A MADAME
■X-M-if-
Tranquillise ton cœur, ton oœiir si cher au mien.
Unis par le penchant, par le plus doux lien,
Les chaînes de l'amour, quelquefois si pesantes.
N'auront qu'un poids léjjer pour nos mains caressantes.
Tu crains { tu me Vas dit ) qu'im premier sentiment
Ne reprenne à mes yeux ce qu'il eut de charmant,
Et que vers lui bientôt mon ame ramenée
Ne te laisse plaintive autant qu'infortunée...
Sincère dans mes feux et vrai dans mes froideurs ,
Je ne t'ai point caché d'anciennes ardeurs :
D'un amour malheureux tu fus la confidente ;
L'amant s'est plaint à toi des torts de son amante.
Rarement satisfait, sans cesse humilié,
Recherché quelquefois, mais souvent oublié,
Caressé par loisir, aimé par intervalle ,
Objet trop peu flatté d'une flamme inégale;
Mon bonheur le plus pur, mes plaisirs les plus doux
Furent empoisonnés par de justes dégoûts.
Sans intéresser lame, il est affreux sans doute
De ne devoir qu'aux sens les plaisirs que l'on goûte.
Eh ! que m'importe à moi la faveur d'un coup d'œil?
Je veux que le cœur m'aime , et m'aime avec orgueil.
Mais que ce cœur ingrat, flatté d'un double hommage,
Entre un rival et moi sans cesse se partage ;
Et que , d'un vain éclat seulement occupé ,
Son amant le plus cher soit son amant trompé?
Je dois te l'avouer , soit par délicatesse ,
Soit dans mes sentiments amour-propre ou noblesse,
Je ne veux plus d'un cœur que je ne puis remplir,
D'un cœur qu'un autre amant peut seul enorgueillir.
Sans doute, il est des jours à nos désirs contraires; Il est des contre-temps , des malheurs nécessaires ; Tous les biens des mortels sont mêlés à des maux ; Je sais qu'il est enfin peu d'amants sans rivaux. Mais savoir qu'en secret l'amante que j'adore Des feux de mon rival s'applaudit et s'honore ; Qu'elle peut, sans gémir, plier ses sentiments Au gré de l'intérêt et selon les moments; Savoir qu'elle jouit, sans en être attendrie, Des jalouses douleurs dont mon ame est flétrie ! Non ; mon cœur, qui toujours eut besoin d'être aimé , A douter qu'il le soit n'est point accoutumé : Je n'en puis soutenir l'affreuse incertitude.
Plein de ces noirs soupçons, de cette inquiétude , J'ai cherché, je l'avoue, un cœur digne du mien : Je l'ai cherché long-temps , et j'ai trouvé le tien. Je n'ose me vanter; mais enfin, si pour plaire
Un amant n a besoin que d'une ame sincère , Que d'une ame épurée, et sensible encor plus, Oui, j'ai dû te toucher; ce sont là mes vertus. C'est par elles , du moins , que j'ai su reconnoître Le rapport de nos cœurs unis et faits pour l'être. Par un penchant secret l'un vers l'autie attirés , Assortis par le goût , s'attachant par degrés , Sans user d'aucun art, sans vouloir se séduire , Ils ont tout fait pour eux ; l'esprit n'eut rien à dire. Quel instant plus heureux que l'instant fortuné, Où , par l'amour timide à tes pieds amené, Marchant à la faveur du silence et des ombres , Je démêlai tes traits parmi des clartés sombres 1 La lampe de Psyché jetait ce foible jour, Cette obscure lueur favorable à l'amour : Tu dormois ; et mes pas, que j'appuyois à peine, Soutenoient en tremblant ma démarche incertaine. Coupable, intimidé, je craignois ton réveil; Je n'osois t'arracher à la paix du sommeil : Mais quel fut mon bonheur , quand , au lieu de la plainte, Ta bouche n'exprima qu'un sentiment de crainte , Que cet effroi si doux, que ces foibles remords. D'un cœur déjà soumis vains et derniers efforts ! L'un de l'autre étonnés , mais charmés l'un par l'autre , Quelle volupté pure eût égalé la nôtre? Prélude des plaisirs qui mènent au bonheur. Baisers donnés, rendus, épanchements du cœur,
Nous épuisâmes tout; et, dans notre délire, Nous ne nous disions rien pour avoir trop à dire. A ce trouble si doux le calme a succédé.
Quand le prix de Tamour est enfin accordé, Souvent, dans nos esprits, Fillusion détruite Laisse d'affreux dégoûts qu elle traîne à sa suite : Mais , après ma victoire , encore plus heureux , La flamme du plaisir vient d'accroître mes feux. J'ai rencontré chez toi la naïveté pure, Le simple coloris qu'on tient de la nature ; Ce sentiment si vrai, qui s'exprime sans art. Et comme un doux rayon se peint dans le regard.
Je veux semer de fleurs les pas de mon amante : Je veux que, dans mes bras et tranquille et contente, Elle n'ait de regrets que le regret flatteur D'avoir pu balancer à me donner son cœur. Oui, je t'aime à jamais ; ma bouche te le jure, Non par de vains serments, trop voisins du parjure; Va, je sais mieux choisir les garants de ma foi : Je veux t'aimer toujours... et j'en jure par toi.