‹ Œuvres choisiesChapitre 65 sur 121 · ACTE IV, SCÈNE III · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCÈNE III

T'uniroit aux tyrans combattus par ses mains ; J'ai cru que, dans le trouble où Gènes est plongée, Je serois aisément ou perdue ou vengée. • •

Le ciel anéantit et Tun et l'autre espoir ; Je vis encore, et vis soumise à ton pouvoir. Non que de mon hymen ta honte prévenue Te rende désormais plus coupable à ma vue : Mais que t'a fait mon père , et pourquoi ta fureur L'a-t-elle environné du glaive destructeur? Hélas ! il ignoroit que tes feux sacrilèges Avoient sur Altamont de honteux privilèges. Des tyrans qu'il combat ne deviens-tu l'appui Que pour l'assassiner, et me perdre avec lui? J'espérois...

LOTHARIO

Connois donc le pouvoir de tes larmes.

Cette ville est en proie au tumulte des armes : On attaque , on repousse ; une égale valeur Ne laisse aucun parti ni vaincu ni vainqueur : Un signal, un seul mot échappé de ma bouche Pourroit... N'irrite point un mortel né farouche; Et si de Sciolto tu veux sauver les jours , Viens, suis-moi.

CALiSTE. ■

Dans quels lieux? Parle; achève, et j'y cours.

LOTHARIO

A ces mêmes autels parés pour mon injure ,

33o CALISTE.

Viens me jurer la foi que mou amour te jure , Viens m'unir à ton sort par un nœud solennel , M'épouser, en un mot.

CALISTE

T'épouser! loi, cruel?

LOTH'ARIO.

Ton père à ce prix seul obtiendra la victoire.

CALISTE

Un triomphe à ce prix seroit acquis sans gloii-e; Il m'en désavoueroit.

LOtHARIO.

Ingrate , que dis-tu ?

CALISTE, noblement.

Je ne me pare point d'un faste de vertu :

Voici l'affreux moment où tu dois me connoître.

Perfide , je t'aimois , j'en rougis ; mais peut-être

Le ciel attachoit-il le bonheur de mes jours

A celui de te plaire et de t'aimer toujours.

Tu sais trop quel affront j'ai reçu de ta rage ;

Et ma main deviendroit le prix de cet outrage !

Dût ton bras, ou la foudre, ensanglanter ces lieux.

Dût Caliste elle-même, en ce jour odieux.

Sur les restes fumants de sa famille entière

Mourir de mille morts et mourir la dernière ,

J'ose ici t'annoncer ma haine et mes refus.

Qui me put avilir ne m'estimeroit plus,

Et, dans les longs dégoûts d'un bonheur légitime,

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