LE MANGEUR DE FUMÉE
ou
MONSIEUR DE RENIFLEROT.
Ain : J'étaîi bon chAStear autrefoic.
l/E la grand' ville de Paris
Pour peu qu'on soit originaire ,
Ou que dans icelle on ait pris.
Domicile extraordinaire,
On connaît Notre-Dame , et puis
Certaine rue oii Ton achète
Dindons , poulets , pigeons tout cuits ,
Laquelle a nom de la Huchette. -
En mil sept cent soixante et dix Reniflera t , logé près d'elle , A la traverser, cadédis , Trois fois par jour était fidèle :
Bouche béante et nez en Tair»
Ce pauvre gascon famélique Aspirait, été comme hiver.
Les fumets de chaque boutique.
A même son pain , qui pis est , Reniflerôt mordant en route.
Dans un dindon , dans un poulet S'imaginait mordre sans doute , Et répondait aux marmitons Qui le raillaient à son passage :
— Dé mé jeter dé vrais lardons Aucun dé vous n'a lé courage. —
Il leur disait* une autre fois :
— Eh ! qné m'importent vos réproches , Pourvu que trente jours par mois Vous tourniez, vos imineBses broches , Et qné je puisse incognito Humer ces vapeurs dé volailles Qui sont à oouper au couteau , Ppur lé bonhur dé mes entrailles.—
Puis 3 se disait pl^$âmme«Bt:r
— Les émanations .des viandes 9
Pour qui. n'a pas d'autre. aUment^
Sont succulentes et fidandes : . ^
Or, des râtîsseursrpâtiis&fters ' w . :..
Lé nombre en ces lieux^u'est pas mimce ^
Donc dé miasmes nourriciers
Je vivrai longtemps connue un prince.—
Par cet argument superfin Se flattant sur son jeûne austère, Il croyait assouvir sa faim , Et vraiment il la faisait taire i Mais , au fond , de notre aigrefin La logique n'était pas bonne \ Ses habits furent à la fin Beaucoup plus gras que sa personne.
On le trouva roide étendu Au haut d'un quatrième étage , Desséché comme un vieux pendu« Que laissait-il pour héritage?
Un croûton de pain d'ail fi-olté y Et de l'eau dans une caraffe :
On l'enterra par charité ; Moi je lui fis cette épitaph*:
(5io)
Cî-git mons de Reniflerai , Gascon à vives réparties.
Sans doute il se nourrit là-haut D'alouettes toutes rôties ; Mais tant qu'il vécut ici bas , J'en atteste la renommée, Il lui fallut , pour tout repas , Manger son pain à la f^mée.
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