AVEC LES JESUITES. CLV
De ce côté, les lumières de l'assemblée étaient les cardinaux de Tournon et de Lorraine , l'un mêlé à toutes les grandes affaires du règne de François Ier, et que l'âge rendait désireux du repos ', l'autre qui aspirait à déployer ses talents et à consolider l'édifice ébranlé de sa fortune : tous deux dévoués à la société naissante, celui-là pour l'opposer à la puissance des religionnaires, croissant de jour en jour, celui-ci pour l'associer au succès de ses projets ambitieux. Grâce à leur protection , secondée par celle de plusieurs autres prélats , l'institut fut reçu le 15 septembre lôGl 2, non toutefois sans des restrictions considérables. La première condition imposée à »es membres était l'abandon du nom de jésuites. Le parlement n'apporta aucun délai à la vérification de ce décret : il approuva la compagnie, avec mention expresse des réserves faites à son établissement3; de plus il ordonna qu'elle fut mise en possession des sommes que l'évèque Duprat lui avait laissées, et que le collège qu'elle fondait fût appelé collège de Clermonl 4.
Restait h demander l'autorisation de l'Université pour y faire des leçons publiques : mais cette question , en apparence si simple , se compliquait d'un grand embarras. Les jésuites solliciteraient-ils cette permission comme séculiers : on pourrait alors leur contester la possession du legs de Duprat, qui avait prétendu concourir à la création d'un ordre religieux ; se présenteraient-ils comme réguliers : les statuts universitaires leur interdisaient, à ce titre, d'enseigner la grammaire , la rhétorique et la philosophie. L'éducation de l'enfance et de la jeunesse n'était donc plus entre leurs mains s. Ils esquivèrent la difficulté en s'abstenant de s'expliquer sur ce qu'ils étaient, et parvinrent à obtenir sans bruit, de la complaisance du recteur Julien de Saint-Germain , les lettres de scolarité qui leur étaient nécessaires c.
1 Voy. sur lui Pasquier, Recherches, agrandirent leur collège de Paris par
III, 44; Lettres, IV, 24. — Ou sait que l'acquisition de divers héritages. » — Ce
ce prélat, l'un des promoteurs les plus fut après une visite que Louis XIV y lit,
actifs de la renaissance française, avait en 1674, qu'il prit le nom de ce prime,
fait bâtir à Tournon, dans le Yivarais, qui l'avait eu effet appelé son collège :
un collège qui témoignait de son amour Voy. l'Histoire du Collège Louis-le-
pour les lettres et les sciences : il l'on- Grand (aujourd'hui le Lycée Descartes),
vrit bientôt uu\ pères de la société de depuis sa fondation jusqu'en 1830, par
Jésus. M. Emond, p. 134; cf. M. Troplong, Kit
1 Voy. l'acte du Colloque cité par pouvoir de l'État sur l'enseignement ,
M. Giraud dans son Introduction , d'après l'ancien droit public français ,
p. XXIII et XXIV. p. 236.
:1 13 février 1562. s Voy. Y Introduction de M. Giraud,
4 Depuis, collège de Louis-le-Grand . aux p. XXV, XXVI et XXVIII.
« Par la suite, dit lïlibien, Histoire de '• 19 février 1!J64. V. à ce sujet, Cré-
Paris, t. Ier, 2e partie, p. 1102, les jésuites vier, ouvr. cité, t. VI, p. 166.
clvi démêlés d'étienne pasqlier
Munis de cet acte, peu régulier, il est vrai, car le recteur l'avait accordé à l'insu de sa compagnie et sans que le greffier y apposât son contre-seing , les jésuites ouvrirent au public leur collège; et presque aussitôt, par un oubli singulier des clauses auxquelles ils s'étaient soumis, ils faisaient inscrire sur le portail de cet édifice : Collège de la société de Jésus. Comme si leur opiniâtreté eût lassé leurs adversaires, ils triomphèrent d'abord sans obstacle. Les disciples accoururent en foule pour recevoir les leçons de ces nouveaux mailres , la plupart fort habiles1. Ajoutons qu'un vif attrait de leur enseignement, c'est qu'il était gratuit, conformément a leurs statuts '. Une lettre écrite à un confrère de province par un jésuite du collège , peu après que les cours y avaient commencé, atteste que le nombre des maîtres était bien loin d'être en rapport avec celui des élèves 3. Ils remédiaient à cette insuffisance par leur activité laborieuse ; en même temps ils recrutaient partout des régents, et n'épargnaient rien pour s'attacher les jeunes gens d'une intelligence distinguée. Bientôt, encouragés par leur succès et leurs forces croissantes, ils n'hésitèrent pas à réclamer de l'Université, non plus des concessions, mais l'égalité des droits : en d'autres termes, ils lui adressèrent une requête à l'effet d'être « immatriculés à son corps, » en offrant de se soumettre à ses règles , « dans toutes les choses licites et honnêtes compatibles avec leur institut*.» Ils auraient pu, dès lors, conférer les grades, suivant un des privilèges qu'ils avaient reçus du saint-siège. Mais l'Université, consultée cette fois et mise en demeure de se prononcer, refusa, après mûre délibération, de les admettre dans son sein '•
A cette époque, si avide de savoir, l'Université avait elle-même
1 On remarquait surtout parmi comme il suit : eux «un grand philosophe nommé jelices socii et fatui nova numina sa-rli...
Maldonat : » Lettres de pasquier, XXI, ,, . . . . ,,-.
1. r.e M»lrtnn„t At»i4 Ji,Ji. J v°y-> a ce sujet, les Memowes publies