‹ Œuvres choisies d'Etienne PasquierChapitre 111 sur 176 · AVEC LES JESUITES. CLXXXVII · texte numérisé non relu

AVEC LES JESUITES. CLXXXVII

Non content d'infliger un blâme général aux Recherches, Garasse veut, sur plusieurs points particuliers, substituer ses explications ou ses jugements à ceux de Pasquier : sa témérité n'est pas heureuse. Celui-ci a-t-il montré, en citant un arrêt du parlement, à propos d'an vieux proverbe, que la ceinture dorée était jadis parmi nous un ornement réservé aux prudes femmes ', Garasse, pour étaler plus de savoir, fait remonter l'usage de cette parure jusqu'aux Grecs et même jusqu'à Vénus'-. Les investigations de Pasquier sur nos mœurs , sur notre langage, sur les habitudes de uos pères , sont au reste l'objet des dédains de son impitoyable censeur. A l'en croire, ce titre de Recherches était une grande déception pour le lecteur. Convié à un banquet magnifique, quelle pauvre table ne trouvait-il pas ! Au lieu de lui montrer les rois en leur lit de justice, de lui représenter leurs vêtements, ceux des évéques et des chanceliers, ne lui parlait-on pas du roi des barbiers, du roi des ribauds, des manteaux bigarrés des sergents et des chaperons des bourgeoises de Paris3! C'était, selon Garasse, remplir ses livres de choses de néant, que d'y traiter du jeu de paume , du jeu d'échecs, de l'origine du cri : Le roi boit, etc. 4. N'en déplaise au critique , ces puérilités , comme il les appelle , ne seront pas à nos yeux la partie la moins curieuse des Recherches. Sainte - Marthe, pour excuser Pasquier, disait de lui « qu'il ressemblait sur ce point à Érasme, qui voulait mettre toute chose en œuvre5 ". Nous l'en louerons quant à nous. Il nous semble mériter par là un rang distingué entre ces écrivains, trop rares, qui nous ont conservé non pas seulement l'histoire publique de nos ancêtres, mais leurs annales privées, qui en nous initiant pour ainsi dire à leur existence de famille et à leurs usages domestiques, nous donnent une connaissance plus vive et plus intime du passé. Pasquier a d'ailleurs pressenti les reprochesqui lui seraient adressés à cet égard, et il y a répondu par une observation judicieuse ; « c'est qu'il ne pense pas se fourvoyer de son entreprise en repassant, ores sur les choses hautes, ores sur les basses 6. » Quelques-unes des dernières ne sont-elles pas celles même que nous lisons aujourd'hui avec le pius d'attrait et de fruit?

1 Recherches, VIII, 11 : V. pins haut , * Rech. des Rech. , II, 5; IV, 3. p. L.wwvil. à Id., IV, 9.

2 Recherches des Recherches , IV, y. e Recherches , 1X^32. J Èpitre nu lecleur.

CLXXXVIII DEMELES D ETIENNE FASQlilER

D'après son horreur pour les détails familiers, on ne sera pas surpris que Garasse frappe de la même réprobation plusieurs lettres où Pasquier nous entretient de lui , où il nous découvre « jusqu'aux plus secrètes actions de sa vie l ». On ne s'étonnera pas davantage qu'en tout ce qui concerne les libertés de l'Église gallicane et les droits de la papauté, il le juge de la plus profonde ignorance2 : nous nous abstiendrons de le suivre sur ce terrain. Pour les questions de théologie, il ne l'estime pas moins incompétent 3 : qu'il nous suffise de renvoyer aux Méditations spirituelles 4 , incriminées par celui ci, etque beaucoup trouveront sans doute aussi orthodoxes qu'édifiantes. Bref, il le déclare impie et schismatique 5. Sur quelles preuves? Voici les principales : En parlant de ces princes que l'orgueil du saint-siége condamnait à des pénitences publiques, il les a montrés recevant au milieu de Rome des coups de bastonnade, tandis qu'ils ne recevaient en réalité que des coups de verges ou d'ètrivières 6 ; il a refusé au cardinal du Perron le titre de saint homme'; il a plaidé la cause du mariage contre le célibat 8 ; il a écrit avec irrévérence que sous la première famille de nos rois « les jeunes princes étaient nourris à petit bruit dans les moineries , pour en être tirés comme d'un réservoir 9 » ; enfin il n'a pas craint d'avancer, et cela contre l'avis de saint Paul , que les belles personnes devaient aller visage découvert et les laides avec un masque '°.

J'omets le reste de cette argumentation victorieuse. Il n'est pas que Garasse jusque sur le droit n'ait la prétention d'en remontrer à notre auteur. Dans un long préambule, d'après sa manière habituelle de procéder, il nous annonce qu'il va le convaincre des plus grossières méprises ". Écoutons : c'est au sujet de l'ar-

1 Recherches des Recherches, II, 2; des mains du pape des coups de hous-

Cf. id., 21 et 24. sine sur le dos pendant la cérémonie de

- Id., II, 44; III, 14 etsuiv. l'absolution. »

-1 Id., III, 13. ' Recherches des Recherches, IV, 10;

1 Elles sont comprises dans les Lct- cf. I, 14. Et. Pasquier était fort en-

ires , XX, 7 etsuiv. nemi des princes de notre Église qui

■• Recherches des Recherches, IV, 9. servaient avec trop de dévouement la

e Ibid. Ces étrivières , auxquelles cour de Rome ; de là sa colère contre

r.abelais a fait aussi allusion, Pan- du Terron : Voy. Recherches, III, 18.

tagruel, 111, 13, n'avaient pas cessé Guy-Patin, on peut le voir dans sa

d'être en mage au seizième siècle. On XXIXe lettre, edit. de 1692, le traitait

lit dans Wlrt de. vérifier les dates, encore plus mal que Pasquier. Cf. JNic.

p. 664, « qu'aux denx négociateurs Pasquier, Lettres, IV, 7.

qui avaient obtenu en 1Ô95 l'absolu- 8 Rech. des Rech., IV, 3.

lion de Henri IV auprès de la cour de '' Id., id., 18.

Rome on lit, à leur retour à la cour, '" Id., id., l<i.

- sanglants reproches d'avoir reçu " Id.. III , 11.

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