‹ Œuvres choisiesChapitre 7 sur 103 · NÉGLIGENTE DE VENYR VEOIR SES AMYS · texte numérisé non relu

NÉGLIGENTE DE VENYR VEOIR SES AMYS

^Ne pense pas , très gente damoyselle , Ne pense p?s, que l'amour, et vray zelle Que te portons , jamaiz finysse et meure Pour ta trop longue , et fascheuse demeure. Fascheuse est elle, au moinz en nos endroicts. Mais ores quand quarante ans te tiendrois Loing de nos yeux , si auroit-on (pour veoir) Recors de toy , et deuil de ne te veoir : Car le long temps , ne l'absence loingtaine Vaincre ne peult l'amour vraye et certaine.

Si t'advisons , nostre amye très chère , Que pardeçà ne se faict bonne chère , Que de t'avoir on ne face un souhait.

Si l'ung s'en rit, si l'auUre est à «son hait». Si l'ung. s'esbat , si l'aultre se recrée. Si tost qu'on tient propoz , qui nous agrée , Tant que le cneur de plaisyr nous sautelle , Pleust or à Dieu (ce dit-on) qu'une telle

^C'esl-à-dirc son plaisir, mot ancien que nous avons banni de notre langue-, nous en avons pourtant teltnvi souhait, qui en est tiré.

DE CLÉME^"T MAROT. i3

Fust or, ici. L'iiultre dict : pleuit à Dieu

Qu'ung Ange l'eust transportée en ce lieu :

Mais plust à Dieu ( dict l'aultre, qu'Astarot

L'apportast saine, aussy tost quung garrot.

Veoylà comment , pour ta fort bonne grâce ,

Il n'y a cil qui son souhait ne face

D'estre avec toy : et ne pouvons scavoir

Pourquoy ne viens tes amvs deçà veoir :

Le chemin n^est ny fascheux , ny crotté ,

En moins d'avoir dict un obsecro te ,

En nos quartiers tu serois arrivée :

Pourquov donc es de nous ainsy privée ?

Possible n'est que bien t' excuser sceusses ,

Brief, nous vouldrions qu'aussy baull voiler peusses

Que le hanlt mont d'Olympe ou Parnassus :

Ou qu'eusses or' le cheval Pegasns,

Qui te portast voliant par les provinces :

Ou qu'à présent à ton vouloir tu tinses

Par le licol, par queue, ou par collet

Le bon cheval du gentil Pacollet i :

Ou que ton pied fust aussy legier doncques

Que bische ou cerf, que le roy chassa oncques :

Ou que delà jusque icy courust eau,

Qui devers nous te menast en bateau.

Lors n'aurois-tu bonne excuse jamaiz;

Mais scauroit on si en oubly tu metz

'Cheval fort célèbre dans le roman de Valeniin et Orsjo.

ï4 ŒUVRES

Les tiens amys. Car adoncq ne tiendroit , Fors seulement an bon vouloir et droict, Et à Famour, qui aux gens donne soing De venyr veoir les amys au besoing :

Quoi qu'envers toy n'avons peur qu'elle faille, Mais pn,ons Dieu, qu'excuse te défaille, Affin qu'amour, qui oncq'* ne te laissa, A nos désirs t'amène pardeçà.

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