‹ Œuvres choisies d'Etienne PasquierChapitre 114 sur 176 · AVEC LES JESUITES. CXCI · texte numérisé non relu

AVEC LES JESUITES. CXCI

licencieux ; ses Èpigrammes téméraires. Railler les passe-temps puérils où se complaisait Ilemi III est, à son avis, un crime de lèse-majesté humaine et divine'. La Puce et la Main ne trouvent pas plus d'indulgence auprès de lui 2. En un mot, aucun des ouvrages auxquels s'attache le nom de Pasquier n'est amnistié. On comprend qu'aux yeux d'un juge si prévenu la forme n'en vaille pas mieux que le fond. Il les accuse d'être pour la langue « incultes et grossiers 3 «.Quant aux preuves, il est aussi stérile que de coutume. A l'appui de son allégation il ne peut citer qu'un certain nombre d'archaïsmes et de tours passés de mode en 1622 s , quelques expressions impropres et quelques associations bizarres de termes5 . Là-Jessus il n'hésite pas à condamner un écrivain qui ne nous a pas laissé moins de deux mille pages in-folio.

S'il se fût toutefois borné à exercer ses représailles contre l'auteur, Garasse, dupe de ses ressentiments, semblerait digne d'excuse. Mais ce qu'il faut hautement réprouver, c'est qu'il ait calomnié l'homme, c'est que, s'acharnant à dénigrer cette vie irréprochable, il ait noirci par tous les moyens un nom dont le pays doit être fier*. Pour rendre Pasquier haïssable, il veut flétrir son caractère : plusieurs chapitres sont consacrés à déclamer contre son orgueil7. Il lui fait un crime de cette gaieté et de cette activité d'esprit qu'il conserva jusqu'au terme de sa longue existence8. Il dénature le tableau de sa mort admirablement chrétienne :I. Enfin, sous la plume de Garasse se pressent partout des qualifications injurieuses, dont la violence le dispute au ridicule. Il le traite tour à tour « d'asocat licencieux, de mauvais Français, de gros chrétien qui sentie fagot, de vieillard hargneux et radoteur, de maître pédant, pédantiliant, pédanlifié, d'oison et de veau lu ».

1 Recherches des Recherches, I, 11 et même, on peut en voir un relevé cu-

12. Cf. Lettres de iSicolas Pasquier, X, rieux dans les Lettres de Nicolas Pas-

ô i t. 11 des OEuvres, col. 1410 ) et la quier, t. Il des OEuvres de Pasquier,

Défense de l'asquier, 11, 7. col. 1422.

- Recherches des Recherches , 111, 20, 8 Jiecherches des Recherches , 11, 2 et

et v, 9. 24; V, 11 et 12, etc.

:sld., III, 8. " Id., 111,13; \, 16.

1 tels que u le pire de lui, pour dire ■ Id., 1, 16; cf. Lettres de Nie. Passon pere »..., ou bien , en retranchant quier, X, 5.

le pronom, « le jour que vintes, pour '[Recherches des Recherches, IV, l, 1 2)

te joui que vous vîntes : Ibid. Il, 45; cf. la Défense de l'asquier, il I, 12.

1 Id., 111,8 et 9. Parmi les métapho- IU Recherches des Recherches, 1, 5; IV,

resdont se raille Garasse, on remarque 16, 18, 30; et puss. On retrouve dans

celle-ci : transplanter un passage. Elle les comédies de Molière quelques-unes

était heureuse et a vécu. — Quant à deces injures : Voy. Le Mariage forcé,

celles que se permettait Garasse lui- se. VI.

CXCH DEiMELES D ETIENNE PASQUIER

Tant d'emportement, tant tic tiel semblaient bien de nature à épuiser la haine la plus vivace : il n'en fut pas ainsi néanmoins. Garasse, par deux autres ouvrages, qui n'étaient pas nominativement dirigés contre Pasquier, l'attaqua encore coup sur coup avec le même acharnement.

« La Doctrine curieuse des beaux esprits de ce temps, » tel est le titre du premier de ces livres, où, dans plus de mille pages in-quarto, Garasse se proposait dès l'année suivante « de combattre et de renverser leurs maximes, pernicieuses à l'État, à la religion et aux bonnes mœurs ». Avec une fougue désordonnée d'imagination et une verve grossière de plaisanterie, il y déploie la même intempérance de langage '. L'énergique de Bèze est pour lui un sot 2 ; le sage Mornay un niais 3 ; il appelle Luther le gros homme 4 ; Jean IIus, Jean l'Oison5, etMélanchtonun buffle ,;. C'est surtout pour les libertins qu'il réserve son indignation et ses injures ~. Il compare à des ânes de mer, à des limaçons volants, au griffon et au crocodile ces nouveaux épicuriens*. Entre ceux-ci il mentionne Henri Etienne, Charron, du Moulin, Servin, Juste Lipse, Casaubon, Jules-César Scaliger, qui s'était fait, nous dit-il, « ensevelir avec un Virgile sur l'estomac '•>, » Buchanan , qu'il nomme tout à la fois « huguenot, poète, ivrogne et athée IU. » Mais dans la liste de « ces méchants bélîtres, qui ont pensé ruiner les cours des princes chrétiens ", » il accorde une place d'honneur à Théophile '" et à Pasquier.

Théophile vivait, et se défendit bien '"'. Nous n'avons en tout cas à nous préoccuper ici que des outrages adressés à la mémoire de Pasquier : ils différent peu de ceux que nous avons déjà rencontrés.

1 Aussi un poëte du temps, Nicolas 4 P. 482.

Richelet, appelait-il cet ouvrage La Doc- 5 P. 621.

trinc furieuse: Voy. Guillaume Colletet, 6 P. 482.

dans sou Histoire des Poètes français, ' P. 317.

article llickelet. 11 est question dans » P. 70S, 736, 778, 952 .

cet endroit de la docte Censure de 8 P. 113; cf. p. 376.

celui-ci « sur ce livre capricieux, qui ,0 P. 7S0 ; cf. p. 749.

fit tant de bruit ». Garasse se vengea "P. 5.

de Uichelet, dans des vers latins, où, 12 P. 774, 772, 908; etc.

jouant sur son nom, il l'appelait turpis ,0 11 a composé deux pièces contre Ga-

el dires. rasse , l'une en français, l'autre en la-

- 1'. 280. « 11 avait appris, nous dit- tin : voy. liaillet, Jugements des Sa-

il ailleurs, p. 517, la théologie dans les rants , t. VII, p. 81. La pièce latine

l'riapées » : allusion aux vers amou- a pour titre Theophilus in carrere ;

if ui que de Bèze avait composés dans la pièce française, Apologie de Théo-

sa jeunesse. phile.

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