‹ Œuvres choisies d'Etienne PasquierChapitre 137 sur 176 · TRAVAUX ET JUGEMENTS ULTÉRIEURS SUR PASQU1ER · texte numérisé non relu

TRAVAUX ET JUGEMENTS ULTÉRIEURS SUR PASQU1ER

Mais ce premier bruit delà renommée fut assez prompt à s'éteind re, et il y eut pour lui, comme pour la plupart des écrivains de son époque , une sorte d'interruption dans la gloire. Nous l'avons vu , Pasquier cessait de vivre au moment où allait surgir une littérature nouvelle; bientôt le grand siècle allait commencer, qui n'adorerait plus que lui-même. D'autre part, si quelques amis des lettres étaient demeurés fidèles à la mémoire du passé, si les hommes célèbres du seizième siècle trouvaient encore des panégyristes, le nom de Pasquier réveillait les souvenirs d'une lutte qui devait lui être funeste. On ne s'étonnera pas que la puissance alors croissante des jésuites ait pesé sur sa réputation. Son éloge eût compromis. Perrault, qui, pour complaire à l'ascendant ombrageux de la société, effaçait de son livre des Hommes illustres de la France les noms du grand Arnauld et de Pascal ', n'eut garde d'y donner place à Pasquier*. Baillet est fort court sur lui : il dit quelques mots des ouvrages polémiques dont il a été l'objet, et, chose singulière, de ses poésies; il se tait sur le publiciste et l'historien , en un mot sur le prosateur. Une de ses remarques suffit pour montrer qu'il ne lui est pas favorable : « Quoiqu'on le vit aller à la messe, observe-t-il , il passait auprès de quelques-uns pour un huguenot dissimulé3. » Moréri, au t. VIII, de son Dictionnaire , p. 1 1 1 , et Taisand , dans ses Vies des Jurisconsultes anciens et modernes ( ia-,4°, Paris, 1721, p. 414 }, lui ont consacré un article ; mais Nicéron , dans ses volumineux Mémoires, où il parle de tant d'obscurs soldats de la république des lettres , ne le mentionne même pas. Ces préventions ne pouvaient être durables. Dès la première partie du siècle dernier, l'opinion , trop longtemps égarée par la passion, est pour ainsi dire ramenée à Pasquier. Titon du Tillet, dans son Parnasse français % et un autre

1 On «'aperçut du ridicule de cette sellé, t. XXX 111, p. JZ et 415.

suppression, qui ne fut pas maintenue. - S» place était néanmoins naturel-

A cette occasion on avait rappelé ce Icincnt marquée à côté de Scévole de

fameux passage de Tacite : « Praeful- Sainte-Marthe, François Pitliou , Jo-

gebant Cassius atque Brutus, eo ipso sepu Scaliger, du Vair, etc.

quod effigies corum non videhantur. » J Jugcmcnis des Savants, t. VII, p. SI .

Voy. à ce sujet la Biographie univer- '< ln-f, Paris, 1732, n° M., p. 1SI et

CCXXXVI APPENDICE.

littérateur estimable, Rigoley de Juvigny, dans son édition des Bibliothèques françaises de La Croix du Maine et du Verdier ( 1772, in-4"), rendent, à l'homme surtout, un noble témoignage d'estime, t. III , p. 519 : « C'est dans le livre des Recherches de la France, dit Rigoley, et dans le Recueil des Lettres de Pasquier, que l'on se fera une idée de ses talents divers, de sa politesse, de sa bienfaisance, de ses mœurs douées et honnêtes. Il n'est pas étonnant qu'avec de si belles qualités il ait joui d'une estime universelle, et qu'il ait été chéri de tous ceux avec lesquels il vécut , étant d'un caractère aimable, doux et enjoué. »

Depuis cette époque jusqu'à nos jours il serait difficile d'énuniérer tous les suffrages qui lui ont été décernés. L'abbé Goujet l 'allégué souvent comme autorité ' et le loue justement dans un article étendu2. Le père Lelong fait mention de lui dans plusieurs parties de sa Bibliothèque3, et toujours avec la plus grande estime. Piganiol de La Force, dans sa Description historique de la ville de Paris, le proclame l'oracle du seizième siècle : sa mémoire, suivant lui, ne cessera d'être en vénération parmi les bonnétes gens, et surtout parmi ceux qui aiment notre histoire4. Presque tous |es dictionnaires historiques modernes l'ont, de plus, vengé dignement du silence de Perrault.

Parmi les morceaux qu'ils renferment , il faut remarquer en particulier l'appréciation aussi juste que bien écrite de la Biographie universelle : l'auteur n'est pas nommé; mais cet article, où tout annonce une plume distinguée, se retrouve au t. I des Mélanges historiques et littéraires de M. de Barante, pag. 80 à 95. Un travail estimable de l'abbé Auger sur Pasquier a paru aussi dans la Galerie française, t. Ier \ M. Charpentier, dans son Tableau historique de la littérature aux quinzième et seizième siècles, page !!).'>, l'a noblement

S'iiv. (la première édition est de 1727, de 1752.

in-12). Il est question dans cet on- Yuy. l'indication de ces passage»,

vrage d'un Discours de Pasquier Sur la t. V, p. 658, I

manière de parler au roi : il s'ayit sans ' T. VI, p. 258-200.

doute du Pourparler du prince, dont le 5 Ou « Galerie française et Collection

titre a été mal compris et dénaturé. de portraits des hommes et des femmes

1 On sait que <e n'est' qu'an début qui ont illustré la France dans les

de son XV* volume que celui-ci sort seizième, dix-septième et clix-liuitiriin-

ilr.> origines de notre poésie Française : siècles,» 3; fol- iu-1", l'aris, 1821, 182.}.

pour ces origines, son guide principal La notice sur Pasquier est aecompa-

est Pasquier. gnée d'un portrait, fait, dit-on, d'aprè

■ f. XIV, p. 253-263 de redit, in 12 le tableau peint à Troyes ei

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