‹ Œuvres choisiesChapitre 104 sur 121 · ÉTRENNES A TOI · texte numérisé non relu

ÉTRENNES A TOI

Banc, vos Pivriilcs, fustii cantate calondi»... Hoc iolemnc sacrum multos cclcbretur in annos: Dignior est vcstro itullu puclla clioro.

TuOL., lih. IV, 3.

Tu connois tous les vœux que mon cœur peut former :

Il en est un sur-tout (et Tamour me l'inspire) ,

C'est de renouveler dans Tame de Zelmire

Ce sentiment si cher, ce plaisir de m'aimer,

Que le temps a fait naître... hélas ! qu il peut détruire. J

Eh ! qui ne sait pas que le temps , Père dénaturé, dévore ses enfents?

Un nouvel an commence sa carrière.

Combien d amants , dont les amours De l'autre année ont embelli le cours , Sentent mourir le feu de leur ardeur première ! Ils ont passé leurs plus beaux jours.

On sent un vide affreux dans son ame étonnée;

Le nœud qui nous fut cher nous gêne et nous déplaît :

Le plus souvent la bonne année Est celle qui finit, et non celle qui naît. Si tu le veux nous irons à Cythère Passer bail par-devant l'Amour, D'aimer toujours, et de toujours nous plaiie. Zelmire, avons-nous en ce jour De plus doux serments à nous faire?

Viens ; si le dieu nous demande un salaire (Le bail signé par nous, et signé sans retour), Par un baiser tu paieras le notaire.

A TOI

At inilii tv coDiitciii jiirabus us<|U(r futuruni... Verba pucllaruiii foliis Icviom caducis.

Otip.. Amor., lib, II , rlrj*. Ct.

Zelmire, un jour de fête est sans doute le jour

Où Ton doit prodiguer les serments de Tamour;

Mais n'attends point de moi de nouvelles promesses.

Va, mon amour est sûr, et sûr par mes foiblesses :

Mon cœur n'a pas besoin de redonner sa foi.

Eh ! que t'ofFriroit-il qui ne soit tout à toi ?

Ce qui t'est étranger, la gloire, la fortune.

Tout ce qui n'est point toi l'afflige et l'importune;

Et, malgré les chagrins de son jaloux ennui.

Le malheur dans tes bras est un bonheur pour lui.

Mais auras-tu, Zelmire, une égale constance? Comment vas-tu passer les jours de mon absence? A mes tristes destins vais-je être abandonné? Serai-je, en te quittant, le seul infortuné? Sur la rive où je vais rêver en solitaire,

Rien de ton souvenir ne pourra me distraire, .pi tu n'y peux , Zelmire , accompagner mes pas , j Que le désir du moins t'y porte dans mes bras. L'amour, loin qu'à son feu l'absence soit fatale , Et des lieux et des temps sait franchir l'intervalle : Par des illusions il se fait des plaisirs , Il vole impatient où volent ses désirs , Zelmire ; et c'est ainsi qu'aux bords où je te laisse Vers ton cœur adoré mon cœur viendra sans cesse.

Mais peut-être, oublié dans ces jours malheureux, Je vais perdre des droits déjà vains ou douteux. Du rival qui t'est cher le pouvoir les balance : Qu'il va mettre à profit le temps de mon absence ! Par combien de serments il te fera jurer D'abandonner un cœur qu'il voudroit déchirer ! Déjà je crois le voir, par de fausses caresses. Te flatter, t'arracher de honteuses promesses , Pardonner à ce prix tes infidélités , Et, fier de ses succès, t'annoncer ses bontés. Ah ! si jusqu'à ce point ton ame m'humilie , Je te verrai toi-même , en maîtresse avilie , D'un maître impérieux essuyer les dégoûts , Éprouver les hauteurs de son orgueil jaloux ; Et, sans cesse à ses pieds esclave volontaire, Brûler devant l'idole un encens mercenaire. Ta honte sera douce à mon cœur outragé : Je la verrai, Zelmire; et je serai vengé.

Heureux encore, heureux si, dans l'art des Corneilles, Quelque brillant succès récompense mes veilles : Si je puis quelque jour, pour mieux t'humilier, Me présenter à toi couvert d'un beau laurier ! Je viendrai t'éblouir des rayons de ma gloire. Tu sentiras alors , alors tu pourras croire Qu'il est un noble orgueil , une fierté du cœur *

Qu'on ne doit pas au sort, et qu'on tient de l'honneur.

Mais dans quel avenir s'égarent mes pensées? N'écoute point mes cris , mes plaintes insensées : Tu dois savoir, hélas! si j'aime, si j'aimai. Pardonne quelque doute à l'amour alarmé : Pardomie ; il est aft'reux , pour un cœur qui t'adore , D'avoir souffert des maux qu'il tant souffrir encore; De combattre toujours pour ne vaincre jamais , De voir l'amour tralii moins fort.que les bienfaits : Enfin , il est horrible , après trois ans d'hommage , D'espérer beaucoup moins, de craindre davantage.

