‹ Œuvres choisiesChapitre 94 sur 121 · A MADAME · texte numérisé non relu

A MADAME

Quai' io non 1' aveu vista infin allora

Mi si scoverse : onde mi nacque un gliiaccio

Nel cuore , ed evvi ancora

E sara sempre, fin cli' i' le sia iil braccio.

Petiia«c» , canz. 24.

J'ai vu, comme Actéon, les beautés de Diane : Le respect, dans mon cœur, cédoit à mes désirs; Et j'allois, plein de feu , porter un pied profane

Au sanctuaire des plaisirs.

Déjà, dans Tardeur qui m'anime, Je m'avançois vers cet autel sacré Où Tamour seul peut rendre un culte légitime :

Mais , ô retour inespéré !

Pour la divinité mon hommage est un crime !

4o2 POÉSIES

Et son cœur, contre moi par la haine ulcéré , De mes transports m'a rendu la victime.

O toi qui , malgré tes rigueurs , Ne peux du moins m'ôter ton image chérie, Tu le vois , sous les traits de cette allégorie , Je peins en soupirant mon crime et mes malheurs... Mon crime?... est-il donc vrai que j'ai pu te déplaire? Quoi! cependant toujours impérieux, Ce sentiment involontaire, L'amour est un outrage, une offense à tes yeux? Mon crime?... à chaque instant mon cœur le renouvelle. Plus coupable aujourd'hui, même après tes refus, Je sens dans mon ame rebelle S'accroître encor des désirs superflus.

En vain ta bouche me rappelle

Que tu ne m'estimeras plus :

Je ne puis commander à mes sens trop émus ; Et je ne réfléchis que pour te trouver belle.

Que dis-je? cette nuit, quand un repos flatteur. Par mie illusion (le charme de mon ame ! ) , Dans les bras du sommeil endormoit ma douleur, J'espérois fléchir ta rigueur;

Et ton amant , plein d'amour et de flamme ,

Précipitoit l'instant de son bonheur :

DIVERSES. 4o3

Je t'ai vaincue ; et mon ame ravie S'enivroit doucement au sein des voluptés : Je puisois le plaisir aux sources de la vie, Mes baisers, par leur nombre, éfjaloient tes beautés...

Hélas 1 de quels regrets mon erreur est suivie ! Les désirs seuls me sont restés :

N'en doute point : je les ressens encore. Je ne puis te tromper, je ne puis consentir A condamner mes feux , à feindre un repentir

Que je n'ai point... jyiis qu'enfin je t'adore...

Je le vois , je t'offense , et l'outrage est réel; Ton courroux même est légitime :

Mais prends pitié d'un amant malheureux.

Telle est l'ardeur du transport qui m'anime ,

Que je voudrois , bien plus audacieux , Mourir entre tes bras pour expier mon crime.

Ne me dis point que ces emportements Annoncent le mépris et le défaut d'estime : Non, pour toi, dans mon cœur né tendre et magnanime, L'estime est le premier de tous mes sentiments... Juges-en , et connois à quel excès je t'aime : Oui , malgré mes transports , mes regrets , mes désirs ,

Explique-moi ta volonté suprême ;

4o4 POÉSIES

Permets ou défends les plaisirs (Contre tes lois je n'ai que mes soupirs), Va, je t obéirai... fiit-ce contre moi-même.

DIVERSES. 4o5

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