‹ Œuvres choisiesChapitre 37 sur 103 · CHANSONS · texte numérisé non relu

CHANSONS

JouTssA>'CE VOUS donneray, Mon amv, et si meneray A bonne fin vostre espérance ; Vivante ne vous laisseray; Encores , quand morte seray, L'esprit en aura souvenance.

Si pour moy avez du soucy,

Pour vous n'en av pas moins aussi;

\mour le vous doit faire entendre :

Mais s'il vous grève d'estre ainsi ,

Appaisez vostre cueur transi ;

Tout vient à point qui peut attendre.

Qi A.ND je vey son cceur esire mien Je mis toute ci'ainte dehors, Et lay dis : Belle , ce n'est rien , Si entre vos bras je ne dors.

DE CLÉMENT MAROT. iSç

La dame respondit alors :

IS^e faictes plus ceste demande ; Il est assez maistre da corps , Qui a le cueur à sa commande.

Tant que vivrai en aage fleurissant, Je serviray Amour, le dieu ptlissant, En faits, en dits, en chansons et accords : Par plusiems jours, m'ha tenu languissant; Mais après dueil , m'ha fait resjouyssant, Car j'ai l'amour de la belle au gent corps ;

Son alliance ,

C'est ma fiance :

Son cueur est mien ,

I^ mien est sien.

Fy de tristesse,

"Vive liesse , Puis qu'en amour j'ay tant de bien.

Quand je la veux servir et honorer, Quand par escrits veux son nom décorer, Qtiand je la vov et visite souvent, Les envieux n'en font que murmurer , Mais nostre amour ne scauroit moins durer; Autant ou plus en emporte le vent.

i4o OE LYRES

Maugré envie , Toute ma vie, Je l'aymeray, Et chanteray ; C'est la premieie, C'est la dernière Que j'ay servie et serviray.

L.\>'GUiR me fais , sans l'avoir offensée , Pins ne ra'escris , plus de moy neVenqaiers; Mais nonobstant, autre dame ne quiers ; Plustost mourir que changer ma pensée.

Je ne ch^ pas t'amour estre effacée ; !Mais je me plains de l'ennuy que j'acquiers, Et, loin de toy, humblement te requiers Que, loin de moy, de moy ne sois faschéc.

Loyo temps y ha que je vis en cspoii , Et que Piigueur ha dessus moy pouvoir , Mais si jamaiz je rcncouti-e Allégeance , Je Iny diray : IVIadame, venez voir, Rigueur me bat, faites-iu"cji la vengenntr.

DE CLtxM£>'T MAROÏ. Mi

Si je ne puis Allégeance esmouvoir, Je le feray au dieu damour scavoir En iiii disant : O mondaine plaisante Si d'autre bien ne me voulez pourvoir, A tout le moins, ne m'ostez espérance!

Pris que de vous je n'ay autre visage , Je m'en vais rendre licrmite eu un désert , Pour prier Dieu, si un antre vous sert , Qu'autant que mov, en vostre honneur soit sagr

Adieu, amours, adieu, gentil corsage, Adieu, ce tainct, adieu, ces Mans yeux; Je n'ay pas eu de vous grand advantage ; In moins aymant aura pejit-estre mieux.

QuATîD vous vouldrez faire une am* Prenez la de belle grandeur :

En son esprit non endormve.

En son te tin bonne rundeur :

Doulceur

En cueur,

Langaige

Bien saige,

i42 ŒUVRES

Dansant, chantant par bons accords .

Et ferme de cuenr et de corps.

Si TOUS la prenez trop jeunette.

Vous en aurez peu d'entretien :

Pour durer , prenez la brunette , En bon poinct d'assearé maintien.

Tel bien

Vanlt bien

Qu'on fasse

La chasse Du plaisant gibier amoureux :

Qui prend telle proye est heureux.

Vin.

En entiant en ung jardin , Je treuvay Guillot Martin Avecques s'amye Heleine , Qui vouloit pour son butin Son beau petit picotin * Non pas d'orge ne d' avoine.

Adoncq Guillot luy a dict, Vous aurez bien ce credict,

' RaLclais se sert aussi de celte expression, livre 3, chapitre 18. Coquillarl parle dune femme qui prunail, Ion» l«» )ours, de !on mari le picotin à grande laesure.

DE CLÉMEiNT MAROT. t43

Quand je seray en alaine :

Mais n'en prenez qu'ung petit, Car par trop grant appétit "Vient soul>vent la pance pleine.

Qui venlt entrer en grâce Des dames bien avant, En cantelle et fallace Fanlt eslre bien scavant :

Car tonl vray poursnyvant^ La loyanlté sayvant , Aujourd'bui est deceu :

Et le plus décevant Pour loyal est receu.

Si je vy en peine et langueur ' De bon gré je le porte , Pliis que celle qui ha mon cueur.

Languyt de mesme sorte.

' Les murmures de la coar sur rattacBement de madame 4 Alençon pour le poète ont donné lieu à fctfe rhanjon.

i44 ŒUVRES

Tous ces maulx nous fait reeepToir

Envie dccepvante , Qui ne permet nous entreveoir,

Et d'en parler se vante.

Aussy dangier, faulx l)lasonneur,

Tient rigueur à la belle :

Car il menasse son honneur,

S'il me veoii auprès d'elle.

Mais plus tost loing je me tiendray ,

Qu'il en vienne nuysance , Et à son honneur entendray,

Plusrost qu'à ma plaisance.

CiiAKGEOKS propoz , c'cst trop chanté d'amour Ce sont clamours, chantons de la serpette : Tous vignerons ont à elle recours , C'est leur secours pour tailler la vignette. O serpillette, ô la serpillonnette!

La vignolette est par toi mise suz , Dont les bons vins tous les ans sont yssnz.

L<; dieu Vulcain, forgeron des haults dieux, Forgea aux cieulx la serpe bien taillante De lin acier, trempé en bon vin vieulx, Pour tailler mieulx, et estre plus vaillante: liacchus la vante, et dit qu'elle est séante.

DE CLÉMENT MAROT. i .5

Et convenante à Noé le bon hom , Pour en tailler la vigne en la saison.

Bacchas alors chappeau de treille avoit, Et arrivoic pour benistre la vigne, Avec flascons Silenus le suyvoit , Lequel beuvoit aussy droict qu'une ligne. Puis il trépigne , et se faict une bigne : Comme une guigne estoit rouge son nez.

Beaucoup de gens de sa race sont nez.

La plus belle de trois sera Celle qui mourir me fera, Ou qui me fera du tout \ivre :

Car de mon mal seray délivre , Quand à sa puyssance plaira.

Pallas point ne m'y aydera :

Jano point ne s'en meslera :

Mais Tenus que j'ay voulu suyvre, Me dira bien , tien , je te livre Celle qui ravy ton cueur a.

N OLS perdez temps de me dire mal d'elle. Gens qui voulez divertyr mon entente :

Plus la bîasmez, plus je la treuve belle, S'esbahyt'Ons tant je m'en contente?

La fleur de sa jeunesse,

A vostre advis rien n'est-ce ?

?<'est-ce rien que ses grâces?

Cessez vos grans audaces, Car mon amour vaincra vostre mesdire.

Tel en mesdict qui pour soy la désire.

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