CXXX ETIENNE PASQUIER
leurs du temps s'y sont exercés à l'envi. « S'il meurt quelque excellent personnage, disait Ronsard au poète épique, tu n'oublieras son épifaphe1. » Ce précepte du maître rappelle un usage alors consacré, dont la mort de Pasquier nous a déjà offert un exemple : la perte de tous les hommes connus donnait naissance à une multitude d'épitaphes en vers 2. Pasquier, en reculant bien loin dans le passé, rédige celles d'Alexandre le Grand, de Pompée, de César et d'autres héros de l'antiquité grecque et romaine. Il se résume d'ailleurs sur chacun d'eux en très-peu de verset quelquefois même en un seul distique. On comprend ce que cette poésie sans émotion doit avoir de factice et de frivole. Une partie plus intéressante sans doute est celle qui concerne les contemporains célèbres , Érasme, Budé, François et Henri de Guise, Coligny, Turnèbe, l'Hôpital, Ramus , Ronsard, Christophe de Thou, Biron , Henri IV3: mais là encore le ton manque de vérité ; et lors même que , « la larme à l'œil, » Pasquier consacre deux épitaphes à sou intime ami P. Pilhou4, il ne peut échapper dans ce genre faux à la contagion du bel esprit : sa douleur ne s'exprime qu'avec effort et par pointes.
Les Portraits se rapprochent beaucoup des Épitaphes : ils sont dédiés au chancelier de Chiverny. C'est aussi une revue des principaux personnages anciens et modernes : l'auteur y esquisse leur physionomie en quelques traits rapides. On voit poser tour à tour Périclès, Aristide, Thémistoclc, Romulus, Camille, les premiers écrivains d'Athènes et de Rome, la série complète des rois de France, les illustrations du seizième siècle, le tout un peu confusément. Justinien y figure en compagnie de Buchanan et d'Alciat ; Catherine de Médicis à coté de Jeanne d'Arc. Le hasard produit seul les contrastes. Rien, du reste, d'expressif et de puissant dans ce style péniblement affecté.
Ces opuscules, de si peu de valeur pour notre époque, ne laissèrent )ias que d'obtenir un grand succès du vivant de Pasquier, et ne lui firent guère moins d'honneur que ses Épigrammes auprès des jugesles plus compétents. Sainte-Marthe, Florent Chrestien, Nicolas Rapin, Sebillet, parmi plusieurs poètes accrédités, leur assignèrent un rang fort élevé sur le Parnasse latin du seizième siècle. Tout
' Préface de la Franciade : voy. de a Voy. dansles Éloges de Sainte-Mar-
nombreuses pièces de ce genre clans la the celai «le d'Aorat, etc.
grande édition des œavres de Ronsard, v"\., à rc sujet, Lettre*, XX, 2.
i. Il, p. 1407-1163; cf. les Tumuli tic ' T. Il des OEuvres, col. 933.
l'Hôpital, etc. 'Voy. ces témoignages recueillis