‹ Œuvres choisiesChapitre 28 sur 103 · EGLOGUE AU ROY, SOULZ LES NOMS DE PAN ET ROBIN · texte numérisé non relu

EGLOGUE AU ROY, SOULZ LES NOMS DE PAN ET ROBIN

L'jN-ti pastoureau qui Robin s'appelloit ; Tout à part soy naguerres s'en alloit Pariuy fousteaux ( arbres qui font urabraîge ) Et là tout seal faisoit , de grant couraige , Hault retentir les bois, et l'air serain. Chantant ainsy : ô Pan, dieu souverain, Qai de garder ne fus onc paresseux Parcs , et brebis , et les maistres d'icenlx , Et remetz snz tous gentilz pastoureaux , Quand ilz n'ont prez , ne loge , ne toreaux , Je te supply (si onc en ces bas estres Daignas ouyr chansonnettes champestres) Escoute ung peu , de ton verd cabinet,- Le chant rural du petit Robinet.

Sur le printemps de ma jeunesse folle, Je ressemblois l'arondelle qui vole , Puis cà , puis là : l'aage me conduvsoit Sans peur, ne soing, où le cneur me disoit. En la forest (sans la craii>te des loup?)

' Marot fil ectte égloguc dans l'automne de sa vie II paraît que ce fut au retour de son premier exil.

io6 ŒUVRES

Je m'en allois souvent cueillir le houx, Pour faire glaz à prendre oyseaux raniaiges Tous differens de chantz et de plumaiges : Ou me soulovs pour les prendre entremettre A faire bries, ou caiges pour les mettre. Oa transnouoys les rivières profondes , Ou renforcoys sur le genonil les fondes ; Puis d'en tirer droict et loing j'apprenoys • Pour chasser loups , et abbatre des noyz.

O qnantes fois aux arbres grimpé j'ay Pour desnicher ou la pye , ou le geay , Ou pour jetter des fruicts jà meurs et beaulx A mes compaing , qui tendoient leurs chappeaux !

Ancunesfois aux montagnes alloye, Aucunesfois aux fosses devallove , Pour treuver là des gistes des fouynes , Des hérissons, ou des blanches hermines : Ou pas à pas le long des bnîssonnetz Alloys cherchant des nidz des chardonnctz, Ou des sereins, des pinsons, ou lynottes. Desjà pourtant je faisoys quelques nottes De chant rusticque, et dessoubz les ormeaux , Quasi enfant, sonnoys des chalumeaux.

Si ne scauroys bien dire ne penser , Qui m'enseigna si tost d'y commencer,.

Ou la nature aux muses inclinée , Ou ma fortune , en cela destinée A le servyr : si ce ne fut l'ung deulx.

DE CLÉMENT ^lAROï. 107"

Je suis certain que ce furent tous deux.

Ce que veoyant, le bon Jannot mon père , Voulut gaiger à Jaquet son compère, Contre un veau gras, deux aignelets Lessons , Que quelque jour je ferois des chansons A ta louange (ô Pan, dieu très-sacré) Toyre chansons qui te viendroyent à gré. Et me souvient que, bien souvent aux festes, En regardant de loing pestres nos bestes, Il me souloit une leçon donner.

Pour doulcement la musette entonner,

Ou à dicter quelque chanson ruralle Pour la chanter en mode pastouralle.

Aussy le soir, que les troupeaux espars Estoient serrez, et remis en leurs parcs. Le bon vieillart après mov travailloit, Et a la lampe assez tard me veilloit , *

AinsV que font leurs sansônnetz, ou pyes Auprès du feu bergères accroupyes.

Èien est-il vray , que ce luy estoit peine : ■Niais de plaisyr elle esloit si fort pleine. Qu'en ce faisant, serabloit au bon berger. Qu'il arrousoit, en son petit verger , Quelque jeune ente , ou que teter faisoit L'aignean qui plus en son parc luy plaisoit : Et le labeur qu'après moy il niit taiiî. Certes c'esloit afin qu'en l'imitant, A Tadvcnir je cliantasse le loz

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De toy (6 Pan) qui angmantas son cloz, Qui conservas de ses prez la verdnre , Et qui gardas son troupeau de froidure.

