‹ Œuvres choisies d'Etienne PasquierChapitre 83 sur 176 · POETE FRANÇAIS F.T LATIN. CXL1H · texte numérisé non relu

POETE FRANÇAIS F.T LATIN. CXL1H

borna point cette joute littéraire : mademoiselle des Roches voulut honorer, en leur répondant, les poètes chanté-puce. Il y eut allusions nouvelles, compliments, traductions, répliques, et force sonnets, qui tirent de ces grands }Ottr$ de Poitiers un des événements du siècle. Pasquier lui-même ne dut guère moins de renom à cette circonstance frivole qu'a ses travaux les plus sérieux ; témoin cet éloge dont il fut salué ' :

Cygne gentil des volages amours,

Lorsque, plus gai, de ta gorge divine,

Tu nous chantas la puce poitevine,

Pour mieux t'ouïr, le Clain retint son cours.

Cygne sans tache, honneur de nos grands jours ,

La Seine aussi pour l'entendre s'incline.

Au milieu de ces jeux folâtres, une pensée triste se mêle toutefois

au sourire lorsqu'on lit ces vers à la fin de la pièce de Brisson :

Na5, mihi fatales Lachesis cum neverit annos, Optarim tumulo tain celehri ossa tegi !

On se reporte involontairement au souvenir du sort tragique qui attendait ce magistrat : notre imagination nous le montre mourant par les mains des ligueurs, toujours dévoué aux lettres, comme il avait vécu, et ne laissant échapper dans son supplice, pour parler avec un contemporain1, ni regret ni murmure , mais seulement une crainte : « c'était que son livre qu'il avait commencé fût brouillé, qui était une si belle œuvre, et qu'il recommandait à un de ses amis. » L'héroïne, ou, comme le dit Dreux du Radier 3, la tenante de ce tournoi, où tant d'illustres champions « étaient venus rompre leur bois^, » Catherine des Roches, devait elle-même périr sous peu d'années, victime de la peste qui désola en 1587 sa ville natale5. Lue circonstance touchaute de son trépas prématuré, ce fut qu'elle succomba le même jour que sa mère : par là son vœu le plus cher fut accompli. Jamais, malgré la séduction de partis brillants, elle n'avait voulu se séparer de sa mère, qui, demeurée veuve dès sa jeunesse, avait concentré sur elle toutes sesaffections. Semblables parla beauté, par la vertu et l'éclat des talents de l'esprit'', elles avaient suffi a

1 T. Il des OEuxres de Pasquier, col. Radier, t. 11, p. 438.

1012. 8 Leurs œuvres poétiques ont été

7 Palma Cayet : voy. sa Chronologie plusieurs fois réunies. Voy. la Biblio-

novenaire, dans la Collection de Me- thèque de La Croix du Maine : suivant

maires publiée par Michaud et Poujou- lui , la France devait être tiére d'avoir

lat, t. XII, p. 329. produit « ces deux perles du Poitou ».

BJMiotkèque historique et critique au Cf. Goujet, t. XIII, p. 256 et suiv., et

Poitou, Paris, 1751, in- 12, t. Il, p. 132. l'ouvrage cité de Dreux du Radier, t. Il,

i Lettres, VI, 7 p. 128- 144.

■ Voy. la Bibliothèque de Dreux du

CXLIY ETIENNE PASQUIEE.

leur bonheur mutuel ; et longtemps après leur mort Sainte-Marthe regrettait amèrement l'époque où leur maison, comme une ataùè-

m\c d'honneur, s'ouvrait à tous ceux qui cultivaient les lettres, ou si souvent il avait été heureux d'entendre Catherine, alors que, plus belle de son émotion, elle récitait les vers que sa mère avait composés1.

Quels que fussent les entretiens spirituels et enjoués dont il avait joui à Poitiers, loin de Paris et de sa famille, Pasquier avait eu des heures d'ennui et de regret : les magistrats des grands jours ne pouvaient guère y échapper dans ces sortes d'exils z. C'est ce qui explique les distractions qu'ils cherchaient à se ménager par des jeux d'esprit, tels que la jmee, ou tels que la main, qui naquit en 1 583 des grands jours de Champagne. Dans la ville de Troyes, où ils se tenaient, Pasquier s'était fait peindre par un Flamand d'un rare mérite 3 ; mais, averti trop tard de le représenter lisant, l'artiste ne lui avait pas donné de mains. Ainsi terminé, la veille de la Saint- Michel, le tableau fut exposé avec ces deux vers, que Pavocatpoëte avait placés au-dessous^ :

ISulIa liic Pasehasio manus est : lex Cincia quippe Causidicos nullas sanxit haberc manus5.

Là-dessus, grand concours de passants; chacun de s'égayer sur le portrait et sur le distique latin : on reconnaît dans l'un le visage de Pasquier, dans l'autre son esprit; et chacun aussitôt , « comme si la trompette eût sonné », de donner carrière aux saillies de son imagination6. Les épigrammes circulent; aux épigrammes succèdent, dans toutes les langues, des sonnets, des élégies et jusqu'à des odes. D'après le nombre de ces morceaux , qui ne s'élève pas à

1 Voy. dans les Eloge, de Sainte- de l'ordre ées avocate, par M. Boucher

Marthe celui des dames des l'voches. d'Argis,c. IV, à. latin, et c. XVII I. Cf.

Page 1