CHAPITRE XXV
Des admirables exploits de guerre du grand roi Clovis; forlignement 3 de sa postérité ; et comment la couronne de France fut transportée de sa famille en celle de Charles Martel.
Clodion, deuxième roi des Français , mourant, laissa trois petits princes, ses enfants, Ranchaire, Renaultet Aulbert, sous la conduite de la reine leur mère; et, connaissant la faiblesse
dans le siècle suivant, qui voulut le craignit pour cette utile particule ,
frapper de discrédit et même en pro- dont il embrassa la défense ( c. Xiv). hiber l'usage. Car, nécessaire à notre ' Récompenses...
languelucideet logique, a résisté. Mais 2 C'est le chap. 1 du liv. V. Ce cha-
le mauvais goût et l'affectatiou qui le pitre d'histoire, remarquable par la sa-
proscrivaient faillirent un moment gesse et la haute" moralité de la pensée,
triompher, (jomberville, auteur d'un ne se recommande pas moins , en plus
roman qui eut de la vogue, malgré son d'an passage, par la vigueur de l'e.v-
ahsurdité, Polexandre, se félicitait pression.
de n'avoir jamais employé le mot car, :; ForH'iner, dégénérer de la vertu di
quoique, assure-t-on, il se trouve trois ses ancêtres ; action di
fois dans son livre. La Bruyère lui-même dégénérer.
DE LA, FBA.NCE. 151
du sexe de la mère et du bas Age de ses enfants, il leur ordonna pour gouverneur Méroïée, sien parent, grand capitaine, lequel, prenant cette occasionna son avantage, se fit proclamer roi des Français : de manière que la pauvre princesse fut contrainte de se blottir avec ses enfants dedans quelques villes du pays-bas, conquises par le feu roi son mari, où ils prirent le nom et titre de rois de Cambrésis, Tournay et Cologne, mais au petit pied ; titre qui ne leur fut envié par Mérovée, comme celui qui, pour avoir les forces en main, aspirait à plus bauts desseins, se promettant de s'babituer avec les siens à bonnes enseignes dedans le pays de la Gaule, comme il fit. Ce prince se trouva si brave guerrier, que de lui la première famille de nos rois fut appelée Mérovingienne , et eut pour son successeur Cbildéric, son fils, père de notre grand roi Clovis, qui arriva à la couronne âgé seulement de quinze ans. Et dès lors, par un fort instinct de nature qui le poussait au fait des armes , il commença de nourrir de grandes ambitions et espérances en son âme : en quoi il ne fut aucunement déçu de son opinion.
Les Pvomains avaient souvent barcelé par guerres les Germains , depuis appelés Allemands ; toutefois n'y avaient jamais su bailler atteinte a point ', quelques bypocrisies dont les empereurs voulussent revêtir de fois à autres leurs grandeurs, se surnommant tantôt Germaniques, tantôt Allemaniques 2, comme s'ils se fussent rendus maîtres et seigneurs de leurs pays : dont toutefois vous n'en trouverez aucune remarque précise dedans l'ancienneté. Au contraire, jamais Auguste, premier empereur, ne reçut telle écorne 3 et affliction en son esprit , que quand Varus •*, son lieutenant général en la Gaule, perdit trois légions romaines contre le Germain. A quel propos tout ceci? pour vous dire que ce grand trophée était par les cieux réservé à notre Clovis, lequel, en la journée de Tolbiac, obtint
1 Us n'avaient jamais su leur porter Voy, sur ce fait Suétone, ' te d'.lu<just<\ (le coup décisif... cliap. XXIII; et Velléius l'atcrculus, 11,
2 V. Agutbias, ttîstop'e (le Justinien, i.\ II, qui ne dit pasque Varusfût lieule- I, ni. nant général dans la Gaule, niais bien
' Kcbec. qu'il commandait eu Germanie : Cum
' Les éditions précédentes portent exercitui q'ii erat in Germapia prteet v.nenus , ce qui est évidemment fautif, ici. Cf. llorus, I V, xn.
