‹ Œuvres choisiesChapitre 98 sur 103 · DE THUSCAN EN FRANÇAIS · texte numérisé non relu

DE THUSCAN EN FRANÇAIS

TJiTG jour estant seulet à la fenestre Tey tant de caz nouveaulx devant mes yeulx, Que d'en tant veoir fasché me convint estre. Si m'appaïut une bisciie à main dextre, Belle pour plaii'e au soubverain des dieux.

Chassée estoit de deux chi«ns envieux, Ung blanc, ung noir, qui par mortel effort La gente besle aux flans mordoient si fort Qu'au dernier pas en brief temps l'ont menée Cbeoù' sous un roc. Et là, la cruaulté De mort vaincquit une grande beaulté, Dont souspii-er me feit sa destinée.

Puis en mer haulte ung navire advisoye, Qui tout d'hebene et blanc yvoire estoit , A voiles d'or, et à cordes de soye :

Doulx feut le vent, la mer paisible et coye. Le ciel partout cler se manifestoit.

La belle nef pour sa charge portoit Riches thresors , mais tempeste subite En troublant l'air, ceste mer tant irrite, Que la nef heurte ung rocq caché sous l'unde. O grant fortune! ô crevecuenr tro" "viff

DE CLEMENT IVIAROT. 233

De veoir peryr en ung moment si brief , La grant richesse à nulle aultre secunde !

Après je vei sortyr divins rameaux D'ung laurier jeune, en ung nouveau boscaige, Et me sembla veoir ung des arbrisseaux De paradiz, tant y avoit d'oyseaux Diversement chantans à son umbraige :

Ces grans delicts ravyrent mon couraige : Et ayant Teuil fiché sur ce laurier , Le ciel entour commence à varier Et à noircyr : dont la fouldre grant eiTe "Vint arracher celuy plant bien heureux , Qui me faict estre à jamaiz langoureux, Car plus telle umbre on ne recouvre en terre.

Au mesme bois sourdoit d'ung vif rocher Fontaine d'eau murmurant soefvement :

De ce lieu fraiz tant excellent et cher, N'osoient pasteurs ne bouviers approcher : Mais mainte muse, et nymphe seulement, Qui de leurs voix accordoient doulcement Au son de l'eau. Là j'assys mon désir , Et lors que plus j'y prenois de plaisir, Je vey, helas ! de terre ouvryr ung gouffre , Qui la fontaine et le lieu dévora :

Dont le mien cueur grant regret encore ha , Et y pensant , du seul penser je souffre.

Au boiz je vey ung seul phénix portant Esles de pourpre, et le chief tout doré :

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Estrange estoit, dont pensay en l'instant Veoir quelque corpz céleste, jusqu'à tant Qu'il vint à l'arbre en pièces demouié, Et au ruysseau que terre a dévoré.

Que diiay plus! toute chose enfin passe. Quand ce phénix veit les rameaux en place . Le troncq rumpn, l'eau sèche d'aultre part. Comme en desdain de son becq s'est féru , Et des humains sur l'heure disparu :

Dont de pitié et d'amour mon cueur ard.

Enfin je vey une dame si belle , Qu'en y songeant tousjours je brusle et tremble : Entre herbe et fleur pensifve marchoit elle , Humble de soy, mais contre amour rebelle : Et blanche cotte avoit , comme il me semble, Faicte en tel art, qne neige et or ensemble

Sembloient meslez : mais en suz la ceincture,

Couverte estoit d'une grant nue obscure ,

Et au talon ong serpenteau la blesse,

Dont languissoit comme une fleur cueillye :

Puis asseurée en liesse est saillye.

Las rien ne dure au munde, que tristesse.

O chanson mienne : en tes conclusions

Dy hiirJyment, ces six grans visions

A monseigneur donnent ung doulx desyr

De brieivement soubz la terre gesyr.

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