‹ Œuvres choisies d'Évariste ParnyChapitre 107 sur 147 · CONFESSION · texte numérisé non relu

CONFESSION

d'une jolie femme.

Mon sexe est, dit-on , peu sincère, Surtout quand il parle de lui.

Je n'en sais rien; mais sans mystère Je veux m'expliquer aujourd'hui.

J'ai réfléchi dès mon enfance.

Ma vive curiosité ,

Que l'on condamnait au silence,

Augmentait par la résistance;

Et malgré ma frivolité ,

Ma timide inexpérience

Cherchait toujours la vérité.

J'écoutais, malgré la défense;

Mes yeux ne se fermaient sur rien ;

Et ma petite intelligence

Me servait par fois assez bien.

A la toilette de ma mère J'allais recevoir des leçons.

Je pris des airs et des façons ; Et dès sept ans je voulus plaire.

MELANCiES.

Si ({uclqu'un de moi s'occupait, Si quelqu'un me trouvait jolie, Ma petite âme enorgueillie Aussitôt vers lui s'échappait.

Si quelqu'un goûtait mon ramage, Je déraisonnais encor mieux.

Si quelqu'un disait : soyez sage, Il devenait laid à mes yeux, Et ma haine était son partage.

A douze ans le couvent s'ouvrit, A quatorze ans je savais lire.

Danser, et chanter, et médire.

Ah! que de choses l'on m'apprit !

Pour ajouter à ma science.

Je dévorai quelques romans.

Dans le beau pays des amans Je m'égarai sans défiance.

Que ce pays plut à mon cœur!

Que de chimères insensées Dont je savourais la douceur!

Combien de nuits trop tôt passées Que de jours trop tôt disparus!

Que d'instans alors j'ai perdus!

Dans ce pavs imaginaire, E'Amour était toujours sincère, Soumis jusque dans son ardeur.

Tendre et fleuri dans son langage, Jamais ingrat, jamais volage.

Et toujours le dieu du bonheur.

Hélas! de ce monde factice, Charmant ouvrage du caprice, Dans le vrai monde je passai.

Quel changement! quelle surprise!

O combien je m'étais méprise !

L'Amour m'y paraissait glacé, Faible ou trompeur dans ses tendresses.

Fade et commun dans ses propos.

Trop gai, trop ami du repos.

Et trop mesquin dans ses promesses.

Quoi! m'écriai-je, voilà tout!

L'ennui me rendit indolente.

Mon cœur, trompé dans son attente, Fut indifférent par dégoût.

Bientôt avec obéissance J'acceptai le joug de l'Hymen, Et, docile par ignorance, A son arbitraire puissance Je me soumis sans examen.

Mais enhardi par ma faiblesse.

Et rassuré par ma sagesse.

Il devint un tyran jaloux.

Dès ce jour il cessa de l'être ; Mes yeux s'ouvrirent sur ce maître

Qui rac laissait à ses genoux.

Quoi! me dis-je tout étonnée, Ils ont les fleurs de l'Hyniénéc, Et les épines sont pour nous!

Pourquoi de la chaîne commune Nous laissent-ils porter le poids?

Et pourquoi nous donner des lois, Quand ils n'en reçoivent aucune ?

D'un aussi bon raisonnement Dangereuse est la conséquence; Et si par malheur un amant Paraît dans cette circonstance, Au pouvoir de son éjoquencc On résiste bien faiblement.

Le mien parut : il était tendre; La grâce animait ses discours ; Je sus combattre et me défendre, Mais peut-on combattre toujours?

De l'amour je connus l'ivresse.

Je connus son enchantement; J'étais fière de ma faiblesse; J'immolais tout à mon amant.

Mais cet amant devint parjure; Le chagrin accabla mon cœur ; Je ne vis rien dans la nature

16 MELAPfGES.

Qui pût réparer ce malheur; Je crus mourir de ma douleur.

Le temps , ce grand consolateur.

Le temps sut guérir ma blessure.

J'oubliai mes és^aremens , J'oubliai que je fus sensible, Et je revis d'un œil paisible Celui qui causa mes tourmens, Dans sa tranquillité nouvelle Mon cœur désormais affermi De l'amant le plus infidèle A fait le plus fidèle ami.

Son exemple me rendit sage.

De système alors j e changeai , Et sur un sexe trop volage Sans scrupule je me vengeai.

Je m'instruisis dans l'art de plaire, Je devins coquette et légère; Et m'entourai d'adorateurs :

Je ne suis pas toujours cruelle; Mais je suis toujours infidèle, Et je sais tromper les trompeurs.

Tout bas sans doute l'on m'accuse D'artifice et de trahison :

IVIessieurs le reproche t>st fort bon .

Mais votre exemple est mou excuse

MÉLANGES. -j.-;

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