ACTE II, SCÈNE II
A la mort d'une mère on imputoit mes pleurs.
Tout est connu, te dis-je, et si ma prévoyance
A la voix d'Altamont n'eût imposé silence,
Il accusoit mon cœur pour un autre enflammé;
Lothario sans doute alloit être nommé.
Cent fois, dans mes transports, ton bras m'a désarmée;
Sous mes pas fugitifs la tombe s'est fermée.
Tu vois quel est le fruit de tes cruels secours :
Au mépris, à la honte on condamne mes jours.
LUGILE.
Pourquoi du sein de l'ombre et de la solitude Traîner ici le poids de votre inquiétude? Pourquoi vous refuser aux soins de ma pitié? Si vous en eussiez cru les vœux de l'amitié , Au fond de ce palais renfermant vos alarmes , On n'eût point en ces lieux interrogé vos larmes.
CALISTE
Sais-je où le désespoir précipite mes pas? On presse mon hymen, ou plutôt mon trépas. L'instant fatal approche... Eh quoi! devois-je attendre Qu'au fond de ma retraite on osât me surprendre ; Que mon époux , mon père , ardents à m'y chercher, Les flambeaux à la main vinssent m'en arracher? Qu'auroit pu leur répondre une femme éperdue? Le front couvert de honte , à leurs pieds confondue , Caliste, de ses pleurs les baignant tour-à-tour, N'auroit su que maudire et l'hymen et l'amour.
394 CALISTE
Malheureuse ! où traîner une vie importune?
Où fuir, et dans quels lieux cacher mon infortune?
Que ne puis-je, Lucile, au bout de Tunivers,
Habiter des rochers, des antres, des déserts!
Là de mon lâche amant expier les outrages ,
N'entendre autour de moi que le bruit des orages,
Ne voir à la clarté d'un ciel chargé de feux
Que des monstres sanglants , que des spectres hideux ;
Des mânes, des tombeaux... ou quelque infortunée
Aux larmes , connue moi , par Tamour condamnée !
Lothario, voilà le fruit de tes forfaits,
Les remords que j'éprouve , et les vœux que je JÈiis.
LUCILE
Les remords'.... eh! pourquoi vous imputer son crime? L'audace aviht-elle une vertu sublime?
Non, madame, un perfide, au gré de son ardeur, Ne peut dans son amante anéantir l'honneur : L'honneur est dans notreame;etquoi qu'on entreprenne, C'est avec notre aveu qu'il faut qu'on l'y surprenne. Pour un cœur noble et pur, par la force abattu , La défaite devient un titre de vertu.
CALISTE
Le ciel m'en est témoin; l'ennemi de ma gloire Ne peut s'enorgueillir d'une injuste victoire. Le triomphe odieux surpris par sa furem* Fut celui d'un brigand , et non pas d'un vainqueur. Mais je mourrai, Luicile„ et s£ms doute l'envie