‹ Œuvres choisiesChapitre 106 sur 121 · ÉPITRE A UN AMI · texte numérisé non relu

ÉPITRE A UN AMI

SUK L'LNFIDÉLITÉ DE ZELMIRK.

Odi et amo: quare id faciani fortasse requiris? Nescio, sed fieri sontio, et excrucior.

r.ATUL. . 85.

Cher et cruel ami, penses-tu que mon cœur Loin de ce qu'il adore ait trouvé le bonheur? Qu'il se repose enfin dans ce sage équilibre D'un cœur sans passion , indifférent et libre? Tu croyois les briser ces fers de mon amour, Ces fers quittés cent fois et repris tour-à-tour. Ah ! je rappelle encor le jour, le jour horrible, Où parjure, où barbare, et cependant sensible. Dans un affreux exil par tes mains entraîné , Je fuyois loin des yeux qui m'avoient enchaîné. De ces yeux adorés peins-toi rinrjuiétude !

Soit uniour, soit instinct, soit iiiciiir 1 iiaiiitudc. Quoique de mon départ j eusse tu le moment , Zelmire sut prévoir Texil de son nmaiu Ou plutôt sans .soupçons, mais d'horreur pénétrer Incertaine, tremblante, en secret déchirée. Elle sentoit des maux à son cœur inconnus. Et pleuroit un in{;rat qu elle ne verniit plus. Hélas ! je rejetai ses baisers , ses caresses : Cent fois, renouvelant ses plus vives tendresses. Ses bras , autour de moi serrés avec effort , M'entnitnoient au pbLsir, ou plutôt à la nMMrt. Juge du trouble affreux de mon ame éperdue! On découvroit encore à ma tremblante vue Ces attraits de nos sens toujours victorieux , La volupté du cœur, et le charme des yeux... Ah ! je netois point né (tour être ainsi pirjure! Et cependant j'osai poursuivre mon injiuv. Pour la dernière fois j'admirois ses appas; On me les dévoiloit... je n'en profitai pas: Je la quitte; je pars sans sentiment, sans vie. Jadis, avec regret aixindonnant Julie, Ovide, relég^ué sur des bords inhumains, N avoit pas ressenti d aussi cruels chagrins. J'arrive dans le sein d'une famille aimée : Mon ame, en ces moments de regrets consumée (Quoique sur tous ses goûts on sût la prévenir] , Se fermoit tout entière à Tattrait du plaisir.

Mon cœur infortuné, resserré dans lui-même, S'occupoit des douleurs du seul objet qu il aime. Quelle lettre en effet on m'écrivit alors ! Les plaintes, les regrets, Tamour et ses transports; Tout ce c[ue le reproche eut jamais de plus tendre, Tout ce que d'une amante un amant peut attendre. Les vœux et le serment de me garder sa foi. De m'aimer sans réserve, et de n'aimer que moi ; Je trouvai tout , ami , dans sa l<;ttre chérie. Tu m'observois en vain : je réponds, je supplie, Je conjure son cœur de nourrir cet amour : J'aime, je promets tout, j'annonce mon retour. . . Vains projets ! ta prudence et ta pitié barbare Tentent de rappeler ma raison qui s'égare. Vainement je fuyois; vainement mes douleurs Dans des lieux écartés te déroboient mes pleurs : Dans des antres secrets , au fond de nos prairies , Je portois loin de toi mes sombres rêveries. Ta politique adroite épioit mes ennuis : Dans l'épaisseur des bois , cruel , tu me poursuis ; Tu me peins mon amante infidèle et coupable. Me préférant bientôt un mortel moins aimable , S'abandonnant au feu de ses erabrassements , , Me trahissant enfin pour prix de mes serments. . . Né tendre , mais jaloux , je ne veux plus écrire : Je maudis mon amour, je déteste Zelmire; Aux dépens de mon cœur j'occupe mon esprit. . .

46o POÉSIES

On maunoit cependant; mais enfin ce dépit.

Ce sentiment affreux si puissiiut sur nos âmes.

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