‹ Œuvres choisiesChapitre 25 sur 103 · CHAIST DE MAY ET DE VERTU · texte numérisé non relu

CHAIST DE MAY ET DE VERTU

VoLo^'TiERS en ce mois icy La terre mue" et renouvelle; Maints amoureux en font ainsi , Subjects à faii-e amour nouvelle Par légèreté de cervelle, Ou pour estre ailleurs plus contens.

Ma façon d'aymer n'est pas telle, Mes amoui'S durent en tout temps.

N'y a si belle dame aussi De qui la beaulté ne chancelle; Par temps; maladie ou sooci, Laydeur les tire en sa nasselle ; IVIais rien ne peult enlaydir celie Que senir sans fin je pretens; Et pouice qu'elle est tousjours belle, Mes amours durent en tout temps.

Celle dont je dy tout cecy, C'est vertu, la nymphe éternelle, Qui au mont d'honneur esclercy Tous les vrays amoureux appelle :

Tenez amans , venez , dit-elle , Venez à moy, je vous attens ; Venez ( ce dit la jouvencelle ) , Mes anaours durent en tout temps.

CHANT ROYAL, l^ONT LE ROÏ BAILLA LE REFRAIN.

TnzyKisT repoz dessoubz un verd laurier , Apres travail de noble poésie , Ung nouveau songe assez plaisant , l'aultre hier Se présenta devant ma fantasie , De quatre amans fort nielancolieux , Qui devers moy vindreut par divers lieux,

DE CLEMENT MAROÏ. 99

^ar le premier sortyr d'ung bois , j'advise : X'aaltre d'un roc : celuy d'après ne vise Far où il va : l'aultre saulte une claye : Et si portoyent tous quatre en leur devise : Desbender l'arc, ne guei'} t point la playe.

Le premier vint tout pasle me pryer Le luy donner confort par courtoysie.

Poursuyvant suis, dit il, dont le cryer N'est point oay, d'une que j"ai choisye. Elle a tiré de l'arc de ses douls. yeulx Ee perçant traict qui me rend soucyeux , Me respondant , quand de moy est requise, Que n'en peult maiz , et sa beaulté exquise De moy s'absente, affin qu'en oubly l'aye : Mais pour absence en oubly n'est pas mise : Desbender l'arc ne gueryt point la playe.

L'aultre disoit au rebours du premier, J'ay bien assez, et ne me rassasye :

Car servant suis de jouyr coustumier •De la plus belle et d'Europe et d'Asie. Ce neantmoins amour trop furyeux.

D'elle me faict estre trop cui'yeux , Avant qu'avoir la jouyssance prise.

.Ainsy je suis du feu la flamme esprise , Qui plus fort croist, quand estaindi'e on l'essaye, Et congnois bien qu'en amoureuse empnse, Desbender l'arc, ne gueiyt point la playe.

Apres je rei d'aymer ung vieuls. routier,

loo OEUVRES

Qui de grand cueur, soubz puyssance moysye

Chanta d'amour ung couplet tout entier,

Louant sa dame , et blasmant jalousie ,

Dont les premiers ne furent envyeux :

Bien lui ont dict, vieil homme entre les vieulx,

Comment seroit ta pensée sui-prise

D'aulcune amour, quand le temps, qui tout brise

T"a desnué de ta puyssance gaye ?

J'ay bon vouloir, respond la teste grise ,

Desbender l'arc , ne gueryt point la playe.

D'un rocher creux saillit tout au dernier l ne ame estant de son corps dessaisye, Qui ne vouloit de Charon nautonnier Passer le fleuve. O quelle fi-enesye!

Aller ne veult aux champs délicieux, AJns veult attendre au grand port stygieux L'ame de celle , où s'amour est assise , Sans du venyr sçavoir l'heure précise.

Lors m'esveillay , tenant pour chose vraye Que puis qu'amour snyt la personne occise , Desbender l'arc ne gueryt point la playe.

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