Pan (disoit-d) c'est le dieu triumphant Sur les pasteurs, c'est celuy (mon enfant) Qui le premier les roseaux pertuysa , Et d'en former des flustes s'advysa :

Il daigne bien luy-mesme peine prendre D'user de l'art que je te veulx apprendre. Appren-le donc, affîn que monts et bois Rocs, et estangs, apprennent soubz ta voix A rechanter le hault nom après toy De ce grand dieu que tant je ramentoy, Car c'est celuy, par qui foisonnera Ton champ , ta vigne , et qui te donnera Plaisante loge entre sacrez ruisseaux.

Là d'ung costé auras la grand' closture De saulx espez : où pour prendre pasture , Mouches à miel la fleur succer iront.

Et d'un doulx bruylt souvent l'endormiront Mesmes alors, que ta fluste champestre.

Par trop chanter, lasse sentiras estre.

Puis tost après, sur le prochain bosquet, T'esveillera la pye en son caquet :

T'esveillera aussy la colombelle , Pour chanter encores de plus belle.

Ainsy soigneux de mon bien me parloit Le bon Janot , et il m'en chaloit :

DE CLEMENT MAROT. loc^

dr soucy lors n'avois en mon couraige D'aulcun Lestail , ne d'aulcun paturaige.

Quand printemps fault et l'esté comparoist , Adoncques l'herbe en forme et force croist. Aussy, quand hors du printemps j'euz esté, Et que mes jours vindrent en leur esté» Me creut le sens, mais non pas le soucy: Si employay l'esprit , le corps aussy Aux choses plus à tel aage sortables, A charpenter loges de bois portables ; A les rouler de l'un en l'aultre lieu; A y semer la jonchée au milieu , A radouber treille , buissons et haye$ , A proprement entrelasser les claye$ , Pour les parquets des ouailles fernîei , Ou à tissir ( pour fromaiges former ) Panier d'osier et fiscelles de jonc, Dont je soulois ( car je l'aymois adonc ) Faire présent à Heleine la blonde.

J'apprins les noms des quatre parts du monde , J'apprins les noms des vents qui de là sortent, Leurs qualitez , et quel temps ilz apportent. Dont les oyseaux , saiges devins des champs , M'advertyssoient par leurs vols et leurs chants.

J'apprins aussy, allant aux pasturaiges , A esviter les dangereux herbaiges , Et à congtioistre , et guérir plusieurs manlx , Qui quelquefois gastoient les animaulx

iio ŒUVRES

De nos pastis : mais par suz toutes choses,

D'autant que plus plaisent les blanches roses,

Que l'ansbepin , plus j'aymois à sonner

De la musette, et la fis resonner

En tous les tons , et chants de buccoliqnes ,

En chants piteux , en chants mélancholicques ,

Si qu'à mes plaines un jour les Oreades

Faunes, Sylvains, Satyres, et Driades,

En m'escoutant jetterent larmes d'yeulx :

Si firent bien les plus souverains dieux ,

Si fit Margot bergère qui tant vault ' :

Mais d'un tel pleur csbahir ne se fault,

C'ar je faisais chanter à ma musette

La mort (hélas ! ) la mort de Loysette,

Qui maintenrfht au ciel prend ses esbatz

A veoir encor ses trouppeaux icy baz.

Une aultrefois, pour l'amour de l'araye, A tous venans pendy la challemye.

Et ce jour-îà , la grant' peine on sçavoit Lequel des deux gaigné le prix avoit , Ou de Merlin, ou de moy, dont à l'heure '

'Marguerile de Valois, sœur de François 1er cl reine Je Navarre.

2 ^Icrlin ouMellin de Saint-Gclais était fils naturel d'Oi- 4avien de Saint-Geiais, évêqire d'AïKgouIcme II fut, après Marot, le raeill'^ur poète du régne de François 1er; mais il avait plus de font! et d'étude.

DE CLEME^sT MAROT. m

Tbonv s'en vint sur le pré grant alleare ' Nous accorder, et orna deux houlettes D'une longueur, de force violettes :

Puis nous en fît présent , pour son plaisir: Mais à ^lerlin je baillay à cboisyr.

Et penses-tu J^ôPan, dieu débonnaire) Que Vexercice et labeur ordinaire Que pour sonner du flageolet je pris, Fust seulement pour emporter le prix?

