SCIPION
Certes , mon cuenv ne veult dire ou penser Chose, pour quoy je désire exaucer
La grant hanlteur de mes faictz singuliers, Par snz ces deux belliqaeux chevaliers : Car je n'euzoncq de vaine gloire enwe : Mais, s'il te plaist , Minos, entens ma v%e.
Tu sçaiz assez qne de mes jeunes ans Faictz vitieux me feurent desplaisans , Et que vertu je voulus tant chervr.
Que tout mon cueur se meit à l'acquervr, Jugeant en moy science peu valoir, Si, d'ung bault vueil, et par ardent vouloir, D'acqueryr brnyt et renom vertueux, N'est employée en œuvres fructueux.
Brief, tant aymay vertu, que, dés enfance, Je fens nommé des Romains l'espérance.
Car, quand plnsieurz du sénat esbahvs De craincte, et peur, à rendre le pavs Par maintes fois feurent condescendans, Je, de bault cueur, et assez jeune d'ans, Saillv en place, ayant le glaive au poing, Leur remonstrant que pas n'estoit besoing Que le cler nom cjne par peine et vertu Avions acquys, feust par honte abbata : Et que celuy mon ennemy seroit.
Qui la sentence ainsy prononceroit. Lors estimans cela estre ung presaige, Et que ces dieux pour lé giant avantaige Du bien pubHc, m'avoient donné bault cueur En aage baz , comme ung fort beUiqueur ,
Feus esleu chief de raiinée romaine :
Dont sur le champ de bataille inliamaine Je feis jecter mes bannières au vent*, Et Annibal pressay tant et soubvent , Qn'avecq bon cneur , et bien peu de condoicte Le feis tourner en trop honteuse fuitte Tant qu'en la main de Rome l'excellente Serve rendy Carthaige l'opulente ; Et toutes fois les romains consistoires, Après mes grans et louables victoires , Aussy humain et courtois m'ont treuvé Qu'avant que feusse aux armes espreuvé.
Tous bien mundains prisav moins que petit, L'amour du peuple estoit mon appétit, Et d'acqueryr maintz vertueux offices A jeune piince honnestes et propices.
Et d'aultre part, de Carthaige amenay Maintz prisonniers , lors que j'en retonrnay Victorieux : desquelz en la présence Par moy feut priz le poêle Terence :
Dont aux Romains mon faict tant agréa, Qu'en plein sénat censeur on me créa.
Ce faict , Asie , et Lybie coureus :
D'Egypte, et Grèce à force l'amour eus. Et qu'ainsy soit, soubz querelle très juste Par plusieurz fois ma puvssance robuste Ont espreuvé. Puis je consul veoyant
Le nom romain, jadiz reflamboyant, Lors chanceler, soy ternyr et abattre, Pour Teslever feuz conqueryr et battre Une cité de force et biens nantye , Dicte Numance , ez Espaignes bastye.
Trop long seroit (Minos) l'entier deduyre De mes haults faictz, qu'on verra tousjours luyre Et d'aultre part , simple vergoingne honneste D'en dire plus, en rien ne m'admoneste : Par quov à toy en laisse l'achoison, Qui scaiz où sont les termes de raison.
Si t'advertys qu'oncques mal heur en riens Ne me troubla : ne pour comble de biens, Que me donnast la déesse fatale, Close ne feut ma main très libérale.
Bien l'ont congneu , et assez le preuverent , Après ma mort , ceulx qui rien ne treuverent En mes thresors des biens mundains délivres, Fors seulement d'argent quatre vingts livres :
Des dieux aussy la bonté immortelle M'a bien vouleu douer de grâce telle, Que cruaulte et injustice au bas Je dejectay, et ne miz mes esbats Aux vanitez et doulx plaisirs menus De Capido le mol filz de Venus, Dont les deduicts et mundaines enquestes Nuysantes sont à louables conquestes ,
2 3o ŒUYRES
Tous lesquelz motz je ne dy pour taschev
A leur honneur confundre ou surmacher :
Ainçois le dy pour tousjours en prouesse
Du nom romain soustenir la haultesse :
Dont tu en az plus ouy référer
Que n'en pourroit ma langue proférer.