LE BARBET INTELLIGENT
Aia : Frère Àmoar en capnclioii»
On a dans ce siècle d'airain Encor l'àme compatissante ; Témoin Barbe la gouvernante De feu Lorry le médecin.
Qui , trouvant au coin d'une rue Un petit barbet expirant , Dans son ts^lier sanglant L'emporta toute émue.
Barbe disait chemin faisant :
-^Tàche de mériter mon zële , (C'est Favori que je f appelle) Et tu guériras promptement.
Mon cher maître est des plus honnêtes ; n a sauvé mcm grand cousin Et Mindor notre voisin :
Il doit sauver les bêtes. —
Or d'après sa narration Le fameux Lony , d'un air tendre , Lui dit : — Je veux bien l'entreprendre A ta considération ; Mais il y faudra du mystère , Sinon tu me compromettrais , £t le fameux Lyonnais ^ M.e ferait une affaire. —
Quand Barbe eut promis le secret , Avec une petite éclisse Le docteur redressa la cuisse De notre infortuné barbet.
A la diète la plus austère Barbe le força par degré , Et lui fit , bon gré , malgré , Endurer maint cly stère.
A la fin le voilà sur pié , Parlons correctement. ... sur patte.
Par une pâté délicate Barbe le refait de moitié.
Mais , hélas ! pour suivre une chienne Trois jours après, ô trahison !
Il déserte la maison , Courant à perdre haleine.
( '29 ) — Non , je n'en saurais revenir, S'écriait Barbe désolée:
Gomme il vous a pris sa volée Des qu'il a pu se soutenir!
Les hommes , au siècle oii nous sommes , Sont tous ingrats comme des chiens ; Mais les chiens, je le soutiens, Le sont comme des hommes. —
Un mois s'était passé déjà:
Barbe entend japper à la porte; Dans le plaisir qui la transporte Droit à son cher maître elle va.
— Monsieur, venez . — Qu'est-ce ? — ^11 n'importe . — Encor; veut-on me consulter? — Barbe sait tant insister, Qu'enfin il fout qu'il sorte.
Que voit-il ? Ciel ! c'est Favori , Qui d'une patte charitable Lui montre un roquet misérable Traînant son tibia meurtri :
Favori d'un oeil pitoyable Semble dire : — - O mon cher Lorty !
Puisque vous m^avez guéri , Guérissez mon semblable.