CX LU ETIENNE PASQU1ER
T royes produisirent les opuscules badlasdelaPuce.tldelaMain, eu rieux témoignages de l'esprit naïvement maniéré du seizième siècle. A cet âge, où quelques vers goûtés, répétés, prônés, donnaient la réputation de poète, chacun y prétendait l ; le principal mérite semblait être la difficulté vaincue : delà ces bizarreries dont la vogue peut nous surprendre. Parmi les chefs-d'œuvre de la poésie latine , alors si cultivée, Loisel mentionne une énigme sur une chandelle2. Un autre contemporain 3 cite dans ce genre une invention qu'il qualifie d'admirable : c'était l'apologie du loup marin. A quelle occasion tant de beaux esprits s'escrimèrent-ils sur une puce ? l'asquier nous l'apprend dans une lettre qu'il écrit à P. Pithou^. Arrivé en 1579a Poitiers, il avait tout d'abord rendu visite aux célèbres dames des Roches, l'honneur de leur ville et de leur sexe. l;ne puce aperçue pendant la conversation sur le sein de mademoiselle des Roches, tel fut le sujet d'une multitude de petites pièces que Pasquier réunit ensuite, et qu'il dédia au président des grands jours, Achille de Harlay. Dès l'avant-propos il annonçait la gaieté facétieuse du recueil : « Tu en riras, je m'assure, disait-il au lecteur ; aussi n'a été fait ce petit poème que pour te donner plaisir. » Le premier, avec la jeune fille qui avait acceptéledéli, il s'était hâté de chanter « cette puce très-hardie et très-prudente à la fois , puisqu'elle s'était mise en si belle place et en lieu de franchise. » A cet exemple, tous les compagnons de Pasquier, piqués d'émulation,
pour se donner carrière
Voulurent exalter ce petit animal 5.
Bnsson , Loisel, Binet, Joseph Scaliger, Mangot, Chopin, Rapin, Odet Turnèbe6, entre beaucoup d'autres, le célébrèrent en français, en latin, en italien, en flamand, en espagnol. Mais làne^e
ce proverbe avait cours chez les Ko- connu, dit G. Colletct, par tous ceux
mains et chez les Grecs : Yoy. Pline, qui font profession de feuilleter les
Hist. nat., VIH, 16, et le dictionnaire bons livres de ce temps-là. » « Cette
de l'acciolati, t. I, p. 98. On sait que puce, dit aussi Garasse, Récit, des llech.
par ce motif les Romains s'abordaient V, 10, a tant couru et santé dans les
volontiersens'adressautcettequestion : esprits frétillante des Français, des ita-
Çuià novifert afrUa? liens, des Flamands, qu'ils en ont fait
1 l'asquier nous parle de l'un de ses un Pégase. »
sixains, que l'on avait vu entre les 5 Boileau a aussi composé une énigme
mains du pape Sixte-Quint, u qui en suruue puce. Ou se rappelle que Vir-
faisait grand cas : * Lettres, XIX, 11 gile n'avait pas dédaigné de chanter
2 Dialogue des ./vucats, p. 30i de un moucheron.
l'édition citée. 6 C'était le second dis d'Adrien Tur-
' Sainte-Marthe : vny« dans ses ÉlO ■ nébe : alors avocat, il fut pi us tard con,-
•ves.liv 11, celui de Jean de Goiris. scillcr nu parlement de Paris. 'VI, 7 ; « I,e sujet de In PltCC est