i>'2 RECHERCHES
une si sanglante victoire contre eux , que depuis il leur fut presque impossible de se relever; et furent contraints d'avoir recours à Théodoric, roi des Ostrogoths, dedans l'Italie, qui se rendit intercesseur pour eux , par les œuvres " de Cassiodore , et obtint pour eux une partie de ce qu'il désirait : s'estimant cette province très-heureuse d'être tributaire de ce grand roi Clovis. Au regard de la Gaule, elle était, sur l'avènement de ce prince, commandée par quatre diverses nations : l'Aquitaine , par le Visigoth; le Lyonnais , qui n'était de petite étendue , par le Bourguignon ; la ville de Soissons avec ses dépendances et appartenances, par le Romain ; et le demeurant , par les Français partialisés en deux ligues , l'une des Mérovingiens qui avaient la plus grande part au gâteau, l'autre des Clodïonistes qui avaient la moindre. Et tous les peuples y habitant étaient gouvernés par trois diverses religions ( permettez-moi, pour m'expliquer, d'user de ce mot, encore que des trois il n'y en eût qu'une qui méritât d'être nommée religion), la catholique, l'arienne et la païenne. La catholique était, d'une longue main et ancienneté, exercée par l'ordinaire des prélats et du commun peuple de la Gaule; l'arienne, par les princes visigoths et bourguignons , qui diversement affligeaient leurs sujets sur ce sujet, étant par ce moyen plus craints qu'aimés; la païenne , par les Français , tant de l'un qne de l'autre parti. Il fallait que notre Clovis , auquel les mains démangeaient, eut des prétextes colorés * pour attaquer les princes de ces nations. Ces prétextes lui manquaient, hormis contre ceux qui étaient les moindres en puissance , je veux dire les princes issus de Clodion. Nos anciens évêques, abbés et religieux , qui prirent la charge de notre histoire , nous représentent Clovis pour un prince accompli de toutes les pièces qu'on pouvait désirer en un grand guerrier : chose très-vraie. Ils y ajoutent une grande dévotion, dont je douterais, n'était que je ferais conscience de démentir la vénérable ancienneté. Bien dirai je (et je supplie le lecteur de le prendre de bonne part ) que dedans sa religion il y avait beaucoup du sage-mondain 3 et de
1 Par entremise... 3 De sagesse mondaine, c'est-à-dire
' JtLausibles, spécieux . d'adresse et de dehors. Sogre-wii
l'homme d'État , comme ses effets nous en portèrent témoignage.
Étant nourri en l'idolâtrie païenne, il fut souvent prié, sommé et sollicité par la reine Clotilde, sa femme, de vouloir, pour le salut de son Ame, épouser la religion chrétienne ; mais quelle des deux , de la catholique ou arienne ? C'est en quoi je suis empêché ', car je ne trouve point être expressément spéciflé par nos historiographes laquelle des deux était par elle embrassée ; et ce qui m'apprête encore plus à penser, est que je la vois, dès sa naissance et enfance, nourrie par le roi Childéric son père et la reine sa mère, et, après leurs décès, par le roi Gondebaut son oncle, princes et princesses bourguignons, infectés de l'hérésie arienne. Je ne veux pas vous débiter cette opinion pour véritable : jà à Dieu ne plaise que je croie la reine Clotilde avoir été autre que catholique ! ains me suffit de vous dire que Clovis , se trouvant pressé par son ennemi allemand en la bataille de Tolbiac, ayant fait vœu, en cas qu'il obtint la victoire, de se réduire au sein de notre Église, il se choisit pour parrain et instructeur de sa conscience saint Remy, archevêque de Reims (prélat très-catholique entre tous les prélats de la Gaule ) : soit qu'il fût à ce poussé par la volonté expresse de Dieu , comme il nous est plus séant d'ainsi le croire ; ou par un trait de prudence humaine , n'étant pas un petit secret aux princes nouveaux conquéreurs , ou qui projettent de conquérir, de symboliser en religion avec leurs sujets; tant y a que, sur ce pied de la religion catholique, il serait malaisé de dire combien il se donna d'avantage : car premièrement , ce lui fut beau prétexte de guerroyer le Bourguignon , puis le Yisigoth , pour extirper l'arianisme de la Gaule ; et en après , un merveilleux avancement contre eux, qui possédaient les biens, terres et domaines de leurs royaumes , mais non le cœur de leurs sujets. Et Clovis tout
était fort de mise au seizième siècle, et dains que des gens de bien. » Même
c'est en particulier une expression fa- liv., cbap. xliv, il appelle Loyola
Torite de Pasquier. On la trouve claire- « l'un des plus sage-mondains et avisés
n.eat expliquée au cbap. lv du liv. III: de notre âge. »
» Saint Hiérosme se plaignait qu'es ' Embarrassé : c'est ce que jo ne sau-
élections de prélats on s'amusait quel- rais dire. pins ii choisir des sages-mou-
154 RECHEHCHES
au rebours, auparavant ses victoires , était entré en pleine possession et jouissance des cœurs, tant des ecclésiastiques que du demeurant du peuple gaulois.