Eh quoi! voudrois-tu donc que, plein de ces terreurs, Sur tes pas, aujourd hui, je semasse des fleurs? La fête de l'apiour, d'une amante adorée, Au milieu des ennuis seroit mal célébrée. Peindrai-je à tous les yeux l'éclat de tes attraits? Ta fatale beauté , je l'ai dit , je la hais : Je fus, je suis encore infortuné par elle. Mais je m'applaudirai de te trouvei^ si belle ,

Quand, heureux sans partage et sans rivalité, Je posséderai seul ce qui m'est disputé.

Ce langage jaloux te blesse et t'effarouche? Sexe foible et léger, un seul plaisir te touche : Un éloge flatteur qu'on prodigue au hasard, Vain tribut de l'esprit, où l'esprit seul a part; Des fadeurs, en un mot, voilà ce qui te flatte : Mais les sentiments purs d'une ame délicate , Les élans de l'amour, des transports pleins de feu , Ne t'effleurent qu'à peine, et t'intéressent peu! Zelmire, c'est ainsi qu'aux dons de la fortune J'oppose en vain des soins dont le cours t'importune Par des biens séduisants , avec faste annoncés , Je vois trois ans d'amour en un jour effacés. Eh bien! cède à l'espoir qui te plaît et t'enchaîne; Jouis de ton bonheur, mais sans être inhumaine. Pourquoi prolonges-tu mes douloureux ennuis? Finis l'inquiétude et le doute où je suis. Zelmire, je ne sais , un trouble involontaire M'annonce des malheurs qu'on s'obstine à me taire : Un sentiment secret m'en instruit malgré moi. Je ne puis l'expliquer les maux que je prévoi; Mais on veut à nos feux mettre un nouvel obstacle : Ma sensibilité m'est un trop sûr oracle. Enfin, que te dirai-je? un nuage confus M'annonce mille maux , et m'en cache encor plus :

Mon ame, à tf^regards toujours tifvolopjM't' , Ta montré ses replis, et ne tu ))oint trompée. Imite ma Franchise; ose enfin m'écluirer; Dis-moi si je dois craindre, ou s'il faut espérer

A TOI

Quitl faciani dubito: dolor est meus ista videre; Sed dolor » facie nujor abesse tuA est.

Oti>., hcTOida iS.

A tes ménagements il faut donc consentir!

Il faut donc te céder, et te perdre , et partir !

Tu l'ordonnes ; tu veux que , pendant deux années ,

L'amour séparément file nos destinées ;

Et que, par Tespérance amusant ma douleur,

J'attende que le temps me rende enfin ton cœur :

Mais ton cœur pourra-t-il, pendant cet intervalle ,

Nourrir une tendresse à ma tendresse égale?

Et ne prévois-tu pas qu'un mortel trop heureux

Peut, au-delà du terme, assujettir tes vœux?

Si tu peux aujourd'hui sacrifier ma flamme

A de chers intérêts , trop puissants sur ton ame ,

Sur quel espoir, hélas ! puis-je me consoler?

Trompes-tu la victime avant de l'immoler?

45o WÉSIES

Je n"o,s«a|>protoiulir ta |>oliti<]ii(' obsciirr. Mon cœur souscrit ù tout; mais enfin il murinurr : Il se plaint de larrét que ta bouche a dicté. Et t accuse tout bas de trop de cruauté

Quand de tous mes transports Tinterpréte ^dèle , Quand ma bouche, en des jours de trouble et de querelle, Osa te reprocher tes Ibibles sentiments ; Quand , mêlant lamertume à mes emportements, J'osai te iaire voir mes profondes blessures ; Moins sensible à Tamour que sensible aux injures , Tn nommas dureté cette tendre fureur.

Hélas ! je t'adorois en déchirant ton cœur ! ^ .

Mais réponds » ton tour: que veux-tu que je pente De répreuve nouvelle offerte à ma constance? Tu m'aimes , me dis-tu : quel est donc le degré D'un amour qui peut naître et s'éteindre à son (p*é ? Ah ! si ta confiance aujourd hui me Tavoue, Au plus trist» abandon c'est moi que l'on dévoue : Mon rival trop heureux occupe tous tes soips. Me pcrdrois-tu ptour lui, s'il t'intéressoit moins;' Entre l'amour et nous doit-il être l'arbitre? Si je fus ton amant, dis-moi donc ù quel litre? Oui, réponds... m'as-tu vu, soigneux de te tromper, Mendier tes faveurs ou bien les usurper? Ai-je sollicité le bonheur de le plaire? Je n'ai su que t'aimer, me rx)ntraindre, et Uàt urne.

