ALEXANDRE
A homme plein d'outraige N'est de besoing tenyr aulcung langaige : Et mesmement la riche renommée De mes haultz faicts aux astres sublimée , Assez et trop te peulvent informer Que par suz moy ne se doibt renommer , Aussy tous ceulx de la vie mortelle Sont congnoissans la raison estre telle : Mais neantmoins, pour ce qu'à maintenyr Loz et honneur je veulx la main tenyr, Sçache, Minos, juge plein de prudence.
Qu'en la verdeur de mon adolescence,
Portant en chief ma couronne invincible, Au glaive aigu prins vengeance terrible , (Comme vrav fîlz ) de ceuljs. qui la main meirent Dessuz mon père, et à mort le submirent : Et non content du royaume qu'avoye, Cherchant honneur, miz et jectai en voye Mes estendars, et à flotte petite De combatans , par moy feut desconiite Et mise au baz en mes premiers assaulx , Thebes, cité anticqnej et ses vassaulx : Puis subjugay, par puyssance royalle , Toutes citez d'Achaye, et Tbessale , Et decouppay à foison par les champs niyriens, de mes glaives trenchans, Dont je rendy toute Grèce esbahye.
far mon pouvoir feut Asie envahye :
Libye prins , la Phase surmontay :
Brief, tous les lieux où passay et plantay Mes estendars, redoutans ma puyssance, Feurent submiz en mon obeyssance.
Le puyssant roy Dare congnut à Tarse , Par quel vigueur feut ma puyssance esparse Encontre luy , quand , soubz luy, chevauchèrent Cent mil Persois , et fièrement marchèrent Verz moy de front dessoubz ses estendars Bien trois cent mil piétons, hardys souldars. Que diray plus? quand vint à Teschauffer, Le vieil Charon , grant nautonnier d'enfer ,
Bien eut à feii'e à gonvemer sa peanltre Pour ce]fij jour passer de rive en aultre Tous les espritz, qa'à baz je luy transmiz Des corpz humains qu'à l'espée je miz.
A celuT jopr, en la mortelle estorce , Pas n'espargnay ma coi'poreUe force , Car aux enfers quatre vingts mil espi-itz J'envoyai lors : et si haalt cuenr je priz , Que me lancay par les flottes mortelles : De ce font foy mes playes corporelles.
Et jà ne fault laisser anean'yr Mes grans combats exécutez en Tyr :
Et ne convient que le loz on me rase, D'avoir passé le hault mont de Caucase, L'ng chascuug scait qu'y feut tant employé Que tout soubz moy feut rasé et ployé.
En Inde feis aborder mon charroy Tiiumphamment , où Porrus le fier roy.
A son mescbief , de mes braz espreuva La pesanteur, quand de moy se treuya Prins et vaincu. Qui plus est , je marchay En taut de lieux, qu'à la fin detranchay Le dur rocber, où Hercules le fort Pour le passer, en vain mit son effort. Brief, tout battis, et vaincquis sans propoz . Jusques à tant que la fiere Atropoz , Seule cruelle enneniye aux bumains, Mon pouvoir large esta horz de mes main.'
Et s'ainsy est que jadiz en maint lieu Fausse tenu des mundains pour un dieu, Et da partv des dieux immortels né , De tel erreur pardon leur soit donné : Car la liaulteur de mes faictz . et la gloire Qu'euz en mon temps , les mouvoit à ce croire.
Encores plus : tant feutz fier belliqueur, Que j'entreprins , et euz vouloir en cueur De tout le munde embrasser et saisyr, Si fiere mort m'eust preste le loysyr.
Or ça, Minos, je te supplv, demande A Annibal (puis qu'il me vilipende De doulx plaisirs) si plus il est recorz De ses delicts de Capuë, où son corpz Plus debrisa aux amoureuz alarmes Qu'à soustenir gros boiz , hacbes , et armes. Ne feut sa mort meschante et furibunde , Quand par despit de vivre au mortel munde Feut homicide et bourreau de soy mesmes, En avallant les ords venins extresmes?
Et pour.monstrer sa meschance infinye , Soit demandé au roy de Bithynye, Dict Prasias 5 vers lequel il s'enfuyt, S'il feut jamaiz digne de loz et bniyt. L'ng chacung sçait qu'il feut le plus polla De tous plaisirs, et le plus dissollu : Et que, par fraude, et ses trahysons fainctes , Il est veneu de son nom aux attainctes.
Plusieurs grans faictz il feit en maintes terres :
Mais qu'est ce au prix de mes bruytz et tonnerres;
A tons mortelz le caz est évident ,
Que si jugé n'eusse tout Occident
Estre petit, ainsy que Thessalie,
J'eusse pour 'sray (en vainquant l'Italie)
Tout conqnesîé sans orcision nulle,
Jusques au lieu des columnes d'Hercule.
Mais ( pour certain ) je n'y daignay descendre.
Car seulement ce hault nom Alexandre
Les feit mes serfs redoutans mes merveilles :
Par quoy, Minos , garde que ta ne vueilles
Devant le mien son honneur préférer.