‹ Œuvres choisies d'Etienne PasquierChapitre 112 sur 176 · AVEC LES JESUITES. CLXXXIX · texte numérisé non relu

AVEC LES JESUITES. CLXXXIX

rêt prononcé contre Jacques Cœur ■ qu'il commence ('attaque. Pasquier, nous dit-il, cherche beaucoup de motifs pour expliquer comment l'argentier de Charles VII dut venir sans chaperon et sans ceinture faire amende honorable devant ses juges. Mais c'est qu'en France et en Italie, par une coutume contraire à celle qui était suivie dans Athènes, le condamné paraissait tète nue , ou , pour parler avec les Gaulois, en pur chef. Chez les Athéniens il se présentait avec un panier sur la tète2. La remarque est curieuse, et nous en savons gré à Garasse , sans néanmoins apercevoir encore la faute de celui qu'il critique. Quant à la ceinture, ajoutait-il, imaginer avec Pasquier qu'en la déposant on faisait publiquement l'abandon de ses biens3, était une subtilité; parmi nous comme parmi les Grecs, auxquels il fallait rapporter l'origine de cet usage, on s'humiliait par celte démonstration , en témoignant qu'avec la ceinture on quittait pour ainsi dire « la vertu et modestie». N'est-il pas permis de penser que de ces deux interprétations la dernière est la plus subtile? C'est, d'ailleurs, dans le seul chapitre qui vient d'être analysé1* que sont réunies toutes les énormilés imputées aux Recherches « sur les matières de droit ».

Est-ce donc à dire que Garasse n'a jamais raison contre Pasquier ? Nous nous garderons de l'affirmer : on a déjà vu que celui-ci n'était pas infaillible ; mais en l'attaquant au hasard sur tous les points son ennemi , que la passion aveugle, rencontre rarement le côté faible et vulnérable. L'histoire et la chronologie semblaient lui offrir quelque prise. Après une anecdote un peu leste, et qui montre que nos aïeux, jésuites même, ne craignaient pas de se dérider5, il entre en matière et reproche à Pasquier, avec à-propos cette fois, de s'être mépris sur le temps où vécut Lucilius. Les Recherches le font postérieur à Cicéron 6, tandis que le poète satirique a précédé l'orateur romain, non de cent ans, comme l'avance le censeur en se trompant lui-même, mais de quarante ans environ. Il relève une autre erreur, relative à la durée du règne de

1 Voy. Lettres, III, 9 et 10. la peine que les Béotiens infligeaient

2 De là vcosivO'j'jBai, qui , suivant aux débiteurs insolvables. Garasse, a le sens de faire amende ho- ;l Lettres de Pasquier, 111, 10; cf. nenorable, faire cession de ses biens, oherehes, IV, 10, et l'Interprétation des 11 renvoie au Scoliaste d'Aristophane, Institutes de Juslinian, III, 20. sans plus de détails. Henri Etienne, * Recherches des Recherches, IU, H. dans son Thésaurus, ne cite qu'un s Id., III, 10.

exemple de ce mot , pris dans Nicolas '' VM, 1. de Uamas : il signifie chez cet auteur

CXC ' DEMELES DÉTIENNE PASyUIEE

Louis VII '. A cette assertion, « que la médecine n'a été connue en France que sous la troisième famille de nos rois » 2, il oppose le témoignage de Grégoire de Tours, qui parle du médecin de Cbilpéric 3. Là se bornent les objections historiques justement fondées que renferme le volumineux ouvrage de Garasse.

Une critique raisonnable de goût porte aussi sur l'amour excessif de Pasquier pour les anagrammes4. Déjà en faveur dans les derniers siècles de l'antiquité, où Lycopbron surtout le cultiva avec succès s, ce genre avait obtenu une vogue effrénée à l'époque de la renaissance '■'. Nous devons certes à cet âge des anagrammes très-piquantes^. Mais la protestation de Méliu de Saint-Gelais n'eu était pas moins bien motivée :

Pensez qu'où le sens n'est pas maître , Le travailler sert de bien peu.

Garasse partage cette opinion, et en blâmant Pasquier à ce sujet il se montre plus judicieux que d'habitude. « Cette occupation impertinente de certains esprits oiseux , » il la compare au frivole labeur du grammairien Didyme, « qui abusa de son loisir jusqu'à compter combien il y avait de lettres dans les œuvres d'Homère a. » Ce n'est pas, au reste, l'auteur des Recherches et des Lettres'' que poursuit seulement Garasse; il se déchaîne encore contre le poêle, qu'il signale comme « peu versé aux épitaphes, aux énigmes, aux jeux poétiques anciens et modernes 'u ». Ses Sonnets lui paraissent

1 Recherches des Recherches , 111, 19. Tryocan (Thomas incrédule à son ami

2 Voy. Recherche!, IX, 12. — Mais si Pierre croyant), salut. L'anagramme l'on en croit Guy-Patin ( Lettres, t. 1, était aussi une sorte de demi-jour j>. 1 19 de l'cdit. citée), il y avait déjà en qu'affectionnait la modestie des an- 1009, c'est-à-dire sous le premier roi de teurs. Scévolede Sainte-Marthe signait la troisième race , une faculté de mé- souvent ses poésies : la sainte musc te decine à Paris. décore.

3 Recherches des Recherches , 111, 19. s Recherches des Recherches, II, 23;

4 Voy. notamment les Lettres, Vlll, cf. id., 25 etsuiv.

12, et XVI, 7. :l A l'égard de ces dernières, on peut

à Dans le nom de Plolemaios il avait toutefois s'emparer d'un témoignage

trouvé apo melitos { du miel ou de arraché par la vérité à Garasse : ce

miel); dans celui d'Arsinoé ion eras suffrage d'un ennemi est précieux à

( violette de Junon ): voy. l'article de recueillir. Tout en prétendant que

M. Egger sur Aristarque, Revue des Pasquier en a composé beaucoup d'in-

ilrtt.c mondes, numéro du 1er février utiles, il reconnaît * qu'il en a

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