Non : mais afin que si bien jen apprinsse , Que toy, qui es des pastoureaux le prince , Prinsses plaisir à mon chant escouter, Comme à ouyr la marine flotter Contre la rive , ou des roches hanltaines Ouyr tomber contre val les fontaines.

Certainement, c'estoit le plus grand soing Que j'eusse alors, et en prends à tesmoing Le blond Pbebus , qui me veoit , et regarde , Si l'espesseur de ce bois ne l'engarde : Et qui m'a veu traverser maint rocher, Et maint torrent pour de toy approcher.

Or m'ont les dieux célestes et terrestres Tant faict heureux, mesmement les sylvestres, Qu'en gré tu prins mes petits soins rusticques , Et exauças mes hymnes et canlicques,

3 Antoine Héroët, dit la Maiionneuve, fut au$>î un joète célèbre.

Me permettant les chanter en ton temple,

Là où encor l'imaige je contemple

De ta hauteur, qui en Tune main porte

Le dur cormier, houlette riche et forte :

Et l'aultre tient chalemelle fournye

De sept tuyaux, faicts selon l'armonye

Des cieax, où sont les sept dieux clers et haulx,

Et denotans les sept artz liberaulx,

Qui sont escripts dedans ta teste saincte ,

Toute de pin bien courronnée , et ceincte.

Ainsy, et donc , en l'esté de mes jouis Plus me plaisoit aux champestres séjours Avoir fait chose ( ô Pan) qui t'agreast, Ou qui l'oreille un peu te recreast , Qu'avoir aultant de moutons que Tityre : Et plus (cent fois) me plaisoit d'ouyr dire, Pan faict bon œil à Robin le berger.

Que veoir chez nous ti'ois cens beufz héberger. Car le soucy n'avois en mon couraige D'aulcun bestail, ne d'aulcun pasturaige , Mais maintenant, que je suis en l'autonne, Ne sçay quel soing inusité m'estonne , De tel' façon , que de chanter la veine Devient en moy ( non point lasse, ne vaine ) Ains triste, et lente, et certes bien souvent Couché sur l'herbe, à la frcscheur du vent, Tcoi ma musette à un arbre pendue Se plaindre à moy, qu'oysive l'ai rendue :

DE CLEMENT .-MAPcOT. ii3

"Dont tout à cocp mon désir seresveille, Qai de chanter voulant faire merveille , Treuve ce soing devant ses yeux plante , Lequel le rend morne et espouventé :

Car tant est soing basanné, laid, et pasle, Qu'à son regard la muse pastoralle , Yoyre la muse lieroycqne et hardye En un moment se treuve refroidye, Et devant luy vont fuyant toutes deux , Comme breLlz devant un loup bydenx.

J'oy d'aultre part le pivert jargonner, Siffler l'escouffle , et le buttor tonner, J'oy l'estourneau, le beron et Earonde, Estrangement voiler tout à la ronde, ?»l'adverfissans de la fioide venue Du triste yver, qui la terre desnuë.

D'aultre costé, j'oy la bise arrive-r, Qui en soufflant me prononce l'yver :

Dont mes trouppeau^: cela craignans , et piz , Tous en un tas se tiennent accroupiz ; En diroit-on , à les ouyr bélier, Qn'avecques moy te veulent appeller A leur secours , et qu'ils ont congnoissance Que tu les as nouiTys dès leur raissance'. Je ne quiers pas (o bonté souveraine) Deux mille arpens de pastiz en Touraine,

' Il parle de ses enfars qu'il appellf ailleurs se5 pc'i.'.^ 7i/a- /oteaux.

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Ne mille bœufz errans par les herbiz

Des monts d'Auvergne, ou autant de Lrebi/ :

Il me suffit que mon trouppeau préserves

Des loujîs , des ours , des lyons , des loucerves /

Et moy du froid , car l'yver qui s'appreste

A commencé à neiger sur ma teste.

Lors à chanter plus soing ne me nuyi'a , Ains devant moi plus viste s'enfuyra , Que devant luy ne vont fuyant les muses , Quand il verra que de faveur tu m'uses.

Lors ma musette à un chesne pendue Par moi sera pi'omptement descendue , Et chanteray l'yver à seureté Plus haut (et cler) que ne feiz onc l'esté.

Lors en science , en mlisicque et en son ,■ Un de mes vers vauldra xmè' chanson, T'ne chanson , une eglogue rusticque , . Et une eglogue, une œuvre buccclicque.

