Livre ce que j aimois à de nuuv(>lles flammes
Voilà ce f|u ont produit tes soins empoisonnés!
Je coule dans les pleurs mes jours infbilMiés;
Je suis trahi, perdu; j'aime, je brille encore.
On me méprise, ami; que dis-je! Ton m'abliorre:
Un autre, dans le» bras qui surent m'enc^balner.
Peut donner d&s plaisirs et s en faire donner.
Ah ! Tingrate , après tout , sans remords et sans peine ,
A pu rompre les nœuds de sa première chaîne.
Oui, dis-moi, cher ami, que son cœur avili A payé par la honte un criminel oubli ; Qu'aux yeux de Tunivers désormais méprisable. Puisqu'elle doit rou{;ir, elle n'est plus aimable. Peins-la-moi des couleurs qu apprête le mépris ; Dis que je fus par elle indijpiement surfins ; Sers-toi de ces couleurs qu empruntoit ton pinc<!uu lorsque, de mes erreurs déchirant le bandeau , Tu me représeniois l'objet de ma tendresse Digne au plus , à tes yeux , d'un seul moment ti é > i < »>«; Trop vil pour mériter les tendres sentiments Qu une flamme épurée inspire aux vrais amants.
Toi qui m'as arraché des bras de ce que j'aime, : Toi , le cruel auteur de mon supplice extrême , Force-moi de haïr ce qui fut adoré, Et ce qui plaît encore à mon cœur déchiré.
Ces lauriers desséchés, ces dons de Melpomène, Ces applaudissements , ces honneurs de la scène , Que ta voix me promet pour prix de mes travaux , Sont un trop foible espoir pour adoucir mes maux. Hélas! qui me rendra ces voluptés si chères, Ces nuits, ces jours heureux, ces plaisirs solitaires, Ces doux moments filés par les mains de l'amour. Ces baisers, en un mot... que je rendois toujours? Ami , j'ai tout perdu ; j'ai perdu mon amante.
Ces nouvelles beautés (jue ta bouche me vante N'ont point, comme l'objet qui règne sm* mon cœur, Ce charme impérieux, cet ascendant vainqueur Qui, de l'amour sur nous établissant l'empire. Nous fait goûter son charme au moment qu'il attire. Non, non; d'une autre ardeur je ne puis m'enflammer; Apprends-moi, si tu peux, l'art de ne plus aimer; Ou laisse-moi du moins, dans les maux que j'endure, Souffrir, gémir, languir, mourir pour ma parjure. Trop heureux cependant si tes soins, si le temps, Si de ton amitié les secours triomphants , /
L'emportant à la fin sur mon ame rebelle, Me sauvent de l'afiront d'aimer une infidèle!
46a FOÉNES