Oeuvres choisies d'Évariste Parny
Lorsque, séduits par les sollicitations multipliées de quelques amis des lettres, nous avons eu le projet de livrer à l'impression les œuvres d'Évariste Parny, le choix des pièces a été l'objet de notre premier examen. Il fallait consulter et rini" pulsion de certains jugemens littéraires et le respect que nous devons à des décisions prohibitives. Les convenances morales plaidaient fortement contre des goûts dangereux ; nous n'avons pas hésité sur le sacrifice que nous avions à faire. C'est par les inspirations de son cœur, et non par les produits de l'imagination, que Parny a mérité le titre de Poète des Grâces. Les hommes éclairés nous dispenseront de justifier ce jugement :
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nous avons pensé toutefois qu'une notice critique servirait à développer notre principe.
Évariste -Désiré Desforges, chevalier, puis vicomte de Parny, naquit à l'ile Bourbon , en 1763. C'est au collège de Rennes, où il fut envoyé à neuf ans par sa famille, qu'il commença ses études. Elles eurent peu de- succès. Les formes sèches et arides de l'école contrastaient déjà fortement avec l'effervescence précoce de son imagination ; aussi , dans le cours de sa vie, s'est-il souvent félicité d'avoir échappe à l'influence monotone et à la direction rétrécie sous laquelle on voulait le former. Dominé par un sentiment vague d'exaltation, il s'enferma dans un séminaire, à Paris, où il conçut le projet de se soumettre à toutes les austérités de la Trappe. Éclairé bientôt, par des passions actives , sur la vérité de sa prétendue vocation , il abandonna toutes ses résolutions mystiques, et l'épée remplaça les attributs de l'anachorète.
On n'arrivait alors dans l'état miUtaire , qu'avec un nom, et souvent de la fortune. Les jeunes officiers, profitant des avantages de leur position personnelle et de l'indépendance de leur profession,
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vivaient dans l'incurie et les plaisirs : Epicure avait dicté leur morale. A vin.fït ans, on a l'àme facile; celle de Parny s'abandonna à -toute l'illusion des maximes légères du monde, qu'il rapporta bientôt dans sa patrie.
Il partit de Lorient, en 1773, et eut à lutter sur les côtes d'Afrique, contre tous les dangers d'une navigation périlleuse. Le vaisseau qui le portait manquait d'approvisionnemens et relâcha à Rio-Janeiro, Parny écrivit alors à son frère : il nous a laissé dans cette lettre une description vive et originale des principaux in cidens de son voyage: bientôt à l'ile Bourbon , l'amour lui préparait d'autres peines, et c'est de là que date son existence poétique.
Sa première passion fut inspirée par Éléonore , jeune Créole, ornée de toutes les grâces de son âge ; elle avait treize ans. Amant passionné , Parny sut se faire aimer; mais, forcé de céder à la volonté de son père , il eut la douleur de voir son amie devenir l'épouse d'un rival heureux. Fuyant des lieux où son âme avait été flétrie, il revint en France , accablé sous le poids de l'abattement et du désespoir. « C'est alors , dit un écrivain dis-