ACTE II, SCÈNE III. 3oi
Des bouts de l'univers il peut encor vous nuire. Chaque instant de sa vie est un instant d'horreur.
SCIOLTO
Réserve à nos tyrans cette noble fureur.
O ma chère Caliste ! ô toi l'espoir de Gêne !
Poursuis , ma fille , et prends l'ame d'une Romaine ,
L'ame de ces héros , de ces grands citoyens ,
La gloire de nos murs, mes aïeux et les tiens.
Sais-tu que dans ce jour tombe la tyrannie ;
Que d'un doge odieux l'ambition punie
Va voir dans nos remparts triompher le sénat,
Et remettre en nos mains les rênes de l'état?
De notre liberté ton hymen est le gage.
Nous brisons aujourd'hui le joug de l'esclavage :
Déjà même Altamont , pour prix de sa vertu,
Du rang de sénateur vient d'être revêtu ;
Et Fiesque et Doria, ces fils de la patrie.
Voilà les conjurés que l'honneur t'associe.
Marche d'un pas superbe à côté des héros.
Sois mon sang, sois ma fille, et viens finii* mes maux.
CALISTE
Jour affreux !
SCIOLTO
Dans une heure aux autels on s'assemble : Ton hymen célébré , le fer brille.
CALISTE, à part.
Je tremble.
3o2 CALISTE.
SCIOLTO
On court dans leurs palais enchaîner nos tyrans.
Ainsi du bien public mes malheurs sont garants. Ah! sans doute, il manquoit à Thymen qu'on apprête Le sanglant appareil de cette horrible fête ! Dieux! parmi les combats, les flammes, les débris... Vous me glacez d'effroi.
SCIOLTO
Tu sauves ton pays .
J'ai souffert jusqu'ici tes pleurs, ta résistance : Mais j'attends plus de zèle et plus d'obéissance ; Il y va de ta gloire, il y va de tes jours. De mon heureux projet il faut suivre le cours. Enfin, parmi les soins dont mon ame est remplie, Songe que les plus grands sont ceux de la patrie. Et qu'un républicain qui se livre à ta foi , Si tu trahis l'état, le vengera sur toi. Je te laisse y penser; dans une heure on t'appelle.