POETE FRANÇAIS ET LATIN. CXX1X
bres devenaient le sujet de petits vers musqués. En 1574 le seigneur de la Mole, courtisan trop aimé des dames, fut, par suite d'une intrigue de palais, exécuté à mort. Là-dessus Pasquier provoque Marillac à se jouer sur son nom, conforme à ses mœurs'. Lui-même se mit àl'œuyre, et sa pièce, dit-il avec complaisance , circula bientôt de main en main : on l'admirait sans en connaître l'auteur. Grâce à cette rivalité domestique et à la séduction des éloges qu'il recueillait de toutes parts, « son cœur aiguisait son esprit, son esprit sa main , et sa main sa plume. »> Ce passe-temps était pour lui ce qu'une partie déprime et de trictrac est pour les autres; et ses épigrammes, à défaut de ses causes, lui servaient de réveille-matin. Ainsi se formèrent peu à peu les recueils « dont il lit présent au public 2. »
On a dit avec quel empressement celui des Epigrammes fut reçu. Dans cet âge d'or delà poésie latine, ce livre de Pasquier fut, au jugement de ses contemporains, l'un de ses plus beaux titres de gloire 3. Quelques-uns de ces vers eurent même à l'étranger une ce. lébrité incroyable 4. Une circonstance qui en accrut encore la vogue, c'est que les lecteurs joignaient volontiers, par une disposition commune à l'égard des œuvres de cette nature, « leurs propres imaginations à celles de l'écrivain 5. » En d'autres termes, ils croyaient découvrir sous les mots des sens cachés, auxquels lui-même n'avait nullement songé ; et chacun, au gré de son caprice , multipliait les allusions. Par là, comme le remarque naïvement Pasquier, « on lit tort à son innocence : » mais sa renommée y gagna ; et promptement consolé, il composa là-dessus une nouvelle épigramme6.
Le genre des Tombeaux ou des ÈjHiaphcs jouissait au seizième siècle d'autant de faveur que celui des Épigrammes : tous les au-
1 Lettres, VIII , 1 ; XIX, II. Sur La meneaut par cette strophe : Mole, consulter le Journal de l'Etoile, Contraires pnucis epigramma vrrbis,
t. 1, p. 06 de l'édition de la Haye, 1744; Docte paschasi, neque te Catullus,
l'écrivain cite un vers qui caractérise Bilbilis nec te sobolrs faceto
sa vie et la faiblesse de ses derniers Carminé vincet.
moments : Scevolœ Samniarthani Poëmata, Lule-
M s vit:, fuit, mollior Intérims . tiae, 1629, in--l°, p. 115 : cf. G. Colleté t,
Par la suite la Mole tut réhabilité, en qui vante encore « l'urbanité, le sel cl
même temps que l'amiral de Colïgny, le génie » des épigrammes de Pasquier,
« par une confusion injurieuse, » re- -lit. poétique. Traité de l'épigranrme,
marque M. de Chateaubriand, dans ses c. v.
Études historiques, édit. de Lefèvre, *M. Dupin, Éloge do Pasquier, p. 60, 183S, p. 725. •'• Lettre inédile déjà citée, du 21
'-' Lettres, vill, 1. mars 1582.
8 Vny. une ode latine de Sainte-Mar- 6 Ibid. tbe en l'honneur de Pasquier et coin-