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A MON AMI

STANCES

Tu plains mes jours troublés par tant d'orages, Mes jours affreux , d'ombres environnés ! Va, les douleurs m'ont mis au rang des sages; Et la raison suit les infortunés.

A tous les goûts d'une folle jeunesse J'abandonnai l'essor de mes désirs :

A peine, hélas! j'en ai senti l'ivresse. Qu'un prompt réveil a détruit mes plaisirs.

Bi-ûlant d'amour et des feux du bel âge , J'idolâtrai de trompeuses beautés.

J'aimois les fers d'un si doux esclavage; En les brisant, je les ai regrettés.

J'offris alors aux Filles de Mémoire Un fugitif de sa chaîne échappé;

472 POÉSIFS

Mais je ne pus arracher à la jjloiie Qu'un v.iiu laurier <]ue la fondre a frappé.

Enfin j*ai vu dénie- jtunt-^ .uuiées L*astre pâlir au midi de son cours :

Depuis long-temps la main des destinées Tourne à regret le fuseau de mes jours.

Gloire, plaisir, cet éclat de la vie, Bientôt pour moi tout est évanoui ; Ce songe heureux dont lerrcur m'est ravie Fut trop rapide: et j'en ai peu joui.

Mais lamitié sait, par son éloquence, Calmer des maux qu'elle aime à partager; Et, chaque jour, ma pénible existence Devient près d'elle un fardeau plus lé{»er.

Jusqu'au tombeau si son appui me rote Il est encor des plaisirs pour mon di m Et ce débris d'un naufrage fimeste Pourra lui seul me conduire au bonheur.

Quand l'infortune ôte le droit de plaire, Intéresser est le bien le plus doux; Et l'amitié nous est encor plus chère , Lorsque l'amour s'envole loin de nous.

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