‹ Œuvres choisies d'Etienne PasquierChapitre 136 sur 176 · TÉMOIGNAGES DES CONTEMPORAINS SUN PASQUIER · texte numérisé non relu

TÉMOIGNAGES DES CONTEMPORAINS SUN PASQUIER

On sait que l'Histoire universelle du président de Thou ne s'étend que jusqu'à l'an 1607. Cet écrivain apprécie avec étendue ceux de ses contemporains qui se sont illustrés dans les lettres, mais ce n'est qu'en mentionnant leur mort : il n'a donc pas l'occasion de porter sur Pasquier un jugement définitif. Toutefois, en plusieurs occasions , et surtout lorsqu'il rapporte son plaidoyer contre les jésuites, il parle de lui dans les termes les plus avantageux '. Les suffrages dont Pasquier fut honoré dans son temps et peu après sa mort sont d'ailleurs innombrables : voici l'énuméralion des principaux, telle qu'elle est consignée dans l'importante biographie de Pasquier par Guillaume Colletet :

« Si je mettais ici, dit cet auteur, tous les témoignages favorables qu'une infinité de grands hommes ont rendus de sa vertu et de sa suflisance , il faudrait presque faire un livre aussi ample que le plus ample des siens. Je rapporterai seulement ici ceux dont il me souvient par mes nombreuses lectures : Pierre de Ronsard, qui faisait avec lui profession d'une amitié très-étroite et très-particulière, lui a adressé plusieurs vers que l'on voit dans ses OEuvres, comme, entre les autres, un madrigal du second livre de ses Amours, qui commence ainsi :

Hé n'est-ce mon Pasquier...

« Sur quoi le gentil Rémi Belleau, dans son commentaire sur ce même madrigal, dit que Ronsard l'adresse à Pasquier, fameux avocat au parlement , fort docte , de gentil esprit , et du nombre de ceux qui méritent bien d'entreprendre la charge d'une belle histoire, comme y étant des mieux versés de son siècle. Ronsard lui adresse encore une ode, que l'on peut voir dans ses ouvrages, et uu sonnet, dont voici le commencement :

Hé ! que me sert, Pasquier, cette belle verdure?

« Scévole de Sainte-Marthe, outre son éloge % l'a hautement loué par une belle ode latine et française. Louis Carondas ou Le Caron,

'Comme bonime public et comme la chambre des comptes , aux volontés

magistrat, il n'est pas mentionné moins arbitraires de Henri III : V. t. III de l'é-

liouorablement dans la plupart des dition précédemment citée, p. 613 , etc.

histoires de France , notamment dans : G. Colletet, qui a traduit les éloges

cille de Mézeray , qui rappelle avec deSainte-Marthe, a beaucoup profité du

de justes éloges, entre autres circon- livre de celui-ci pour son propre travail

stances glorieuses de sa vie, la coura- sur Pasquier, ^euse opposition qu'il fit, à la tête de

MBLtOGRÀPHlE. CCXXXÎlI

après l'avoir introduit dans ses divers dialogues, parle encore honorablement de lui dans ses poésies françaises, et spécialement dans l'ode qu'il intitula le Ciel des Grdees; et dans un sonnet il ne feint point1 de lui donner le titre de grand.

Le grand Pasquier, qui à Platon fait honte... »

« Nicolas Vignier, dans sa Bibliothèque histBrique; dullaillan, dans la préface de son Histoire de France et dans son avant-propos de l'État et succès [des affaires de la monarchie française; Belleforest, dans sa grande Histoire: Brisson, dans ses Formules ; Antoine Loisel; Choppin, dans sa Police ecclésiastique ; François Ilofman2 ; du Bellay; Nicolas Rapin, dans ses Poésies latines et françaises; Estienne Tabourot, dans ses Bigarrures3; Loy seau, de Peyrat, dans ses Pcêsies latines et françaises et dans son Histoire de la chapelle du roi ; Gilles Durant, dans ses Œuvres poétiques ; Pierre Pithou, dans ses Diversités latines et dans son Traité des Comtes de Champagne ; Jean Lemasle , dans ses Commentaires sur le bréviaire des nobles et dans ses Poésies françaises; Pierre de la Ramée ou Ramus, dans sa Rhétorique et dans sa Grammaire /rançaise ; Nicolas Richelet, dans ses Commentaires sur les odes de Ronsard; Claude Minos, dans sa préface latine sur les Emblèmes û'Alciat; Adrien Turnèbe '' et Odet son fils, l'un dans ses Poésies la- Unes, et l'autre dans ses Commentaires sur quelques èpitres de Ciceron qu'il lui dédie ; Louis et Scévole de Sainte-Marthe, en plusieurs endroits de leur Histoire généalogique ; André du Ghesne, dans son Catalogue des Historiens de France : Claude Garnier, dans ses Amours d'harmonie; Nicolas Bourbon, dans ses Poèmes latins; Antoine de Mornac, dans ses Illustres de la robe; Jean Bisly, dans son l tienne des Comtes de Poitou, et plusieurs autres excellents écrivains ont parlé de lui avec de grands éloges et ont rapporté plusieurs pas-

