POETE FRANÇAIS ET LATIN. CXXV1I
Louis XIII : ce jeune homme lui avait adressé des vers flatteurs , dont il témoigne ainsi sa reconnaissance. Quelques-unes sont aiguisées contre des poètes contemporains. Dans deux dialogues, dont le Démocritique et le Cosmophile étaient les interlocuteurs ', Jacques Tahureau « avait repris les vices d'un chacun fort àprement. » Un trait railleur et sensé avertit ce présomptueux confrère d'être plus charitable :
Orania qui ridet, ridetur ab omnibus ipse2.
Pasquier frappait encore plus haut. Dans les conseils du roi siégeait le chancelier René de Birague 3, accusé par l'opinion d'avoir été l'un des instigateurs du massacre de la Saint-Barthélémy : l'ironie mordante de l'auteur n'épargne pas ce favori de Catherine de Médicis. Comme il avait, lui dit-il, usé souvent avec succès de la saignée dans ses maladies, il avait jugé, par analogie sans doute, que dans les maladies du corps social la saignée était le plus actif et le plus efficace des remèdes s; de là le conseil que le poète lui donne en finissant :
Vis tibi, vis nobis, sumraam instaurais salutem ? Vis itidem patriae? fac tibi quod Seneca.
A chaque occasion qui froissait son patriotisme, le malin Pasquier, en se couvrant du voile de l'anonyme, mais sans appréhender beaucoup d'être reconnu , lançait ainsi quelques-unes de ces ingénieuses satires qui semblaient l'expression du bon sens public. Henri III, à peine revenu de Pologne, avait eu à combattre son frère , le duc d'AIençon , et son beau-frère le roi de Navarre, chefs de deux partis opposés , réunis contre lui. Toutefois , au lieu de songer aux affaires qu'il avait sur les bras, ami des lettres fort mal à propos, il traitait à certains jours des règles de la poésie et du beau langage avec Bonsard et d'autres membres de la Pléiade; il prenait en outre des leçons de langue latine0. L'épigramme suivante relevait ce choquant anachronisme :
Gallia dum passim civilibus occiditarmis
Et eiriere obruitur semisepults suo, Grammaticam exercet média rex noster in aula,
Dicerejamque potest vir generosus: amo.
Deelinaro cupit : vere déclinât, et iile
Rex bisqui fucrat, fit modo grammaticHS.
1 K)i;(i, iii-80. dînai, eu 1583.
/>((/., III, 59. ; Lettres, XIX, 11.
1 1Ô73-; né eu 1507, il mourut car- ' ibid.