Que dyray plus ? vienne ce qui pourra •• Plustost le Rosne en contremont courra , Plastost seront baultes forests sans branches , Les cygnes noirs, et les corneilles blahches , Que je t'oublye ( à Pan de grand retiom) Ne que je cesse à louer ton hanlt nom.

Suz, mes brebiz, trouppeau petit et maigre, Autour d» moy sanltez de cueur allaigre , (^,ar desjà Pan , de sa verte maison , M'a faict ce bien d'on-vr mon oraison.

DE CLEMENT MAROT. ii5

DE MADAME LOYSE DE SAVOYE , MERE DU ROY. FORME d'ÉGLOGUE '.

THENOT, COLIN.

Ek ce beau val sont plaisirs excellens. Un cler ruisseau bruyant près de l'umbraige. L'herbe à souhait ," les ventz non violens : Puis toy, Cohn, qui de chanter fait raige , A Pan ne veulx rabaisser son honimaige : Mais quand aux champs tu l'accompaignerols Plus tost pronfïit eu auroit que domuiaige : Il t'apprendroit et tu l'enscingnerois.

Quant à chansons , tu y besongnerois De si grant art , s'on venoit à contendre . Que quand sur Paii rien tu ne gaigaerois , Pan dessuz toy rien ne pourioit prestendre. S'il gaigne en prix un beau foiu'maige tendre. Tu gaigncras un pot de laict caillé :

Ou si le laict il ayme plus cher prendre, A toy sera le fourmaige baillé.

' Madame Louise de Savoye, in!;re du roi François 1er ol régente du royaume, morte le ■.>2 septembre i53i. Cette romplainte fui si estimée du temps de Clément Marot , que l<'5savans en firent même alors en latin de ti^eî-grands éloges.

ïi6 OEUVRES

COMN.

Berger Thenot, je snis esmerveillë De tes chansons, et plus fort je m'y baigne,- Qu'à escouter le linot esveillé , Où l'eau qui bruyt tombant d'une montaigne ; Si an matin Caliiope te gaigne, Contre elle an soir obtiendras le butin : Ou s'il advient que tant noble compaigne Te gaigne an soir, tn vaincras au matin. Or je te pry, tandis que mon mastin Fera bon guet, et que je feray paistre "Soz deux trouppeanx , chante un peu de Catii*-,* En deschi/frant son bel habit chauipestre.

Le rossignol de chanter est le maistre, Taire convient devant luy les pirers :

Anssv estant là où tu pourras estre, Taire feray mes chalumeaux divers.

Mais si ta venlx chanter dix foys dix vers , En déplorant la bergère Loyse , Des coingz auras , six jaunes , et six verts , Les mieux sentans qu'on veist depuis Moyse. Et si tes vers sont d'aussy bonne mise, Que les derniers que tu feis d'Ysabcau , Tu n'amas pas la chose qu'ay promise, Ains beauconp plus, et meilleur, et plus beau.

DE CLÉMENT MAROT. ir;

De raoy auras un double chalumeau Faict de la main de Raffy Lyonnois ; Lequel à peine ay en pour un chevreati ,' Du bon pasteur Miébau , que tu congnois. Jamaîz encor n'en sonnay qu'une fois , Et si le garde aussy cher que la vve : Si l'auras tn de bon cueur toutesfois, Faisant cela à quoy je te convye.

Tu me requiers de ce dont j'ay enwe.

Suz doncq , mes vers, chantez chants douloureux, Puis que la mort a Loyse ravve, Qui tant tenoit noz court ilz vigoureuï. Or sommes nous maintenant mal heureux.

Plus estonnez de sa mortelle absence, Que les aigneaux , à l'heure qu'entour eux Ne treuvent pas la mère qui les pense. Pleurons, bergers, nature nous dispense : Pleurons la mère aii grant berger d'icy ' : Pleurons la mère à Margot d' excellence '•, Pleurons la mère à nous autres aussy.

O grant pasteur, que lu as de soucy!

Ne scay lequel , de toy, ou de ta mère

'Le grand berger, ou le grand pasteur, François 1er. 2 lladame Marguerite de Valois, reine de Navarre, $œar de François 1er et fille de madame Louise de Sayoie.

T 1 8 Œl'YRES

Me rend le plas de ti'istesse noircy :

Chantez mes vers , chantez douleur amere.

