‹ Œuvres choisies d'Antoine Pierre Augustin de PiisChapitre 14 sur 165 · PÉGASE RAMENÉ PAR L'AMOUR · texte numérisé non relu

PÉGASE RAMENÉ PAR L'AMOUR

Al & : La maison de Montîciir Vautoui.

Fier d'avoir autrefois porté

Boilesm , Molière et La Fontaine ,

Pégaâtt errait en liberté

Sur les rives de lUypocrène.

Près de lui ni'étant arrêté ,

Je disais tout 1ms r Quelle honte

Qu'il ne soit pas encor dompté

Depuis tant de temps qu'on le monte I

Aussitôt je- saute à ses crins ,

Et , -malgré son regard farouche ,

Subtilement je le contrains

A soufirir un mors dans sa bouche.

■*— Ce n'est point pour gêner tes pas ,

Lui dîs-je, qtte je te le donne;

C'est qu'avecmbi je ne veux pas

Que tu puisses mordre personne.—^

Pais loi mettant la selle fiiu dos , J'en ùis descendre en parallèle Denx étriers des plus égaux , En ajoutant : — Point de querelle; C'étaient trois &meux écuyers Que Jean , Despréaux et Molière I Mais sans selle et sans étriers Moi je serais bien vite à terre. — <

Au seul mouvement du bridon Il rue, il écume, il firissomie.^..' Dans un yaste caparaçon Sans plus tarder je l'emprisonne.

— Ami, lui dis-je, dans ce temps Tu sais quel chaud règne au Parnasse ; Par les maringouins déyorans On est piqué dès qu'on y passe.

Tu yeux partir; hé bien, partons....

La, la, que ton ardeur s'appaise....

Nous resterons dans les vallons ; Beau coursier, n'en prends qu'à ton aise. J'aperçois Lafare et Ghaulieu , Patrons de la galté française ; Atteignons^les ; je te fais yœu' De ne point trottejp à l'anglaise. -*«

J'allais chantant ; Tair était frais j Pégase doublait son alliore $ Nous allions sortir des marais^ Tout me semblait d'un bon augure i Tout à coup j'entends ded crapauds Coasser au fond de' la fbnge.

Et je vois du sein des roseaux Sortir une figure étrange.

Sa langue est un dard de serprat; Elle* a les emilles velues , Le dos bien large, l'oeil perçant; Ses doigts sont des grifie^ sâgaës ; Pour fuir plus vite en certain cas EHe a les deux pieds d'un Satjrre Pégase en me jetant à bas Se câlnra devant la Satire.

•Un enfiauit passait par hasard , Et fut témoin de ma disgrâce.

De tourner Pégase à l'écart.

Qui le croirait ! il eut l'audace.

L'œil étincelant de fureur, .

Hérissant sa longue crinière , Pégase , encor saisi d'horreur, ]Vecule au fond dfune bruyère.

Notre maiinot, presque entralné>

Le retire alors par la bride :

D'un air doux , mais déterminé «

A revenir il le décide;

Il passe sur son cou fumant

Une p^te main bénigne ,

Et de l'autre , en me souriant.

De m'approcher il me tait signe*

Je l'aborde en tremblant toujours ,

Et reconnais à son visage

Le prince enjoué des Amours.

— Abl difr^ alMHiy prenons courage;

La Satire aura keau crier,

Plein du noureau fou qui m'embrase,

Puisqu'Amour me tîeat Félrîer,

Je remooierai aur Pégase.

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