Ayant premièrement exterminé le Romain , cofctre lequel la haine commune des nations étranges * combattait, puis le Yisigoth', rendu le Bourguignon tributaire, bref, réduit sous son obéissance toute la Gaule , depuis appelée la France , fors et excepté quelques petits échantillons qui étaient sous la domination des successeurs de Clodion , Clovis n'avait aucun sujet de les envahir, tant pour le peu de pays par eux possédé , que pour n'avoir jamais reçu d'eux aucune injure ; au contraire, avait été secouru parRagnacaire en la bataille contre Siaisre 2, Romain , et par Sigebert en celle de Tolbiac , où il avait été fait bourgeois3, tous deux petits-fils de Clodion.
Toutefois, prévoyant que, par traite <* de temps , la mémoire du tort qui leur avait été fait par Mérovée, son aïeul, se pourrait ramantevoir 5 contre sa postérité , il se voulut lâcher toute bride, et sans marchander donna ordre de faire assassiner Ragnacaire, Cacaric et Sigebert, ses parents, rois issus de l'estoc 6 et ligne de Clodion ; voire ne douta de mettre en œuvre la main du fils contre le père : car il est certain que par son conseil Sigebert, roi de Cologne , chassant , fut assassiné par l'entremise de son fils unique, à l'instigation de Clovis. et le fils tôt après, par gens attitrés i par Clovis. Je ne vous dis rien, en tout ce narré, que je ne le tienne en foi et hommage de notre Grégoire, évêque de Tours, au deuxième livre de notre histoire, chapitre quarante, quarante et un, et quarante et deuxième ; cruautés certes barbaresques et indignes d'un chrétien, par le moyen desquelles il s'impatronisa 8 du peu de pays que ces pauvres rois possédaient: chose qui méfait presque croire que quand , recevant le saint sacrement de bap-
1 Etrangères... cours, espace; on dit encore : J'ai fait
2 Syagrius... une bonne traite (j'ai parcouru un long
3 Le maître : on a pu remarquer espace de chemin ).
déjà cette familiarité de l'expression, •' Pourrait être rappelée... que Pasquier semble se plaire à faire 6 La race... contraster avec la grandeur de la peu- ' Apostés... sée. s 11 se rendit maître...
1 Traite (de trahere) désignait suite, •
DE LA FBANCE. lô.j
lème, il se fit catholique et non arien, il y avait en lui plus de la sagesse mondaine que de la dévotion , pour la raison par moi ci-dessus touchée.
En ces grands coups d'État, tels que ce dernier de Clovis, il faut tout ou rien , et non y hesogner par moitié, comme ce grand roi avait fort bien reconnu. Car ayant nettoyé le pays de ces trois princes, qui, auparavant leurs meurtres , étaient autant d'épines à son opinion, il commença en communs propos de condamner ses soudainetés1, comme s'il en fut venu au repentir , disant que par ces conseils précipités il s'était forclos 2 de tout confort et aide qu'auparavant il pouvait tirer de ses propres parents, en cas de malheureux succès contre ses ennemis : protestation par lui faite , non à autre intention (dit Grégoire ) que pour attraper ceux qui, par une sotte créance, eussent voulu, sous cet appât, être enregistrés dedans ce calendrier.
Plus grand et sage conseil ne pouvait être par lui pris, selon le monde , pour la conservation de son État , que cestui, si vous en parlez à Machiavel et ses écoliers. Or, voyez, je vous prie , comme la sagesse du monde est une vraie folie envers Dieu. La postérité de Clovis venant par succession de temps à forligner, les uns par la faiblesse de leur sens, les autres par la faiblesse de leurs ans , les maires du palais ayant peu à peu empiété l'autorité royale , pendant que nos rois par leur fétardise3 se blottissaient en leurs sérails, pour donner lieu à leurs voluptés, Dieu voulut que la mairie, après avoir changé de diverses mains aux dépens du sang d'uns et autres, aboutît finalement en Pépin , rejeton de la famille de Clodion ; et voici comment. Le troisième des enfants de Clodion, nommé Aubert, eut un fils du nom de Waspert, duquel naquit Ausebert, seigneur en partie de la Mosellane^ ; lequel voyant de quelle façon ses cousins étaient malmenés par Clovis, pour échever 5 ce coup, s'enfuit à Rome, où, étant reconnu pour prince du sang des Français, fut par le roi Théodoric fait sénateur de Rome.
