‹ Œuvres choisies d'Antoine Pierre Augustin de PiisChapitre 93 sur 165 · LE MANGEUR DE FUMÉE · texte numérisé non relu

LE MANGEUR DE FUMÉE

ou

MONSIEUR DE RENIFLEROT.

Ain : J'étaîi bon chAStear autrefoic.

l/E la grand' ville de Paris

Pour peu qu'on soit originaire ,

Ou que dans icelle on ait pris.

Domicile extraordinaire,

On connaît Notre-Dame , et puis

Certaine rue oii Ton achète

Dindons , poulets , pigeons tout cuits ,

Laquelle a nom de la Huchette. -

En mil sept cent soixante et dix Reniflera t , logé près d'elle , A la traverser, cadédis , Trois fois par jour était fidèle :

Bouche béante et nez en Tair»

Ce pauvre gascon famélique Aspirait, été comme hiver.

Les fumets de chaque boutique.

A même son pain , qui pis est , Reniflerôt mordant en route.

Dans un dindon , dans un poulet S'imaginait mordre sans doute , Et répondait aux marmitons Qui le raillaient à son passage :

— Dé mé jeter dé vrais lardons Aucun dé vous n'a lé courage. —

Il leur disait* une autre fois :

— Eh ! qné m'importent vos réproches , Pourvu que trente jours par mois Vous tourniez, vos imineBses broches , Et qné je puisse incognito Humer ces vapeurs dé volailles Qui sont à oouper au couteau , Ppur lé bonhur dé mes entrailles.—

Puis 3 se disait pl^$âmme«Bt:r

— Les émanations .des viandes 9

Pour qui. n'a pas d'autre. aUment^

Sont succulentes et fidandes : . ^

Or, des râtîsseursrpâtiis&fters ' w . :..

Lé nombre en ces lieux^u'est pas mimce ^

Donc dé miasmes nourriciers

Je vivrai longtemps connue un prince.—

Par cet argument superfin Se flattant sur son jeûne austère, Il croyait assouvir sa faim , Et vraiment il la faisait taire i Mais , au fond , de notre aigrefin La logique n'était pas bonne \ Ses habits furent à la fin Beaucoup plus gras que sa personne.

On le trouva roide étendu Au haut d'un quatrième étage , Desséché comme un vieux pendu« Que laissait-il pour héritage?

Un croûton de pain d'ail fi-olté y Et de l'eau dans une caraffe :

On l'enterra par charité ; Moi je lui fis cette épitaph*:

(5io)

Cî-git mons de Reniflerai , Gascon à vives réparties.

Sans doute il se nourrit là-haut D'alouettes toutes rôties ; Mais tant qu'il vécut ici bas , J'en atteste la renommée, Il lui fallut , pour tout repas , Manger son pain à la f^mée.

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