1 11 ne craint pas : cette acception aoscrit, que l'auteur avait l'intention

du verbe feindre a subsisté longtemps de marquer postérieurement les ouvra-

après Pasquier. On lit encore dans un ges où Pasquier était mentionné.

morceau imprimé en 1751 : a Nous ne 3 Nous ajouterons que Tabourot,

feignons pas d'avancer que des traduc- seigneur Des Accords, avait de plus

lions excellentes pour notre siècle cou- dédié à Pasquier le deuxième livre d'un

rent risque de ne l'être pas pour les autre ouvrage, Les Touches (1585),

siècles qui suivront, n Mémoires de avec des vers à son honneur.

l'académie des Inscriptions , t. XVI, • Déjà , par les Lettres de Pasquier,

p. 27. on apprend que Turnèbe plaçait son

• Un espace, laissé vide après Ce nom nom à côté des noms les plus glorieux

( I quelques autres, indique, sur le ma- de la France ; XXI, 3.

CCXXX1V APPENDICE.

sages de ses escnts pour appuyer et confirmer lests propres senti

méats. La Frcsnayc, dans son Art poétique, lui rend ce témoignage

d'honneur :

Et Pasquier a montré par ses vers excellents Que Pliœbus liante aussi les barreaux turbulents.

« Quant à nos bibliothécaires, Antoine du Verdict *, La Croix du Maine, l'auteur du Prompluairc a\cs Livres, George Drande, etc., il n'y on a pas un qui ne l'ait reconnu pour un grand ornement de sou siècle. Moi-même, dans mes premières poésies amoureuses, je lui adressai un sonnet pourChloris, qu'il reçut favorablement 2, comme une des prémices de ma jeunesse et un augure de quelque chose de mieux. Finalement, depuis peu, le père Pierre de Saint-Romuald, feuillant, dans son Trésor chronologique et historique , remarque le temps de sa mort et emploie deux ou trois de mes périodes pour le louer... »

Colletet rappelait enfla les justes éloges accordés à Pasquier « dans le fameux recueil qui parut à cette époque sous le.nomde lianutius Ghcrus 3 », et il concluait en exprimant par celte apostrophe chaleureuse les sentiments personnels d'affection et de reconnaissance qu'il lui avait voués : « Pour récompense de tant de bons offices que j'ai reçus de ton humanité et de la civilité, puisse la belle àme triompher éternellement dans le ciel , et vivre encore avec honneur sur la terre, par tes doctes ouvrages; puissc-t-elle voir les écrits injurieux de tes adversaires avorter dès leur nais sauce ; et toutes les fois que tu seras assailli , puisse naître ex ossi- Ims ultor qui soutienne puissamment la parti de l'innocence violée et de la vertu combattue! »

On peut ajouter à ces témoignages celui de Sauvai, presque sou contemporain , qui parle ainsi de lui, Histoire et Antiquités de Pans, t. I, p. 410 : « Il était en singulière estime, à cause de son grand savoir, de sa fermeté inébranlable pour le bon parti et de son désintéressement; et l'on peut dire qu'il a servi d'exemple

1 On remarquera que dans la Biblio- de Juvigny, t, III, p. 526. thëgue de du Verdier il est en outre *U était tiré de ses Désespoirs amou

question d'un Etienne Pasquier signalé revus, et il est cité dans l'Histoire det

eomme auteur d'une traduction de Poètes français, àFarticl« Pasguier. quelques opuscules de Plutarque, ini- ' C'est l'anagramme sous laquelle

primée à-Lyou-, in-8°, 1546. C.elui-ei, Gruler {Janus Gtuteruê) a publié le

recteur de» écoles de loulians, n'a rien Deliciœ poetarum Gallerum (Franco-

• !e commun avec l'écrivain dont nous furli, 1609,3 vol. iu-IOj, que désigne

nous occupons : voy. l'édit. de Rigoley ici Gotletet.

ÏÎIBLlOGRAl'rflE. CCXXXi

aux gens de robe, en menant une vie telle que doit la mener un sage magistral, qui aime la justice. Son intégrité et l'amour ardent qu'il avait pour sa patrie lui firent entreprendre des affaires qui lui attirèrent des ennemis puissants et redoutables... »

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