer et les flambeaux , Ravagez ces jardins, desséche* ces ruisseaux, Anéantissez tout, l'univers et moi-même; Mais épargnez encor le perfide que j'aime : Qu'il vive î . . . Il vit , l'ingrat ; et son barbare cœur. Peut-être, est insensible aux cris de ma douleur. Le croirai-je, Renaud, que ton ame infidèle Joigne à ce titre affreux le titre de cruelle? M'abandonneras-tu sur ces rocs calcinés , Sur ces tristes sommets , de ta fuite étonnés , Où, depuis ton départ, la nature engourdie Expire loin du dieu qui lui donnoit la vie; Où je ne puis , enfin , par mes enchantements , Ce que pouvoit un seul de tes regards charmants?
Non, Renaud, prends pitié d'une amante égarée.. Criminelle poilr toi , pour toi dénaturée , Pour toi, j'ai tout quitté : mon père, mon |iays, Mes devoirs, mes serments ; je les ai tous trahis. De quel œil , de quel front oserois-je paroftre Dans les murs de Damas (que tu détruis peut-être)! Dans ces murs malheureux oîi j\ii reçu le jour, Dont j'immolai la gloire au soin de mon amour? Parle : dois-je montrer à la terre étonnée Armide dans les pleurs, Ai"mide abandonnée? Puis-je enfin, sans rougir, exposer à ses yeux Mon déshonneur... le prix dont tu payas mes feux? Mais, que dis-je? est-ce à moi de redouter la honte? Je t'aime avec fureur, et lamour la surmonte. Permets que ton esclave accompagne tes pas : Traîne-moi dans ce camp où mes foibles appas Allumèrent des feux de discorde et de haine. J'enchaînai des chrétiens : venge-les, et m'enchaîne. Je ne demande plus à mon cruel vainqueur Que du beau nom d'amante il flatte ma douleur. Dans son camp, près de lui, s'il permet que je vive, Je ne veux que le titre et le rang de captive : J'en prendrai, sans i*ougir, les vêtements affreux. Déjà j'ai dépouillé ces tresses de cheveux. D'un front couvert d'ennuis inutile parure ! J'abhorre des attraits qui n'ont £iit qu'un parjure.
Oui^ Renaud , laisse-moi voler à tes genoux ;
Esclave et dans tes fers, mon sort sera plus doux. Quels soins je te rendrai, quand le dieu des batailles T'entraînera sanglant au pied de nos murailles ! Tremblante pour tes jours , je couvrirai ton sein D'un fer impénétrable et du plus dur airain : Moi-même , je ceindrai ta redoutable épée ; Enfin , que te dirai-je? A te claire occupée , Redoutant de te perdre, et marchant sur tes pas , Armide te suivra dans le choc des combats. . L'or de ton bouclier, ta cuirasse pesante , Ne pourront rassurer ta malheureuse amahte : Craignant, à chaque dard par l'ennemi lancé, Que, tout ingrat qu'il est, ton cœur n'en soit percé, Le sein , le sein tremblant de la fidèle Armide Conti'e ces traits mortels te servira d'égide. Heureuse si bientôt, expirant à tes yeux, Tu connois tout le prix d'un amour malheureux !
Mais , que di s-j e ? où m'emporte un espoir qui m'égare ? Ah , cruel ! je prévois ta réponse barbare. « Armide , diras-tu , j'ai dû ti'ahir tes feux : « J'aime un Dieu moins facile et plus grand que tes dieux ; « Je suis chrétien. Ma loi rigoureuse et sévère « M'accusoit dans les bras d'une femme étrangère : « Aux pieds d'une idolâtre en esclave enchaîné , « La gloire gémissoit dans mon cœur mutiné. « Sur des ailes de feu la grâce descendue « Chasse enfin le nuage épaissi sur ma vue.
5g AliMIDE
« De mes sens abusés je connois les erreurs.
