‹ Œuvres choisies d'Antoine Pierre Augustin de PiisChapitre 43 sur 165 · LE BARBET INTELLIGENT · texte numérisé non relu

LE BARBET INTELLIGENT

Aia : Frère Àmoar en capnclioii»

On a dans ce siècle d'airain Encor l'àme compatissante ; Témoin Barbe la gouvernante De feu Lorry le médecin.

Qui , trouvant au coin d'une rue Un petit barbet expirant , Dans son ts^lier sanglant L'emporta toute émue.

Barbe disait chemin faisant :

-^Tàche de mériter mon zële , (C'est Favori que je f appelle) Et tu guériras promptement.

Mon cher maître est des plus honnêtes ; n a sauvé mcm grand cousin Et Mindor notre voisin :

Il doit sauver les bêtes. —

Or d'après sa narration Le fameux Lony , d'un air tendre , Lui dit : — Je veux bien l'entreprendre A ta considération ; Mais il y faudra du mystère , Sinon tu me compromettrais , £t le fameux Lyonnais ^ M.e ferait une affaire. —

Quand Barbe eut promis le secret , Avec une petite éclisse Le docteur redressa la cuisse De notre infortuné barbet.

A la diète la plus austère Barbe le força par degré , Et lui fit , bon gré , malgré , Endurer maint cly stère.

A la fin le voilà sur pié , Parlons correctement. ... sur patte.

Par une pâté délicate Barbe le refait de moitié.

Mais , hélas ! pour suivre une chienne Trois jours après, ô trahison !

Il déserte la maison , Courant à perdre haleine.

( '29 ) — Non , je n'en saurais revenir, S'écriait Barbe désolée:

Gomme il vous a pris sa volée Des qu'il a pu se soutenir!

Les hommes , au siècle oii nous sommes , Sont tous ingrats comme des chiens ; Mais les chiens, je le soutiens, Le sont comme des hommes. —

Un mois s'était passé déjà:

Barbe entend japper à la porte; Dans le plaisir qui la transporte Droit à son cher maître elle va.

— Monsieur, venez . — Qu'est-ce ? — ^11 n'importe . — Encor; veut-on me consulter? — Barbe sait tant insister, Qu'enfin il fout qu'il sorte.

Que voit-il ? Ciel ! c'est Favori , Qui d'une patte charitable Lui montre un roquet misérable Traînant son tibia meurtri :

Favori d'un oeil pitoyable Semble dire : — - O mon cher Lorty !

Puisque vous m^avez guéri , Guérissez mon semblable.

Page 1