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AU BARON DE W

Oui, le plus charmant des barons, Nous avons vu, dans tes missives.

Que du climat des Jagellons Ton cœur revole vers nos rives.

Errant et toujours incertain Sur le vaste océan du monde, Tu ne sa vois où le destin Porteroit ta nef vagabonde :

Enfin , le vent de la faveur Au nord a terminé ta course ; Et mon camarade a Thonneur D'être à-peu-près ambassadeur Chez les peuples voisins de TOurse.

Pour moi, je ne cours pas si loin ; Et la fortune opiniâtre Me laisse dans le petit coin Qu'elle a marqué pour mon théâtre.

J'y reste : en suis-je moins heureux?

Non; mon vaisseau, toujours en rade, Ne craint point les temps orageux.

D'ailleurs j'entrevois dans tes vœux Que la plus brillante ambassade N'est souvent qu'un exil pompeux ; Et que, dans ce monde, il vaut mieux Être casanier que nomade.

Laissons ces objets à l'écart.

Te souvient-il de la soirée Où , plaintive , désespérée , Ma muse pleura ton départ?

Dès-lors , malheureux politique , J'osai prophétiser l'ennui Qui te fait languir aujourd'hui Dans l'éclat d'un rang tyrannique.

Toi, t'enfoncer dans les détours, Dans l'embarras du ministère?

N'agir, en agissant toujours, Que pour une cause étrangère ; Et désormais n'oser rien faire De ce qui charmoit tes beaux jours?

Je sais bien qu'une ame élevée Ne s'endort point dans les loisirs ; Et que l'élan de ses désirs D'une scène obscure et privée Lui fait dédaigner les plaisirs.

Mais toi , qu'un goût sage et paisible

Appelle à l'amour des beaux-arts ; Toi que j'ai vu , dans nos remparts , Moins ambitieux que sensible ; Se peut-il qu'un trompeur éclat Ou t'éblouisse, ou t'en impose?

Et ton orgueil trop délicat Croit-il, pour être quelque chose, Qu'il faille être un homme d'état?

Toute grandeur est une enti*ave.

Daigne analyser avec moi Les privilèges de l'emploi Qui te rend aujourd'hui si grave.

Malheureux! tu veux faire un roi?

Mais en es-tu moins un esclave?

Ah ! si jamais la liberté , Avec sa lime bienfaisante, Brise de ta captivité La chaîne honorable et pesante, Reviens dans notre comité Jouir d'une félicité Aussi pure qu'indépendante.

Je ne suis qu'un des nourrissons A qui les muses , dans leur temple , Donnent quelquefois des leçons ; Mais au plus chéri des barons J'ose me citer pour exemple.

Dans des essais assez brillants

Je sus captiver le suffrage De ces petits qu'on nomme grands :

J'allai leur présenter Thommage Des prémices de mes talents :

J'obtins des regards caressants , Des promesses , selon Tusage.

J'en eusse obtenu davantage En prostituant mon encens :

Mais je leur fis ma cour en sage, Et je fus fier à mes dépens.

Quoi ! ma muse déshonorée Auroit donc bassement flatté Ou la fougue inconsidérée D'un petit marquis éventé , Ou l'impertinence titrée D'un duc, dont la stupidité Se fût sottement enivrée Du nectar doux et fi^elaté D'une louange préparée Pour abreuver sa vanité !

J'aurois essuyé les caprices , Le sot orgueil d'un protecteur.

Qui, pour quelques légers services, M'auroit rendu l'adulateur Et le complaisant de ses vices !

Non, baron; j'abandonne aux sots Et ce manège et cette honte :

La fortune on sera moins prompte A récompenser mes travaux , Je le sais ; m£Ùs le temps la dompte. Enfin, je chéris mon repos :

J'ai des amis, non des héros; Et je vis pour mon propre compte. J'ai su mesurer d'un coup d'œil Ces colosses de la fortune :

De leur palais fiiyant le seuil , Loin de leur grandeur importune , De leur faste , et de leur orgueil , J'ai su , conduit par la sagesse , Chercher une société Où^ sans prestige et sans ivresse , Mon cœur, plus heureux, a goûté Les doux plaisirs de la tendresse Et tous ceux de l'égalité.

Que le même goût te ramène ; Reviens, te dis-je, il en est temps :

Reviens aux rives de la Seine , Suivi des arts et des talents.

Les jeux, les spectacles brillants Vont renouveler notre scène.

Hélas ! tout languit dans le deuil ; Et, depuis ta fatale absence.

L'ennui se promène en silence Sous l'ombre des bosquets d'Auteuil;

Auteuil , où ramitié sacrée , Sœur et compagne des amours , Filoit, sur le fuseau d'Astrée , Le brillant tissu de nos jours ; Auteuil , asile frais et pur Où Boileau choisit son Parnasse , Et crut retrouver le Tibur Que chantoit la lyre d'Horace ; Auteuil enfin, séjour heureux, Où la beauté devient plus belle , Le plaisir plus voluptueux , La félicité plus réelle.

Reviens , tout sera réparé :

Nos esprits reprendront courage.

On te regrette , on t'a pleuré ; Mais on t'aimera davantage Si tu reparois au rivage Où ton retour est désiré.

Dispose donc ton équipage ; Pars : le bonheur d'être adoré Vaudra bien les frais du voyage.

e ÉPITRE

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