1 violences... i Pays arrosé par la Moselle.
- Privé, frustre... Éviter, parer : ce verbe, remarque
3 Nicot écrit faitardise : somnolence, Nicot, «vient de cavere, per prothe-
létbargie, lacbeté. sim, »
loC> RECHERCHES
La fureur des meurtres éteinte par la mort de Clovis , ce pauvre prince fugitif trouva moyen d'être réintégré en ses biens. Et lors, quittant la qualité de roi, cause de la ruine des siens, se contenta de celle de sénateur romain, qu'il continua jusques au dernier soupir de sa vie. Cestui fut père d'Arnoul , grand personnage au pays d'Austrasie, tant en bonnes mœurs que doctrine, précepteur du roi Dagobert pendant son bas âge, et depuis maire de son palais; et sa femme étant décédée, fut, pour sa prud'hommie ■ et sainteté, fait évêque de Metz. C'est celui dont la postérité a canonisé la mémoire, et en l'honneur duquel fut fondée l'abbaye de Saint-Arnoul, dedans la ville de Metz. De son mariage naquit Ansegise , qui épousa Becca , fille unique de Pépin le Vieux, grand seigneur dedans le pays d'Austrasie. Tous ces seigneurs, selon les occasions et rencontres , furent ores 2 maires du palais d'Austrasie, où ils avaient pris leur naissance , ores de la Westrie, que nous appelons la France, ores de l'un et de l'autre royaume. D'Ausegise et Becca naquit Pépin le Gros, prince sage et de valeur, qui, après avoir couru diverses fortunes, fut enfin maire des deux royaumes , au gré et contentement de tous les peuples.
Cestui ayant par son testament ordonné que Dreux, son fils légitime, engendré de Plectrude son épouse, fût maire du palais de notre France, et Charles Martel, son fils naturel, fût maire du palais d'Austrasie; Dreux étant allé de vie à trépas, délaissé Théodoric son fils, jeune prince, Plectrude, son aïeule, donna ordre de faire mettre en prison Charles Martel dedans la ville de Cologne, comme n'étant raisonnable qu'un bâtard succédât à si grande charge ; et adonc elle tint seule quelque temps le gouvernail de toutes les affaires des deux Frances : histoire vraiment piteuse et lamentable, qui nous montre au doigt et à l'œil de quel poids était lors la majesté de nos rois, puisque une dame, veuve d'un maire du palais, non mère de roi, prit la hardiesse, sous le prétexte d'un enfant son petit-fils, de vouloir commander à la France.
C'est pourquoi, premier que de passer outre, je vous prierai me permettre de faire ici cette entreligne, pour puis reprendre
' Probité, prudence... ■ Tantôt. .
à mon point le fil de cette généalogie, et y mettre fin. Les affaires de notre couronne étaient lors arrivées en tel désarroi, que les maires du palais , n'ayant corrivaux , laissaient leurs mairies à leurs enfants , comme seigneuries héréditaires , ou bien en disposaient par leurs testaments comme il leur plaisait, sans attendre le gré de leur roi ; et leur suffisait qu'ils eussent un roi à leur poste ', qui leur servit de prétexte à l'exercice de leurs mairies, c'est-à-dire de leurs volontés. Après le décès de Clovis et Clotaire Ie' , vous voyez, par deux diverses successions, notre royaume avoir été partagé en quatre lots, Paris, Orléans , Soissons et Metz. Et lors la proximité du sang n'empêchait qu'il n'y eût guerres civiles entre les frères , oncles et neveux , par une convoitise détestable d'enjamber les uns sur les autres ; mais depuis que la fainéantise commença de se loger en leurs âmes, point ou peu de guerres entre eux, dedans nos anciennes histoires , mais prou 2 entre les maires du palais , pour leur dignité. La plupart des princes du sang étaient nourris à petit bruit près des rois, ou es moineries, pour en être tirés comme d'un réservoir par les maires du palais, lorsque leur garant leur faillait par mort, et qu'il était besoin d'assurer leur grandeur par un nouveau masque; voire supposaient quelquefois un faux roi , sous l'autorité duquel ils exerçaient leurs tyrannies.
