‹ Œuvres choisies d'Antoine Pierre Augustin de PiisChapitre 42 sur 165 · DU DOCTEUR GROS-DOS · texte numérisé non relu

DU DOCTEUR GROS-DOS

AIR : Daignes m'ëpargnér le reste*

£n mil sept cent quatre-vingt-troîs (La date n'est pas tres-nouyelle) Je gardai pendant les grands froids 'Une fièvre au kina rebelle.

J'avais sans cesse à mon côté Maint apothicaire funeste, Maint docteur de la faculté , Maint herboriste patenté.

Et des charlatans de reste.

L'un d'eux me dit : — Je suis Gros-Dos , Médecin par quartier d'un prince ; Votre famille est dé Vordeaux , Je suis dé la même province.

Mes poudrés , fruit d'un grand savoir.

Sont un fébrifuge céleste :

Prénez-en dix paquets ce soir; Demain je réviendrai vous voir; Vous serez guéri dé resté.

— Mais , lui dis-je , aux poudres d'Ailhaud Ma fièvre a résisté — je n*ose.... — Il m'interrompt tout aussitôt :

— Mes poudrés sont bien autre chose !

— Qu'est-ce à dire ? — A fuir comme un trait Pourvu que votre mal soit preste , Laissez Gros-Dos être discret, Et permettez que son secret Sans aucun évent lui resté. —

Las de l'entendre , au traitement Je fais sfîmblant de me résoudre :

— Docteur, ce soir décidément Je prends vos dix paquets de poudre.

— Buvez, buvez, lavez, lavez; Sans quoi ma poudre est indigeste.

Et vous , la bonne ^ conservez Dans un coin.... ce que vous savez. — • On s'en souviendra de reste.

Des qu'il est hors de la maison Dans six pintes d'eau de lavande Je fais délayer par Suzon Cette drogue de contrebande; Puis en un lieu sombre à dessein Suzon , maligne autant que leste , En remplit maint et maint bassin Pour que monsieur le médecin Puisse examiner de reste.

( ia5 ) Le lendemain Gros-Dos revient.

— Ma poudre a-t-ellé fait merveille?

— Je suis guéri. — Je lé vois bien; Œil clair, bon poi|ls , langue vermeille ! MTa-t-on gardé. .., — Certainement.

— Je lé sens bien : pouah ! quelle pe$té ! La bonne , ce noir sédiment

Prouvé que mon médicament A fait son effet dé resté. —

Ce n'est pas tout , et mon bavard Près de mon lit tourne , s'agite , Parle et reparle de son art, De sa poudre et de son mérite ; Enfin , dans ses joyeux transports , Vers les bassins faisant un geste :

— ^Tant d'horreurs sont bien mieux déhoi*s Que dédans votre pauvre corps.

— D'accord avec vous j'en reste. —

Gros-Dos s^esquive en me disant :

— J'en cours informer mes confrères. — Suzon en le reconduisant

Lui parle de ses honoraires.

— Fi donc ! je n'en ai nul souci, Mon enfant, je vous lé protesté ; Sur votre maître , Dieu merci , Puisque ma poudre a réussi Je mé crois payé dé resté. —

( ia6 ) Vers le printemps ma fièvre enfin S'en fnt comme elle était venue.

Ce fiit lors que mon aigrefin Cria sans cesse en pleine rue :

—L'envie aux doigts crochus , sandis f Frondé ma poudre et mé molesté; Mais elle a dé monsieur Piis .

Expulsé la fièvre gratis :

EÎl donc ! je mé ris du resté*

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