‹ Œuvres choisies d'Etienne PasquierChapitre 2 sur 176 · AYANT-PROPOS. III · texte numérisé non relu

AYANT-PROPOS. III

k'ilectuel de nos pères, non plus qu'à leurs sentiments et à leurs passions, nous ne saurions demeurer étrangers. Comment donc concilier le besoin d'appartenir à notre époque, de suffire a cette activité qui abrège les heures, et ce respect religieux des dépôts amassés par les générations antérieures? Après la richesse exubérante du dixseptième et dix-huitième siècle, après ce que leur a déjà ajouté le dix-neuvieme, comment trouver le loisir de joindre à l'étude de l'antiquité grecque et latine celle de l'antiquité française, si l'on ne résume pas sous une forme abrégée le contenu de tant de volumes, si l'on ne se borne pas en quelque sorte à en extraire le suc?

Nous nous sommes efforcé par ce motif de faire pour Pasquier ce que lui-même demandait que l'on fit de son temps pour Barthole, illustre jurisconsulte du quatorzième siècle, lorsqu'il exprimait le désir que« l'on choisît seulement la moelle de ses œuvres • » , afin de les rendre au public.

On s'étonnera peut-être que l'orthographe originale n'ait pas été conservée. Mais il s'agissait d'abord de la déterminer; et dans les éditions des Recherches qui se sont succédé à d'assez courts intervalles pendant plus de soixante ans, elle offre de singulières variations. C'est qu'à cette époque de mouvement et de transformation continue, l'esprit aventureux qui marquait la littérature comme la politique avait tourmenté l'orthographe ainsi que tout le reste : livrée à la merci des novateurs , elle ne connaissait que bien peu de règles ; sur ce terrain les écoles combattaient; le poètes même prenaient part à la querelle. D'un côté l'on s'affranchissait de l'étymologie, de l'autre on lui demeurait fidèle; les uns se conformaient à l'usage, les autres à la prononciation. Entre des systèmes extrême»

' Recherches, Mil, II.

IV AVANT-PBOPOS.

aucune conciliation n'était possible ; et non-seulement les divergences que présentaient les auteurs de ce temps étaient considérables , mais chacun d'eux , dans le cours d'un ouvrage, était loin d'être toujours d'accord avec luimême. Joignez-y encore les négligences des imprimeurs, dont se plaignaient Pasquier « et Montaigne % les fautes de typographie, qui, par une bizarrerie qu'explique la prédilection du temps pour les idiomes classiques, étaient alors beaucoup plus fréquentes en français que dans les auteurs latins ou grecs.

Au milieu de ces anomalies, de ces inconséquences et de ces méprises, comment saisir l'orthographe sans cesse modifiée , comment la fixer dans ses fluctuations successives? J'ai cru devoir renoncer à cette entreprise impraticable ou du moins arbitraire : je me suis rejeté, comme dans un port de salut, dans l'orthographe moderne. 11 a semblé d'ailleurs que par là on inviterait à la lecture de Pasquier, en le rendant plus abordable à tous , principalement aux étrangers. Ainsi agit-on tous les jours pour Corneille, pour Pascal, pour Bossuet et pour Racine; personne n'ignore que leur orthographe primitive n'est pas respectée. A quoi bon en effet hérisser de difficultés superflues l'accès de notre littérature?

Néanmoins, en suivant ce système, je me suis imposé une certaine réserve : les changements à l'égard des noms propres d'homme ou de pays ne pouvant plus s'effectuer, comme pour les noms communs, d'après des principes fixes et invariables, je me suis abstenu d'y toucher.

Presque partout ta ponctuation était confuse, au point de rendre souvent les phrases inintelligibles: j'ai du la réformer complètement ; et pour le texte même on verra com-

1 Utlrts . X, L2. : Essais, III, 9.

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