ACTE II, SCÈNE III
Il vient de m'implorer pour toi contre lui-même ; Il consent de te perdre, et cependant il t'aime! Je suis trop indigné d'essuyer des refus. Viens.
CALISTE
Quoi! vous ordonnez...
SGIOLTO.
Ne me résiste plus.
CALISTE, se jetant aux genoux de Sciolto.
Ah ! seigneur, si jamais j'eus des droits sur votre ame,
Ces droits chers et sacrés, ma douleur les réclame.
Je ne viens point, hélas! indocile à vos lois,
En faveur d'un amant, combattre votre choix;
Ce n'est point Altamont , c'est l'hymen que j'abhorre.
Pourquoi me séparer d'un père que j'adore ?
De vos nobles destins ne me détachez pas.
Mon père, je vivred, je mourrai dans vos bras.
Que m'importe un époux et le reste du monde?
SGIOLTO.
Léve-toi... sors enfin de ta douleur profonde. Va, je t'aime toujours... Mais vois si ma bonté Doit au gré de tes pleurs changer ma volonté. Un monstre dans ces murs opprime ma vieillesse : Non content de trahir, de punir ma tendresse, Sa haine, enveloppant l'état dans ses forfaits, A vendu la patrie aux tyrans que je hais. Ma fille , tu frémis ! Lothario. . .
3oo CALISTE.
CALISTE
Ce traître?
On dit qu'à vos regards il vient de reparoître. L'ingrat , que vouloit-il ? Ah , mon père ! combien Mon cœur a redouté ce fatal entretien !
SCIOLTO
A l'oubli de mes dons il ajoute l'outrage: Il t'aime.
Lui!... l'amour s'unit-il à la rage?
Ah! qu'importe après tout? Dans les cœurs corrompus L'amour même , l'amour est un crime de plus. Qu'il meure : punissez et ses feux et sa haine; Vengez l'état et vous.
SCIOLTO
Loin de nous on l'entraîne.
Les jours de cet ingrat malgré moi me sont chers. Aux Corses mutinés il va porter des fers ; Il va partir. . . il part.
CALISTE
Tombe sur moi la foudre !
Il part... Vous l'ordonnez... Il a pu s'y résoudre!...
SCIOLTO
Qu'entends-je ! Me trompé-je! Où s'égarent tes vœux?
CALISTE
Ce n'est pas son exil, c'est sa mort que je veux. Qu'il périsse... A ma honte, à la vôtre, il respire.