Lors que Loyse en sa loge prospère ,

Son beau mesnage en bon sens conduisoit :

Chascnng pasteur, taiil feust il riche père,

Lieu là dedans pour sa fille eslisoit '.

Aulcunes fois Loyse s'advisoit

Les faire seoir toutes sous un grant orme,

Kt elle estant au milieu, leur disoit :

Filles, il fault que d'ung poinct vous infonne,

Ce n'est pas tout d'avoir plaisante forme ,

Eordes, trouppeaux, riche père et puyssant ;

Il faut presveoir que vice ne difforme

Par long repos vostre aage fleuiyssant.

Oysiveté n'allez point nuuriyssant ,

Car elle est pire, entre jeunes bergères,

Qu'entre brebis ce grant loup ravyssant,

Qui vient au soir tousjours en ces fougères.

A travailler soyez doncques légères :

Que Dieu pardoint au bon homme Roger ,

Tousjours disoit que chez les mesnageres

Oysiveté ne treuvoit à loger.

Ainsy disoit la mcre au grant berger,

Kt à son dict travailloyent pastourelles :

L'une plantoit herbes en un verger;

' Il parle des filles d'honneur que Ion mrt auprès lics princesses.

DE CLÉMENT MAROT. iig

L'aultie paissoit coulombs et tourterelles , L'aultie à l'aiguille œuvroit choses nouvelles : L'aultie en après faisoit chappeaux de fleurs : Or maintenant ne font plus rien les belles , Sinon ruisseaux de larmes et de pleurs. Converty ont leurs danses en douleurs , Le bleu en brun, le vertgay en tanné : Et leui's beaulx taincts en mauvaises coulears : Chantez , mes vers , chantez dueil ordonné. Dès que la mort ce grant coup eut donné , Tous les plaisiis champestres s'assoupyrent : Les petits ventz encores en souspyrent.

Fueilles et fruicts des arbres abbatirent : Le cler soleil chaleur plus ne rendit : Du manteau vert les prez se devestirent : Le ciel obscur larmes en respandit ' , Le grant pasteur sa musette fendit.

Ne voulant plus qtie de pleurs se mesler! Dont son trouppeau, qui plaindre l'entendit, Laissa le paistre , et se prlnt à besler. Et quand Margot onyt tout révéler, Son gentil cueur ne fent assez habille Pour garder l'euil de larmes distiller, Ains de ses pleurs en lit bien pleurer mille : Terre en ce temps devint nue et débile :

'Parce qu'elle mourut dans laulomne, oîi les rents rommcncent à souffler et où les frails tombent qiand on ne les (tulle pas.

i2o (ï:utres

Plusieurs rnysseaux tout à sec demourerent r

La mer en feut troublée et mal tranquille,

Et les dauphins bien jeunes y pleurèrent '.

Biches et cerfs estonnez s'arresterent •.

Bestes de proye, et bestes de pasture,

Tous animaulx Loyse regrettèrent ,•

Exceptez loupz de mauvaise nature.

Tant en effect, griefve feut la poincture,

Et de malheur l'adventure si pleine ,

Que le beati lys en print noire taincture ,

Et les trouppeaux en portent noire laine.

Sur arbre secq s'en complainct Pbilouicne,

L'aronde en faict cris piteux et tranchans,

Lî tourterelle en gemyt, et en meine

Semblable dueil, et j'accorde à leurs chants.

O francs bergiers sur franche herbe marchants "" ,

Qu'en dictes vous? quel dueU, quel ennuy est-ce

De veoir sécher la fleur de tous noz champs!

Chantez, mes vers, chantez , adieu liesse.

Nymphes et dieux, de nuict en grant destresse

La vindient veoir, et luy dirent helas!

Dors tu ici, des bergiers la raaistresse?

Ou si c'est mort, qui t'a mise en ses lacqz!

Las , ta couleur ( telle comme tu l'as )

' I.ès fils de Fiance, François, daupliin, Henri, Juc dOr- Icans, et Charles, duc d'Angoulème.

î Dergcrs françois, ou les S( îgncurs de la cont.

DE CLOIEXT MAROT. 121

Nons juge bien, que morte tu reposes.

Ha mort fascheuse ! oncques ne te meslas

Que de ravyr les excellentes choses.

