LE MÉNESTREL A SES AMIS
AttL : Si pous vivions comme vivaient nos përos.
Or écoutez :Ia romance plaiutive D'un ménestrel en son manqir reclus j Que mou refrain jusqu'à vos cœurs arrive. Et je suis sûr que vous ferez chorus : Qu'on pense à moi quand je ne serai plus !
Trop raboteuse eût été ma carrière Sans Apollon , sans Cypris , sans Bacchus : Brins ^e laurier, brins de myrte et de lière Furent par eux sous mes pas répandus.
Qu'on pense à moi quand je ne serai plus !
DeSi troubadours à quinze ans idolâtre , J'ai dévoré leurs recueils vermoulus ; J'ai sur imonluth faîtrevivrc au théâtre 'Mille, vieux airs que^l'on. croyait perdus. Qu'on pense à inoi quand je ne serai plus ! TOME rv. 5i
Si tour à tour j'aimai plus d'une belle, Un tel aveu ne me rend point confus , NuUe n'a droit de me dire infidèle, Car je l'aimai le temps que je lui plus. Qu'on pense à moi quand je ne serai plus!
De yins exquis , et surtout salutaires , Que de tonneaux chez moi sont descendus! Mais vous savez , très-aimables confrères , Si j'étais seul alors que je les bus ! Qu'on pense à moi quand je ne serai plus !
J'aurais été libéral à la ronde Si j'avais eu les coffires de Plutus ; Mais j'ai voulu du bien à tout le monde , Et j'en fis même un peu quand je le pus. Qu'on pense à moi quand je ne serai plus!
Ou bien ou mal quand le sort nous héberge Dans ce bas monde ensemble confondus , Chacun de nous sur les miu*s de l'auberge Trace en partant ses vœux ainsi conçus : Qu'on pense à moi quand je ne serai plusl
J'aurais au reste écrit livre sur livre ; Mais de tels soins m'ont semblé superflus , Car Saint-Âulaire a bien pu se survivre En ne faisant que quatre vers connus.
Qu'on pense à moi quand je ne serai plus !
jQue dis-je , hélas I si Rousseau, si Voltaire Sont dans la tombe outragés et mordus , Rimeur obscur que faut-il que j'espère?
Ab ! par pitié , Zoïle et Bavius , Oubliez-moi quand je ne serai plus !