Il fallait que je donnasse air à ma juste douleur par ce discours. Or, pour reprendre la suite de mes premiers arrhements, la régence de Plectrude ne dura pas longuement : car Charles Martel, ayant trouvé les moyens de sortir de prison, lui qui fut un autre Clovis en prouesse dedans sa famille, sut si bien ménager sa fortune , tant contre cette princesse, et son fils que par deux fois contrôles Sarrasins, et en après contre Eudes, duc d'Aquitaine, puis contre les Sèves et Saxons, que non-seulement la qualité de maire du palais lui fut accordée , sans contrôle d'aucun seigneur; mais, qui plus est, en plein parlement et assemblée des premiers seigneurs , fut déclaré prince de toute la France. Et de fait, lui étant décédé, ores que non roi, fut enterré en l'église Saint-Denis , tombeau vénérable et ma-
1 Goût, convenance... > Beaucoup.,
l.">8 RECHERCHES
gnifique de nos rois, et sou effigie honorée d'une couronne , tout ainsi que s'il eût été roi.
Il mourut ayant deux enfants grands guerriers , Carloman et Pépin, délaissant, par son ordonnance et dernière volonté, à l'aîné la mairie de l'Austrasie, et au puîné celle de France : frères qui par un vœu commun , et dévotion pour le soutènement de l'État, firent plusieurs beaux exploits d'armes. Vrai que, quelques années après , Carloman se fit chevalier de Dieu, et se rendit moine de l'ordre de Saint-Benoît en Italie, au mont Cassin; demeurant par ce moyen tout le maniement des affaires, tant delà France que de l'Austrasie, par devers Pépin son frère, qui leva à la fin tout à fait le masque , et sut si bien jouer son rôle, ayant pour protecolle ' le pape Zacharie, 'qu'il confina le roi Childéric, son seigneur (dernier de la lignée de Clovis), en une vie monastique, et tout d'une suite fit tomber la couronne de France entre ses mains. Or, en lui prit commencement la royauté de la seconde famille de nos rois, depuis appelée Carlienne2, en commémoration de Cbarles Martel, premier fondement de cette grandeur, tout ainsi que la première avait été nommée Mérovingienne, du roi Mérovée.
Je vous ai étalé en petit volume cette grande et longue histoire, ainçois 3 tragédie d'octante-huit ans, pour vous montrer combien était de grand sens notre roi Clovis , quand il prévit que la lignée de Clodion pourrait à la longue supplanter la sienne, et, pour y obvier, fit assassiner trois roitelets de cette famille, par moi ci-dessus touchés. Toutefois, il n'y put si bien pourvoir, que sa prévoyance ne fût rendue illusoire par un juste jugement de Dieu. Ce qui fut par lui exécuté contre les princes Clodionistes fut un grand coup d'État; et ce qui advint à Pépin , un grand coup du ciel : belle leçon certes à tous princes pour leur enseigner de ne séparer les affaires d'Etat d'avec celles de Dieu, et tous les miracles dont nos moines ont gratifié la mémoire de notre Clovis, particulièrement cestui 4.
1 On dirait aujourd'hui: pour corn- l'aider s'il manquait de mémoire.
père. Protecolle, protocolle ou portecol- îCarlovingieniie...
le, c'était, au propre, comme l'explique 3 Ou plutôt...
Nient, celui qui se tenait derrière un '' l'hrase obscure et incomplète, c|ue
harangueur ou un comédien , pour je trouve ainsi écrite dans toutes les
Non toutefois qu'il taille rejeter ce qui en est écrit; car Dieu souvent exerce ses miracles, non en considération des rois, ains du royaume qu'il favorise. Ainsi vit-on un Saiil, fils de Cis , meneur d'ânes , prophétiser entre les prophètes , quand Dieu l'eut destiné à régner sur le peuple d'Israël. Ainsi Vespasian fit des miracles en Palestine, après qu'il eut été nommé empereur par le sénat, ores qu'il ne sût cette qualité lui avoir été baillée. Et n'est pas hors de propos de croire que Dieu fit le semblable en celle « dont nous avons ci-dessus parlé, Dieu voulant, par son caractère de baptême, exalter les rois de France en grandeur.