Tant eut au cliief de saigesses encloses :

Tant bien sçavoit le cloz de France armer ,

Tant bien y sceut an lys joindre les roses

Tant bien y sceut bonnes herbes semer.

Tant bien scavoit en senrté confermer

Tout le bestail de toute la contrée :

Tant bien scavoit son parc clorre et fermer,

Qu'on n'a point veu les loupz y faire entrée :

Tant a de fois sa prudence monstrée

Contre le temps obscur et.pluTieus ,

Que Trance n'a ( long temps a ) rencontrée

Telle bergère, au rapport des plus vieiilx

Adieu Loyse, adieu en larmes d'venlx,

Adieu le corps qui la teiTe décore.

En ce disant s'en vont m-mpbes et dicnx :

Chantez , mes vers, chantez douleur encore. -

Rien n'est ca bas qui ceste mort ignore :

Congnac s'en coingne en sa poitrine blesme .

Remoranlin la perte remémore :

Anjou fait j ou : Angoulesme est de mesrae.

Arahoise en boit une amertume extresnie :

Le r>laine en mené un lamentable bruvt :

La povre Touvre arrousant Angoulesme

A son pave de truites tout desîruict.

Et sur son eau , chantent de jour et nuicf

Les cygnes blancs ilont toute elle est couverte, Pronosticquans en leur chant, qui leurnuict, Que mort, par mort , leur tient sa porte ouverte. Que faictes vous en ceste forest verte, Faunes, Sylvains? je croy que cionuez là : Veillez, veillez, pour pleurer ceste perle : Ou si dormez, en dormant songez la.

Songez la mort, songez le tort quelle ha ; Ne dormez point sans songer la meschante : Puis au resveil, comptez moy tout cela Qu'aurez songé, afiln que je le chante. D'où vient cela, qu'on veoit l'herbe séchante Retourner -wfve, i»iors^que Testé vient?

Et la personne au tumbeaa tre.sbuchante. Tant grande soit, jamaiz plus ne revient? Ha. ! quand j'ouy l'autre hier (il me souhvint ) !u fort cryer la corneille en un chesne, Cest ung granl cas ( dy je lors) s'il n'advient Quelque meschef, bientost, en cestuy règne. Autant me dict le corbeau sur un fresne : Autant m'en dict Testoille à la grant queue ' : - Dont je laschay à mes souspirs la resne, Car tel douleur ne pense avoir oncq eue. Mhantez , mes vers , freschc douleur conceuë.

' vSur la fin de juillet i 5>i , i! j)3rui une comète cltevclu'' qui dura encore tout le mois d'août, et Ion crut alors que re phénomène avait prédit la mort de cette princesse.

Xon, taisez voas. c'est assez déploré : Elle est aux Champs Elysiens receuë, Hoiz de travaux de ce mande éploré.

Là où elle est n'y a rien desfiorë :

Jamaiz le jour, et les plaisirs n'y meurent : Jamaiz n'y meurt le vert Lien coloré, Ne ceux avecq qui là dedans demeurent.

Car toute odeur ambroisitnne y fleurent, Et n'ont jamaiz ne deux, ne trois saisons, Mais ung piintemps : et jamaiz ils ne pleurent Perte damys, ainsy que nous faisons.

En ces beaulx champs , et nayfves maisons , Loyse vit, sans peur, peine , ou messaise : Et nous ça bas pleins d'humaines raisons Sommes man-ys ( ce semble ) de son aise. Là ne veoit rien , qui en rien luy desplayse Là menge fitiict d'inestimable prix :

Là boit licqacar, qui toute soif appaise : Là congnoistra mille nobles espritz.

Tous animanlx plaisans y sont comprlz, Et mille oyseaax y font joye immortelle, Entre lesquels voile par le pourpris Son papegay, qui partyt avant elle '.

Là elle veolt une lumière telle , Que pour la veoir mouiyr debvrions vouloir. Puis qu'elle a donc tant de joye étemelle ,

' Un pcnoquet.

Cessez, mes vers, cessez de vous douJoir.

Mettez vos monts , et pins en nonchaloir,

Tenez en France , o îîvraphes de Savoye ,

Pour faire iionneur à celle qui valoir

Feit par son loz , son pays et sa voye,

Savoisienne estoit , bien le savoye,

Si faicîes vous : venez doncques, affin

Qu'avant mouryr vostre cuil par deçà voye ,

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