LOTHARIO, CALISTE, MONTALDE, LUCILE
(Lothario poursuit Caliste, et l'arrête lorsqu'elle est vers le milieu de la scène. Montalde s'oppose aux efforts de Lothario. )
MONTALDE.
Arrête.
LOTHARIO, furieux.
Laisse-moi.
MONTALDE.
Non, je veux t' observer.
LUCILE, à part.
Courons vers Sciolto.
CALISTE, se jetant dans un &uteuil.
Suis-je assez confondue?
Quoi ! tu poursuis encore une femme éperdue ! Monstre, sors de ces lieux.
* LOTHARIO
Non; ne Fespère pas.
La vengeance et Tamour m attachent sur tes pas ; De ton hymen ici je veux laver l'outrage.
CALISTE
Eh bien! venge-toi, frappe; épuise enfin ta rage.
3a8 . CALISTE.
LOTHARIO
Je dédaiçne tes cris , perfide ; tu n'as plus Cet empire usurpé par tes fausses vertus, Ce pouvoir inconnu , cet ascendant suprême Que mon cœur étonné te donnoit sur lui-même. Je viens de t arracher des bras de ton époux : Le crime désormais est égal entre nous. Tu perds par ton hymen le droit de me confondre ; Je t'accuse à mon tour, c'est à toi de répondre.
CALISTE
Quoi ! j'étois réservée à ce comble d'horreur!
Du moins , en l'arrachant , n'avilis point mon cœur.
Tu m'accuses , barbare ! et , si Ton veut t'en croire ,
J'ai cherché dans l'hymen mon bonheur et ma gloire;
Moi-même de ces nœuds je formai le tissu !
Tigre que les rochers dans leurs flancs ont conçu,
Ne pouvois-tu tantôt lire ma résistance
Dans mes pleurs, dans mes cris, même dans mon silence?
Juge si cet hymen me remplissoit d'effroi.
Cruel , j'ai souhaité qu'il fût rompu par toi ,
Par toi qui , n'inspirant ni l'amour ni l'estime ,
Aux vertus d'Altamont n'opposes que ton crime;
Qui n'as, sur ton rival, que l'avantage affreux
D'avoir trompé le cœur qu'il voulut rendre heureux.
Ta haine pour mon père , inflexible, obstinée.
Au pied de nos autels malgré moi m'a traînée.
J'ai cru que Sciolto, poursuivant ses desseins,