‹ Œuvres choisiesChapitre 19 sur 103 · BALLADE DE FRERE LUBIN · texte numérisé non relu

BALLADE DE FRERE LUBIN

Pour courir en poste à la ville Vingt fois , cent fois, ne scay combien , Pour faire quelque chose vile.

Frère Lubin le fera bien ; Mais d'avoir bonneste entretien,

DE CLEMENT IVIAROT. 85

Ou mener vye salutaire , C'est à faire à un bon chrestien , Frère LubLn ne le pealt faire.

Pour mettre (comme un homme habile) Le bien d'autruy avec le sien , Et vous laisser sans crois ne pile , Freie Lubin le fera bien.

On a beau dire , je le tien , Et le presser de £atisfaire , Jamaiz il ne vous lendra rien; Frère Lubin ne le peult faire.

Pour desbaucher par ung doulx style Quelque fille de bon maintien, Point ne fault de viedle subtile.

Frère Lubin le fera bien.

Il presche en théologien ; Mais pour boire de belle eau clere , Faictes la boire à vostre chien , Frère Lubin ne le peult faire.

ENVOY

Pour faire plus tost mal que bien , Frère Lubin le fera bien ; Et si c'est quelque bon afaire , Frère Lubin ne le peult faire.

DU TEMPS QUE MAROT ESTOIT AU PALAIS A PARIS, ET qu'il y APPRENOIT A FSCRIRE.

MiTSiciEKs à la voix argentine ,

Doresnavant , comme ung homme esperdu ,

Je chanteray plus hault qu'une bucine :

Helas ! si j'ay mon joly temps perdu,

Puis que je n'ay ce que j'ay prestendu,

C'est ma chanson , pour moy elle est Lien deuë •

Or je vois veoir, si la guerre est perdue.

On s'elle picque ainsy qu'un hei'ysson.

Adieu vous dy , mon maisti'e Jean Griffon

Adieu palais, et la porte Barbette

Où j'ay chanté mainte belle chanson

Pour le plaisyr d'une jenne fillette.

Celle qui c'est , en jeunesse est bien fine , Ou j'ay esté assez mal entendu :

Mais si pour elle encores je chemine , Parmy les pieds je puisse estrc pendu : C'est trop chante, sifûé , et attendu Devant sa porte , en passant par la rue ; Et cnieulx vauldroit tirer à la charraè Qu'avoir tel' peine, ou ser^■ir ung niasson. Brief, si jamaiz j'en tremble de frisson.

Je suis content qu'on m'appelle Caillette ». C'est trop souffert de peine et marrisson Pour le plaisyr d'une jeune fillette.

Je qnitte tout, je donne, je resigne Le don d'aymer, qui est si cher vendu. Je ne dy pas que je me détermine De vaincre amour, cela m'est deffendu , Car nul ne peult contre son arc tendu. Mais de souffi'yi" chose si mal congrue , Par mon serment, je ne suis plus si grue ; On m'a apprins tout par cueur ma leçon. Je crains le guet, c'est ung mauvais garson, Et puis de nuict treuvez une charrette Voui vous cassez le nez comme ung glaçon Pour le plaisyr d'une jeune fillette.

ENVOY

Prince d'amour régnant dessoubz la nue , Livre-la moy en ung lict toute nuë , Pour me payer de mes maulx la façon , Ou la m'envoye à l'ombre d'ung buisson. Car s' elle estoit avecques moy seulette; Tu ne veiz oncq mieulx planter le cresson, Pour le plaisyr d'une jeune fillette.

' Cétoit un fou de la cour sous Charles VIII , Louis XII, et peut-être François 1er.

88 ŒUTPvES

A MADAMK D ALENCON , MARGUERITE DE VALOIS, SOEUR UNICQUE DU ROY, POUR ESTRE COUCHÉ EN SON ESTAT.

Prikcesse aa cueur noble et rassiz , La fortune, que j'ay suivye , Par force m'a souvent assiz Au fi'oid giron de triste vye; De mV seoir encor me convye, Mais je respons (comme fasché) D'estre assiz je n'ay plus d'envie ; n n'est que d'estre bien couché.

Je ne suis point des excessifz Importuns , car j'ay la pépie :

Dont suis au vent comme ung chassiz , Et debout ainsy^qu'une espie :

Mais s' une fois en la copie De vostre estât je suis merché, Je ciyrai plus bault qu'une pie , Il n'est que d'estre bien couché.

L'ung soutient contre cinq ou six Qu'estre accoude , c'est musardie , L'aultre , qu'il n'est que d'estre assiz Pour bien tenyr chère hardye :

L'aultre dict que c'est melodir

D'ung homme debout bien fiché :

Mais quelque chose que l'on die , Il n'est que d'estre bien couché.

ENVOY

Princesse de vertu reiûplve, Dire puis comme j"ay touché.

Si promesse m'est accompîve.

Il n'est que d'estre bien couche.

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