LE PUITS DE LA VÉRITÉ
AI» : J'avait à peine dix-sept aii^
Lorsque la Vérité des cienx
Descendit toute nue , Et fit rayonner à nos yeux
Sa lumière inconnue..
Ce fut à qui Fadorerait ;
Mais , amant incommode , Chacun prétendit en secret
L'habiller à sa mode.
Le sage sous un voile épais
Lui cacha la figure; Le poëte sur ses attraits
La chargea de parure :
En proie aux plus cruels ennuis ,
Et pour punir la terre , Elle se jeta daits un puits.
La tête la première.
Au bord de ce puits écarté , *
A toute heure , à tout âge , L'homme par curiosité
Court en pèlerinage :
II est par ses gémissemens
Certain qu'eUe y séjourne ^ Mais s'il veut regarder dedans j
Crac , la tête lui tourne.
Boudé par ce coquin d'Amour,
Balotté par Thalie , De m'y transporter à mon tour
H me prit fantaisie :
J'aperçus mille originaux
Qui se flattaient sans cesse De pouvoir, chacun dans st& sceaux ,
Remonter la déesse.
Et le peuple était autour d'eux
A leur crier : Courage i A force de soins généreux
Gagnez notre suffirage; Rendez l'auguste Vérité
Aux regards de la foule; Mais qu'on la mette en liberté
Sans que le puits s'écroule.
(549) Au milieu de tous ces débats
Je m'approche d'un Mage , Et je lui demande tout bas
S'il en peut davantage.
Il me répond : Le peuple attend ^
Mais , à ne vous rien taire , Nous ne saurions en ce moment
Tirer que de l'eau claire.
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