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Oeuvres choisies

Clément Ma rot, celui de nos poètes qui a véritablement commencé la gloire du Parnasse français, naquit à Cahors en i^gS. Il fut bercé pour ainsi dire par les muses. Son père, Jean Marot, valet de chambre de François i^'', avait été secrétaire et poète en titre de la reine Anne de Bretagne, et s'était acquis de la réputation par ses ouvrages.

Les premières études de Clément Marot furent très-négligées. Il dit lui-même à ce sujet :

En effect c'estoient de grans bestes Que les régens du temps jadis ; Jamais je n'entre en Paradis , S'ils ne m'ont perdu ma jeunesse.

Son père, voulant lui donner un état indépendant de l'inconstante faveur des princes , le destina d'abord à la carrière du barreau; mais

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rebuté par la sécheresse de l'étude des lois, qui ne pouvait guère synipafliiser avec sou goût pour les plaisirs et pour la poésie , Marot abandonna le Digeste pour s'attacher à la cour. Après avoir été page du seigneur de Villeroy, il devint, comme son père, valet de chambre de François i^^. Ce prince, protecteur des lettres, encouragea les premiers essais de notre poète; se livrant parfois lui-même à la culture de la poésie , il était plus capable que tout autre de goûter le tour vif et gracieux du génie de Marot; aussi Ihonorait-il d'une affection toute particulière. Ce fut pour complaire à ce monarque que Marot retoucha soigneusement les ouvrages de quelques anciens auteurs, tels que les poésies de Villon et le Roiuan de la Rose.

L'amoureuse et chevaleresque galanterie, qui, à cette époque, était l'âme de la cour de France, exerça une favorable influence sur le talent de Marot, et ne contribua pas peu à son «léveloppement. Les muses et l'amour se prêtent souvent un mutuel appui. Marot fit résonner sa lyre pour célébrer les beautés qui touchaient le plus son cœur, et la plupart de

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ses opuscules attestent que la célèbre Diaue de Poitiers , et l'ingénieiise Marguerite de Navarre , que François i^'^ son frère appelait la Marguerite des Marguerites, furent long-temps au nombre des darnes de ses pensées, aussi bien que le sujet de ses plus heureuses inspirations.

Marot suivit son maitre en Italie, dans la malheureuse campagne où ce prince fut fait prisonnier. Se montra-t-il plus brave à la guerre que le poète Horace, qui prit la fuite à la journée de Philippes? L'histoire du temps ne dit rien à cet égard; cependant une circonstance qui semble devoir le faire juger favorablement sur ce point , c'est qu'il fut blessé à la bataille de Pavie.

A son retour en France , Marot embrassa sans hésiter. les opinions nouvelles répandues par Calvin, et qui comptaient de nombreux et zélés partisans à la cour , notamment cette même princesse Marguerite dont il vient d'être parié. Cependant, malgré cet appui, une violente persécution s'était élevée contre les novateurs ; on les emprisonnait , on les brûlait sans pitié. Marot , qui s'était fait beaucoup d'ennemis, tant par ses épigrammes que par la fa-

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veur dont il jouissait, ne tarda pas à être en butte à la délation. Ayant décoché quelques Iraits satiriques contre cette même Diane de Poitiers quil avait d'abord tant louée dans ses vers, celle- ci s'en vengea d'une manière peu généreuse; elle le dénonça comme violateur de l'abstinence des viandes, et provoqua ainsi son emprisonnement. Voici comme Marot raconte lui-même sa mésaventure :

Un jour j'écrivis à lua mie Son inconstance seulement; Mais elle ne fut endormie A me le rendre chaudement;- Car dès l'heure tint parlement A je ne sais quel papelard , Et lui a dit tout bellement :

Prenez-le, il a mangé le lard.

Lors six pendards ne faillent mie A me surprendre finement ; Et de jour pour plus d'infamie, Firent mon emprisonnement.

Ils vinrent à mon logement :

Lors se va dire un gros paillard :

Par la morbleu ! voilà Clément !

Prcncz-le , il a mangé le lard.

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Ce fut pendant cette détention que Marot composa, à l'instar cm célèbre Dante, son poème de l'Enfer^ satire sanglante contre les gens de justice et contre ses autres persécuteurs. François i^"', au retour de sa captivité, ordonna son élargissement. Mais bientôt une nouvelle aventure attira sur notre poète de nouveaux malheurs. S'étant avisé , par suite d'une inconcevable étourJerie, d'arracher un criminel des mains des suppôts de la justice, il fut emprisonné de nouveau, et ne dut encore sa liberté qu'à la protection du roi.

