‹ Œuvres choisies d'Antoine Pierre Augustin de PiisChapitre 66 sur 165 · HISTOIRE D'UN PAUVRE MOUTON · texte numérisé non relu

HISTOIRE D'UN PAUVRE MOUTON

AiA : Si Dorilas n'en parlait guère*

Si les bergères de notre âge Sur un cœiir tendre ont quelques droits , J'eusse brûlé bien davantage Pour les bergères d'autrefois :

Thérèse, Eglé, Lise, Colette, Digne ornement de leurs cantons , Ne se servaient de la houlette Que pour conduire leurs moutons.

On peut vanter le maintien leste Et d'Àraminte et de Phryné ; Mais, hélas 1 leur costume agreste Avec trop d'art est combiné :

Tout en prenant là collerette , Sans rien rabattre de leurs tons , Elles mènent à la baguette Les hommes comme des moutons.

Hier Marton la pastourelle ,

Dont on connaît les agrémens ,

Se faisait suivre à Bagatelle

Pso* un nombreux troupeau cPamans }

Entre eux voilà que je me range

Près de la folâtre Marton ,

Et que dans la main je lui mange

Gomme chaque robin mouton.

Pour étouffer ma voix nouvelle D'autres auteurs , vrais agnelets > Les genoux plies devant elle , Lui bêlent d^innocens couplets :

Mais notre coquette champêtre Sourit voyant que nous luttons , Et feint de les envoyer paître Gomme de vulgaires moutons.

Aussi , bien loin que je m'en aille , ' Je me penche contre son sein ; De son joli chapeau de paille Elle se dégage à dessein; Puis m'attachant le ruban puce Qui lui captivait le menton , ^ Charmant, dit-elle avec astuce , Je te crois doux comme un mouton.

( 309) Bientôt la nuit couvre la yille ; Il faut regagner le bercail :

Marton ne veut pas que je file Avec le gros de son bétail; Cest à ses côtés que je trotte:

Mais à peine entré l'on me tond , £t Ton m'égorge (à la bouillotte) Comme un pauvre petit mouton.

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