‹ Œuvres choisiesChapitre 6 sur 103 · A MADAME DE LORRAINE, POUR PIERRE TUTART · texte numérisé non relu

A MADAME DE LORRAINE, POUR PIERRE TUTART

SECRETAIRE DE MONSEIGîîEUR DE GUISE.

Jï ne l'ay plus, liberalle princesse,

Je ne l'ay plus; par mort ii a prins cesse ,

Le bon cheval que j'eus de votre grâce. N'en sauroit-on recouvrer de sa race?

Certainement, tandis que je Tavoye, Je ne trouvays rien nuisant en la voye , En le menant par bovs et par taillis , Mes yeux n'estoient de branches assaillis; En luy faisant gravir roc ou montagne , Autant m'estoit que trotter eu campagne; Autant m'estoit torrents et grandes eaux Passer sur luy , comme petits niisseaux , Car il semblait que les pierres s'ostassent De tous les lieux où ses pieds se boutassent.

Qae diray plus ? onc voyage ne fit Avecques moy dont il ne vint profit :

Mais maintenant toutes choses me grèvent , Branches au boys les yeux quasi me crèvent , Car le cheval que je pourmeiue et meiue Est malhetureux, et bronche en pleine plaine j Petits ruisseaux grans rivières luy semblent ; Pierres , cailloux en son chemin s'assembleat , Et ne me donne en voyages bon heur.

O dame iUustre, 6 parangon d'honneur.

Dont procéda le grand bonheur secret Du cheval mort, où j'ay tant de regret .** Il ne vient point de cheval ne de selle : J'ay ceste foy qu'il procéda de celle

s OEUVRES

Par qui je l'euz ; or en suis desmonté , JLa mort l'a prins , la mort l'a surmonté : Mais c'est tout un , vostre bonté naïfve Morte n'est pas , aincois est si très vive Qu'elle poruToit , non le resusciter, Mais d'ung pareil bien me faire hériter.

S'il advient donc que par la bonté vostre, Monseigneur face un de ses chevaux nostre , Très humblement le supply qu'il lui plaise Ne me monter doucement et à l'aise :

Je ne veulx point de ces doucets chevaux. Tant que pourray endurer les travaux ; Je ne veujx point de mule ne mulet, Tant que je sois vieillard blanc comme laict : Je ne veulx point de blanche haquenée , Tant que je sois damoyselle attournée.

Que veulx-je donc? un courtaut furieux.

Un courtaut brave , un courtaut glorieux, Qui ait en l'air ruade furieuse, Glorieux trot , la bride glorieuse.

Si je l'ay tel , fort furieusement Le piqueray, et glorieusement.

Conclusion, si vous me voulez croire, D'homme et cheval ce ne sera que gloire.

AU ROY

POUR LUY PtEC03i:>IA>"DER PAPILLON POETE FRANÇOIS ESTANT MALADE.

Me poormenant dedans le parc des .Muses ,

(Prince sans qui elles seroyent confuses^.

Je re«contray suz un pré abbatu

Ton Papillon , sans force ne vertu :

Je l'ay treuvé encor avec ses esles,

Mais s'en voiler, comme s'il fast sans elles :

Luy qui tendant à son roy consoller ,

Pour ton plaisyr sonloit si bien voUer,

Qu'il surpassoit le vol des alouettes.

Roy des François, c'est l'un de tes poètes,

Papillon peinct de toutes les couleurs.

De poésie et d'autant de douleurs :

L'aultr'byer le vey aussi sec , aussy pasle ,

Comme sont ceuLs qu'au sepulchre on devalle ;

Lors de la couche , où il estoit gisant ,

Je m'approchay, en amy luy disant,

Ce que j'ay peu pour luy donner couraige

De briefvement eschapper cest oraige :

Et luy offrant tout ce que Dieu a mys

En mon pouvoir pour ayder mes amys ,

Dont il est ung, tant poui- l'amour du stile.

xo ŒUTRES

Et da scavoir de sa muse gentille ,

Que pour autant qu'en sa plume en santé

A ta iouenge il a tousjours chanté.

M'ayant ouy , un bien peu séjourna :

Puis reuil temy , triste vers moy tourna :

Sa sèche main dedans la mienne a mise ,

Et d'une voix fort débile et soubmise

M'a respondu : cher amy esprenvé ,

Le plus grand mal qu'en mes maulx j'ai treuvi,

C'est ung desyr, qui sans fin m'importune,

Descrlre au roy la faschense fortune

Qui en ce poinct malade m'a rendu ;

Mais je ne puis : car il m'est deffendu

Du médecin , qui à ma plume ordonne

Un long repoz, qui long travail me demie.

Amy très cher (ce luy respond-je alors) ,

De quoy te plains, jecte ce soing dehors «

Car sans ta peine adviendra ton desyr,

Si oncqnes muse à Tanltre feit plaisyr.

Certes, la tienne est da roy escoutée :

Mais de luy n'est la nostre reboutée.

Couraige donc : Marot s'enhardyra D'escrire an roy , et ton caz lui dira : Que pleust à Dieu que ton mal si pervers Se peust guérir par rythmes et par vers : Ou qu'en moy fost tout ce qui est dnysant A divertyr cela qui t'est nuysant.

Ces mots finiz, plus de cent et cent fois

DE CLÉMENT M.VROT.

Aie mercya. Lors de là je m'en vois Au mont Parnasse escrire ceste lettre , Pour tesmoingnaige à ta bonté transmettre Que Papillon tenoit e-a main la plume , Et de tes faicts faisoit un beau volume, Quand maladie extresme luy a faict Son œuvre empris demeurer imparfaict :

Et puis l'ouvrier a mis en tel decours, Qu'il a besoing de ton royal secours.

C'est tout cela que mon escript désire Te faire entendre , ayant cest espoir , sire , Qne ne diras en moy presumption , Quand de mon cueur scauras l'intention , Qui de nully ne peult estre reprise, Puis qu'amytié a causé l'entreprise.

Si Theseus, ainsy comme l'on dict, Pour Pirithoe aux enfers descendit , Pourquoy ne puis-je en Parnasse monter, Pour d'ung amy le malheur te conter ?

Et si Pluton contre l'inimytié Qu'û leur portoit , loua leur amytié :

Doibs-je penser que ton cueur tant humain Treuve mauvais si je preste la main A ung amy, veu mesme que nous sommes Et luy et moy du nombre de tes hommes ? Je croy plustost qu'à l'ung gré tu scauras , Et que pytié de l'atdtre tu auras.

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