ACTE II, SCÈNE I
Mêloient un jour horrible à d'horribles ténèbres.
J'avance , et tout-à-coup , devenu plus cruel ,
Le fantôme indigné m'écarte de lautel.
Ses menaces , ses cris du temple m'ont chassée ,
Et vous-même, seigneur, vous m'avez repoussée.
La peur hâtoit mes pas incertains , égarés :
A peine je sortois des portiques sacrés,
Le tonnerre a grondé, les voûtes ébranlées
Sur mille malheureux soudain sont écroulées ;
Et le choc imprévu de leurs vastes débris
Du plus affreux réveil a frapj>é mes esprits.
ALTAMONT
Des voiles du trépas toujours environnée,
Aux marches d'un tombeau sans cesse prosternée.
De ces tristes objets l'image vous poursuit.
Quoi ! par un songe vain mon bonheur est détruit !
De quel retour, ô ciel ! ma tendresse est punie!
Madame, ai-je d'un père armé la tyrannie?
Altamont ne sait point Fart d'usurper les cœurs.
Il ne s'est plaint qu'à vous de toutes vos rigueurs.
Il est vrai, je croyois que mes soins, ma constance,
Avoient de vos mépris forcé la résistance ;
Et quand le temple est prêt, je ne m'attendois pas
Qu'un obstacle nouveau dût enchaîner vos pas.
D'un plus beau feu sans doute en secret prévenue ,
Vous...
292 CALISTE
GALISTE.
Caliste, seigneur, vous est-elle connue?
Altamont ne peut-il , sans les interpréter, Souscrire à des refus qu'il devroit respecter ? Cédez à des motifs que ma vertu doit taire. Ah! ce n'est pas à vous d'en percer le mystère; Ils sont affreux !
ALTAMONT
Sortez du ti'ouble où je vous voi.
Caliste, éclaircissez...
Altamont, laissez-moi.
ALTAMONT
Madame, j'obéis; et vous allez connoître Si ce cœur dédaigné peut mériter de l'être. Ah! du moins mes respects, dans ce funeste jour, Obtiendront votre estime au défaut de Tamour. C'est mon dernier espoir.