‹ Œuvres choisies d'Antoine Pierre Augustin de PiisChapitre 146 sur 165 · A SA MERB UN TENDRE FILS · texte numérisé non relu

A SA MERB UN TENDRE FILS

— Mon cher monsieur, malgré l'arbre Qu'au devant vous aviez mis ,

Tout s'est effacé du marbre Sous les pleurs de vos amis.

— Père Alain , qu'est deyenae

Cette source de clairfond ,

Qu'en son lit j'ai contenue

Par un caillou tis profond?

— «Ah, monsieur! rien, quand y y pense,

ITest plus doux que ses glouglous }

Mais qu'il a dans votre absence

Passé d'eau sur vos cailloux!

— Père Alain , qu'est devenue Au bas du moulin à vent Cette superbe avenue Où je lisais si souvent?

— Sous la cognée inhumaine Tout l'ombrage en a péri , Et celui qui s'y promène TSy rencontre plus d'abri.

— Père Alain, qu'est devenue Cette prairie oii le soir Pour chanter ronde connue Parmi vous j'allais m'asseoir?

— Au bruit d'une aigre musette , Las ! parfois nous y dansons ; Mais l'écho dans sa disette Soupire après vos chansons*

(4^9) — Père Alain, qu'est devenut La cloche au tinibre argentin Qui , fendant au loin la nue , M'éveillait si grand matin?

— Comme autrefois elle sonne, Et comme autrefois j'ai soin De prier Dieu qu'il vous donne L'or dont vous avez besoin.

— -Père Alain, qu'est devenue La famille Olibrius , Qu'autrefois j'ai soutenue Par un prêt de mille écus ? — Des usures criminelles L'ont remise en crédit ^ mais Les ingrats de vos nouvelles Ne me demandent jamais.

—-Père Alain , qu'est devenue Cette chienne au long museau A peine au monde venue Quand je vous en fis cadeau?

— Aveugle est la pauvre Flore j Mais si vous étiez chez nous Vous la verriez béte encore A se souvenir de vous.

( 470 ) — Père Alain, qu'est deyenne Votre femme au sourcil noir^ En ce temps-là si menue , Qu'on accourait pour la voir?

Chacun Taime , et c'est justice ; Car j'ai bien d'elle en effet Quinze enfans » sans préjudice De celui qu'elle me &it.

— Pare Alain , qu'est devenue Dans son castel ténébreux La bachelette ingénue Dont je fiis tant amoureux?

— Elle a joint sa destinée A celle d'un vieux Pandour, Qui moins l'aime en une année Que ne l'ainûez en un }Our.

LE SERMENT IJLLUSOIRE.

AIE : Fille à qui Ton dit un secret.

J E n'avais pas cncor qui&ee ans Que je rendais hommage aux belles ; A force de soins complaisans J'en rencontrais peu de rebelles :

J'aimais Chloé , Rose et Philis , Et )e disais : Je me réserve Quand j'aurai vingt ans accomplis De quitter Vénus pour Minerve.

O mes amis ! je ne sais trop Comment les trois Parijues iilërent ^ Mais un beau matin au galop Ces maudits vingt cms m'arri vèrent , Et je me dis : Viennent trente ans ; Je serai chaste , sombre , austèi^e ; Mais jusque là passons le temps Au fond àes bosquets de Cythère.

(470 Trente ans à leur tour ont sonné ; Hélas! j'ai fait la sourde oreille , Et près du beau sexe étonné •Tai brûlé d'une ardeur pareUle :

Mais je disais confidemment A tous les fabeurs d'épigrammes :

A quarante ans probablement Je saurai renoncer aux dames.

Les quarante ans me sont venus , Et je me suis dit : Peu m'importe ; Auprès de moi gardons Vénus; Que Minerve attende à la porte :

Mon corps n'est point encor perclus , Et mon cœur a tout son courage ; Quand j'aurai deux lustres de plus Je fais serment d'être bien sage.

J'ai mes cinquante ans révolus, Et Minerve dans sa colère Me dit tous les jours : Sols confus y Et renonce à l'espoir de plaire.

Mais je réponds d'un ton craintif Que^ n'en pouvant bannir l'envie. J'ai pris le parti décisif D'aimer le reste de ma vie.

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