Néanmoins ses ennemis, parmi lesquels se trouvaient beaucoup de gens d'église et de robe qu'il avait diffamés dans ses imprudentes satires , le signalaient sans cesse comme un hérétique incorrigible. Pour se soustraire à leur animosité , il s'enfuit en Italie, à la cour de madame Renée de France, duchesse de Ferrare, qui l'accueillit avec une bienveillante distinction. Fatigué de végéter loin de sa patrie, il sollicita la faveur d'y rentrer, et l'ayant obtenue, il reprit à la cour ses anciennes fonctions. Mais peiî après , son imprévoyante franchise, qui ne lui permettait de déguiser aucun

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de ses senlimens , le perdit , et sans retour. Ses opinions étaient le prétexfe éternel de ses persécuteurs. Les protestans se voyaient plus tourmentés que jamais ; l'acharnement de l'autorité contre eux était tel, que Marot ne pouvait plus compter sur l'appui du roi. Il s'enfuit donc à Genève, et delà à Turin , où il mourut dans un état voisin de l'indigence , en i544> âgé de près de cinquante ans. Jodelle lui fît Tépitaphe suivante i qui est bien dans le goût du temps :

Qaerci , la conr , le Piémont , l'univers, Me lit, me tint, m'tuterra , me connut. Qnerci mon los , la cour tout mon temps eut, Piémont mes os, et l'univers mes vers.

Le talent poétique semblait héréditaire dans la famille de notre poète. Michel Marot, son fils, cultiva l'art des vers avec quelque succès.

Il y a unanimité parfaite dans les jugemens de nos plus judicieux littérateurs sur les poésies de Marot. Boileau, quoique d'une organisation peu propre à sentir toflt le prix de la naïveté de cet auteur, recommande d'imiter

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son élégant hanincige , et dit (\i\ il trouva pour rimer des chemins tout nouveaux, Fénélon , dans sa belle lettre à l'académie française , regrette que son langage court , naturel, vif, hardi et passionné ne soit plus en usage. Marmontel et La Harpe le regardent comme le père de notre poésie. La langue française lui a aussi des obligations particulières; informe et barbare avant Marot, elle acquit sous sa plume un agrément, une douceur, une clarté qu'elle n'avait jamais connus. Loin de chercher à la torturer pour la former sur le modèle des langues anciennes, il chercha le génie de notre langue en elle-même, et ses tentatives furent couronnées du succès. De plus, les ouvrages de Marot portent tous l'empreinte du caractère français, et l'étonnante variété des mots et des tours employés ou créés par lui , prouve combien ont appauvri notre langue ceux qui ont voulu si scrupuleusement l'épurer.

Cependant il est juste de dire que la langue de Marot, toute vi\e, toute naturelle, toute gracieuse quelle est , manque de noblesse et de dignité; convenant merveilleusement à tous les genres tempérés, tels que lépigramme, le ma-

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drigal , la chanson , le conte, la fable, l'élégie et l'épitre familière, par celte raison là même , elle n'eût été que ridicule dans l'épopée, dans la tragédie, et en général, dans tous les genres essentiellement sérieux et élevés.

Les poèmes de Marot ne sortent jamais de cette sphère tempérée qui se trouvait si bien en harmonie avec la nature de son talent. On y trouve des opuscules divers , des élégies , des épilres, des ballades , des cantiques, des chansons, des rondeaux , des épigramraes , des épitaphes, etc. Marot avait fait aussi des essais de traduction de plusieurs ouvrages des anciens, tels que les Métamorphoses à' Ovide, Héroct Léandre, poème de Musée. Le travail qui, aujourd'hui, lui fait le moins d'honneur, est sa traduction partielle des Psaumes de David, que l'esprit de parti fit accueillir avec engouement lorsqu'elle parut; la muse badine et légère de Marot n'était pas susceptible de s'élever aux sublimes inspirations du roi prophète.

C'est iH'incipalement dans Ycpigiamme et dans r^/wire que brille noire poète. Marmontel le cite comme le plus ingénieux des auteurs

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épigrammatiques, surtout pour l'adresse du tour, pour la finesse du trait, pour la singularité et la variété de ses petits dessins. Plusieurs de ses épîlres sont des modèles de facilité, de bonne plaisanterie , et d'une simplicité délicate ; témoins celle dans laquelle il raconte d'une manière si comique à François i^r les circonstances d'un vol qui lui avait été fait, et cette autre où il parle à ce même prince en faveur du poète Papillon , son ami.

Quelques-uns de nos poètes , soit qu'ils regrettassent la grâce naïve des anciens tours de notre langue, soit qu'ils fussent séduits par l'heureuse liberté de supprimer Tarlicle et de se servir de quelques inversions faciles et d'une foule de mots injustement bannis par le caprice de la mode, ont voulu écrire dans le style de Marot ; mais peu de ces essais ont réussi. Pour manier avec grâce un style naïf, il faut être naïf soi-même, et comme l'observe très-judicieusement Marmontel , rien n'est plus rare que la naïveté. Chaulieu a plus dune fois employé les formes simples et enjouées de ce style plein de charme. Jean-Baptiste Rousseau , en imitant Marot dans ['épigramme , l'a surpassé

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