Quand tu me donnas tout, je n aspirois à rien : Mon cœur irrésolu se méfioit du tien ; Je forçai mon amour et ma bouche au silence : Je n'osois attaquer ta froide indifférence.

Dans le moment funeste autant qu'inopiné Où tu prévins mes feux , où tu m as couronné , N ai-je pas dû penser que ton ame enflammée Se livroit tout entière au plaisir d'être aimée ; Que, libre dans tes vœux ainsi que dans ton choix, Tu te donnois à moi par le plus saint des droits? Pourquoi, dans ces moments de prestige et d'ivresse, N'ai-je pu voir le piège où tomboit ma foiblesse? Quel bonheur en effet m'annoncèrent tes feux?.. Cessons de rappeler ces instants malheureux : La coupe où .s'enivra ma raison étonnée, Cette coupe fatale étoit empoisonnée.

J aurois dû te connoître, et pressentir dès-lors Qu'un amour partagé s'éteint dans les remords; Que ton cœur, las d'un nœud qu'il croit illégitime, Pour le briser un jour m'objecteroit le crime. Quel crime cependant?.. Si c'en fut un pour toi De tromper mon rival et de trahir ta foi , C'en est un autre encor, mais plus grand, plus horrible, D'abuser lâchement d'une ame trop sensible, D'avoir troublé la paix dont tu sus m'arracher. D'abandonner un cœur que le tien vint chercher.

452 l-oiiMis ^

Peut-^lre ti'op dui{;reiir ciu{>uiM>niie iiio» plaititcw: Mais si de mes chagrins tu scntois les atteiutes, Zelmirc, à mon amour tu croirois tout permis. Assez et trop long-temps, adorateur soumis, J'ai traîné sur tes pas, dans un humble silence. Les fbrs que désormais veut briser ta prudence. J'eus des torts, je le sais, j'eus les torLs d'un jal4>ux ; Je soupçonnai tes soins... mais, diviuoi, sommes-nous I>ans ces tristes sérails, dans ces prisons d'Asie, D'où la main des muets bannit la jalousie? L'essaim des séducteurs environne tes pas : Pour un cœur adoré quel ctrur ne tremble pas. Cet or irof>érieux que l'opulence étale Emporte la balance, et la rend inégale. J'ai irémi; j'ai prévu qu'un mort(;l trop heureux Triompheroit enfin du plus doux de mes \ivux : Dans ce trouble cruel, dans cette horrible attente, J'ai querellé le sort, l'amour, et mon amante.

Eh quoi! tous mes soupçons étoient-ils incertains? Le flambeau de l'amour va s'éteindre en tes mains. Pour un bonheur douteux que ta pitié m'annonce, Au nœud qui nous unit tu veux que je renonc<! ! De quel frivole espoir taut-il m'cntretenir? Ah * si par le passé je juge l'avenir, Feras-tu quelque effort poiu* briser une chaîne Dont l'éclat t'a séduite, et qui te rend si vaine?

Que dis-je! penses-tii qu'il soit en ton pouvoir De remplir quelque jour mon chimérique espoir? Par de nouvelles lois chaque jour maîtrisée, Chaque jour plus contente et moins désahusée, Pourras-tu t'occuper du sort d'un malheureux Égaré dans la foule où se perdront ses vœux?

Mais je veux bien , Zelmire , en croire tes promesses (Que m'importe une erreur après tant de foiblesses? C'en est une de plus, et je veux l'embrasser). Mais songe que c'est toi, toi qui m'y veux forcer; Songe que tu promets à l'amant le plus tendre De lui rendre les droits que tu vas lui reprendre. Ta bouche l'a juré, ton cœur en est garant ; Ton cœur sera puni s'il trahit le serment : Il le sera par moi, peut-être par lui-même; Par moi qui sais haïr au mêhie excès que j'aime , Qui saurai sur tes jours rejeter le mépris Dont mes jours malheureux auront été flétris; Par moi qui te rendrai dans la même mesure Et les indignités, et la honte, et l'injure. Enfin je chercherai mon plus cruel vengeur Dans tes propres remords, dans le fond de ton cœur. Si tu trahis l'espoir dont tu flattes mes peines. Puisses-tu, sous le poids de tes honteuses chaînes. Traîner dans les affronts des jours déshonorés. Des jours à l'esclavage, à l'opprobre livrés!

Puisse l'ingrat mortel auteur lie inoD soppltoe Ne te payer jamais le prix ilu sachHce! Heureux si je puis voir too cœur, toi , la beauté, Au comble du mépris qu'ils auroDt mérité i

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