POUR LA. BRUNE
Pourtant si je suis bioinette Amy, n'en prenez esmoy, Autant suis ferme et jeunette Qu'une plus blanche que moy :
Le blanc effacer je veoy.
Couleur noire est tousjours une .l'ayme mienlx donc eslre brune :
Avecques ma fermeté,
Que blanche comme la lune Tenant de lesiereté.
POUR LA ELA]NXnE.
Pourtant si le blanc s'efface, Il n'est pas à despriser ; Comme lui le noir se passe , Il La beau temporiser.
Je ne veulx point mespriser , Ne mesdire eu ma revanche :
Mais j'ayme mieulx estre blanche Vingt ou trente ans ensuyvant En beaulté navfve et franche , Que noire tout mon vivant.
XYI.
J'ay treuve moyen et loysir D'euvover monsieur à la chasse ' Mais ung aaltre piend le plaisyr , Qu'envers ma dame je poai'chasse.
Ainsy, pour vous , groz beufz puyssaui;
i',8 OEUVRES
Ne traynez charrue en la plaine ; Ainsy pour vous, moutons paissans^ Ne portez sur le doz la laine.
Ainsy, pour vous, oyseaux du ciel Ne sçauriez faire une couvée :
Ainsy, pour vous , mouches à miel , A'"ous n'avez la cire trenvée.
Si j'avois tel credict , Et d'amour recompense, Comme l'envyeux pense, Et comme il vous a dict.
Menteur ne seroit dict, Ne vous froide amoureuse, Et mov, povre interdict , Serois personne heureuse.
Quand viens à remirei Si belle jonyssance, Il n'est en ma puyssancc De ne la désirer :
Et pour y aspirer N'en doyt perdre louenge Ne d'honneur empii'er.
Suis-je de fer, ou ange."*
DE CLÔIENT MAROT. 149
Qu'est besoing de mentyr?
J 'ose encores vons dire Que plus fort vous désire Quand veulx m'en repentyr. Et pour aneantyr Ce désir qui tant dure Il vous fauldroit sentyr La peine que j'endare.
Vostre doulx entretien, Tostre belle jeunesse, Yostre bonté expresse M'ont faict vostre , et my tien :
Vray est que je veoy bien Tostre amour endonuye , Mais langueur ce m'est bien Pour vous , ma obère amve.
Ne sçay combien la baine est dure , Et n'ay désir de le scavoir :
Mais je scay qu'amour qui peu dure, Faict un grand tourment recepvoir.
Amour aultre nom deust avoir; Nommer le fault fleur , ou verdure , Qui peu de temps se laisse veoir.
1 5o OEUVRES
Nommez le donc fleur ou verdure , Au cueur de mon legier smant :
^ïais en mon cuenr qui trop endure, Xoounez le roc, ou dyamant; Car je vy tousjours en aymant, En a\mant celuy qui pxocarc, Que mort me voyse consommant.
iMo>' cneur se recommande à vous ' , Tout plein d'ennuy et de martyre :
Au moins en despit des jaloux, Faites qu'adieu vous puisse dire :
Ma bouche qui vous suuioil rire.
Et compter propoz gra lieux, Ne faict maintenant que mauldire Ceulx qui m'ont banny de vos yeulx.
Banny j'en suis par faulx-semblant :
Mais pour nous veoir encore ensemble, Fanlt que me soyez ressemblant De fermeté; car il me semble
' Ces vers furent envoyés à madame d'Alcnçon , avant la rclraile que Marotsevil oblige de faire sur la fin de Pannée !5ï8.
DE CLÉMENT RÏAROT. i5i
Que quand fanls-rapport desassemble Les amans qui sont assemblez, Si ferme-amour ne les rassemble , Sans Qn seront desassemblez.
i52 ŒUVRES
epigrammï:s.