« Imite-moi : renonce à des plaisirs trompeurs;
« Ne viens point. Vis heureuse, en oubliant un traître,
« Qui le fut paj' devoir, et qui gémit de l'être.
« Je te dis, en pleurant, un éternel adieu :
« Je te plains... mais enfin j'obéis à mon Dieu. »
A ton dieu? Quoi! c e^ toi qui m'opposes son culte? Ce n'est donc plus l'amour que ton ame consulte? Mais réponds. Dans l'instant où, maître de tes vœux. Tu pouvois dédaigner ou couronner mes feux , Pourquoi'm'avoir caché cet obstacle invincible? Ton dieu, dans ce moment, étoit-il moins terrible? Ah , cruel ! libre alors d'aimer ou de haïr, N'as-tu choisi d'aimer que pour mieux me trahir?
Non , tu n'es point le fils de la belle Sophie ; Non, ne te vante point de lui devoir la vie. Le Caucase, au milieu des neiges, des glaçons, Te conçut dans la nuit de ses antres profonds ; Ou la mer çn fureur, te roulant dans son onde , Te vomit sur ses bords pour le malheur du monde. Ingrat, il te sied bien de vanter ta vertu. D'opposer à l'amour un devoir prétendu ! Va, crois-moi; désormais cesse de te contrauidre : Tu feignis de m'aimer, et tu feins de me plaindre. Laisse-moi mes douleurs : ah ! je dois les chérir, Si par elles, du moins, j'apprends à te haïr. Ne crois pas cependant que , seule dans les larmes ,
Je maudirai Tamour, et Renaud , et mes charmes : Euménide cruelle , attachée à tes pas , Je te suivrai par-tout, dans ta tente, aux combats : Par-tout, te reprochant ton crime et ton parjure, Je te ferai sentir les tourments que j'endure. J'en mourrai; mais bientôt, abusé dans tes vœux , Tu descendras toi-même au séjour ténébreux; Et, satisfaite alors, mon ombre ensanglantée Sans cesse poursuivra ton ombre épouvantée : La voûte des enfers mugira de mes cris... Vois si tu veux, ingrat, me trahir à ce prix.
Qu'ai-je dit? vains projets d'une amante insensée! Ah ! qu'un plus doux espoir vient flatter ma pensée ! Va, je ne te hais point; va, je sens que mes pleurs Dans mon ame attendrie ont éteint mes fureurs. Quels que soient ton parjure et mon dépit extrême , Renaud, mon cher Renaud, il est vrai que je t'aime. Ecoute : tu m'as dit que ta religion , Que l'amour des combats, que ton ambition, Et je ne sais encor quel serment homicide, Te forçoient, malgré toi, d'abandonner Armide : Eh bien ! connois l'excès , le pouvoir de mes feux ; Je renonce à mon culte, et j'abjure mes dieux : Sois le mien désormais. Idolâtre ou chrétienne, ^ Armide n'aura point d'autre loi que la tienne. Détermine à ton gré ma croyance , mes mœurs ; Je n'examine rien : soit vertus, soit erreurs.
58 ARMIDE A RENAUD
Tes devoirs sont les miens, et je suis ton exemple.
Déjà ton dieu m'est cher : conduis-moi dans son temple.
Heureuse si bientôt, par des nœuds éternels,
Il unit nos destins au pied de ses autels !
Trop heureuse, en un mot, si, par Tamour conduite.
Ta main, sur les débris de Solyme détruite.
Daigne ceindre mon front du bandeau nuptial ;
Si, quittant à jamais un séjour trop fiital ,
Tu me fais voir au Tibre, él)loui de tii gloire.
Assise à tes côtés sur ton char de victoire !
J'ose exiger ce gage et ce prix de ta foi.
Je pars, dans cet espoir, pour me rejoindre à toi ;
Et, quel que soit le sort qui m'attende à Solyme,
J'y vivrai ton épouse, ou mourrai ta victime.
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