‹ Œuvres choisies d'Etienne PasquierChapitre 1 sur 176 · AYANT-PROPOS · texte numérisé non relu

AYANT-PROPOS

Par un progrès du bon sens public, qui tôt ou tard place tout à son rang, on a compris eu France qu'il n'était pas dû moins de reconnaissance et d'hommages aux de Harlay, aux de Thou, aux Loisel, qu'aux Turenne, aux Luxembourg, aux Catinat. Plus encore qu'au temps ou écrivait de Retz > , on aime à placer de nos jours les Mole à côté des Gustave et des Condé; et cette fraternité dans la gloire n*honore pas moins les uns que les autres.

De là pour les grands hommes de la paix , écrivains ou magistrats, qui, en inaugurant parmi nous une ère de civilisation renaissante, ont illustré le seizièmesiècle, unesorte de rajeunissement dans l'opinion contemporaine; de la le bienveillant accueil fait par le pays à tous les efforts tentés pour renouveler leur mémoire.

On a cru, d'après ce motif, qu'il y aurait quelque à-propos à rappeler la vie et les ouvrages d'Etienne Pasquier.

L'auteur de ce recueil se propose surtout de revendiquer en laveur de Pasquier un titre qui ne lui a pas été accordé assez généralement, celui de l'un des créateurs de la prose française. Des préventions injustes s'étaient élevées contre lui : il suffira, pour les dissiper, de le faire connaître. Jusqu'ici en effet on lui avait accordé un rang plus avantageux entre les savants qu'entre les écrivains ; et le mérite de son érudition avait, pour ainsi dire, éclipsé celui de son style.

1 Voy. ses Mémoires , ! i v. 11.

ŒUV. b'i'.T. PAÏQIIER. — T. I. a

II AVA.Vl'-PKOPOS.

Il était temps de revenir sur eette appréciation trop incomplète , ou plutôt d'écarter les nuages que des passions haineuses avaient répandus autour de son nom. Aujourd'hui, que dans l'ordre politique il existe un droit commun pour tous les citoyens, on veut rendre aussi à toutes les gloires une égale justice : la critique éclairée ne fait plus acception de partis ni de bannières.

Ce choix des œuvres de Pasquier n'offrira donc pas seulement, il nous est permis de l'affirmer, une mine abondante de matériaux précieux , mais beaucoup de morceaux qui portent le cachet de l'artiste supérieur. Sans doute il serait à souhaiter que l'on pût donner une édition critique de toutes les Recherches. La publication amendée et annotée des Lettres de Pasquier serait aussi fort désirable : qui douterait que ce ne fût un grand service rendu à notre histoire et à notre littérature? Mais l'étendue d'un tel travail suffirait à nous effrayer, nous hommes de peu d'haleine et de peu d'efforts. L'époque présente, on ne saurait au reste le dissimuler, est peu favorable à ces grandes entreprises. Ajoutons que, parmi ceux même qui sont restés fidèles aux lettres, plusieurs croient qu'il convient de faire seulement un choix dans ce que nous ont légué nos vieux auteurs, et d'en reproduire ce qui est excellent et durable. 1 Is appuient ce sentiment de quelques réflexions spécieuses : suivant eux , c'est mal servir la réputation de ces écrivains que de les exposer tout entiers à la critique de la postérité. Due partie de ce qu'ils ont laissé a dû périr avec eux. Ce n'est pas entendre mieux l'intérêt des lecteurs : en effet, les volumes s'entassent chaque jour; et, dans les mille préoccupations qui dévorent notre temps, il devient de plus en plus difficile de reporter les yeux sur les œuvres des devanciers. Là cependant sont enfouis des trésors dont il faut se montrer les gardiens zélés; à ce patrimoine in-

Page 1